RIP : Comment être critique du référendum et « en même temps » favorable au (grand) débat ? La majorité face à ses contradictions

MAJORITÉ Les macronistes fustigent l’opposition qui veut organiser un référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation d’Aéroports de Paris tout en appelant de leurs vœux plus de démocratie participative

Laure Cometti

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Roland Lescure, Olivia Grégoire et Bruno Le Maire députés LREm, lors du débat sur la loi Pacte, le 11 avril 2019.
Roland Lescure, Olivia Grégoire et Bruno Le Maire députés LREm, lors du débat sur la loi Pacte, le 11 avril 2019. — WITT/SIPA
  • Exercice compliqué pour les marcheurs : comment critiquer le référendum d’initiative partagée (RIP) sur la privatisation d’Aéroports de Paris que l’opposition souhaite organiser ?
  • La République en marche est favorable à cette privatisation alors que l’opposition veut la soumettre aux Français pour empêcher le gouvernement de « vendre la poule aux œufs d’or ».
  • Les macronistes fustigent donc le RIP souhaité par l’opposition, tout en louant ce dispositif qui permet plus de démocratie participative.

« Jamais la démocratie représentative n’a été aussi menacée ». Bruno Le Maire n’y est pas allé de main morte ce jeudi à l’Assemblée, lors du vote de la loi Pacte. « Je trouve malencontreuse toute initiative qui viendrait faire le jeu des populismes et alimenter la contestation de la démocratie parlementaire », a poursuivi le ministre de l’Economie. Dans son viseur, la concertation de près de 250 parlementaires d'opposition pour organiser un référendum d’initiative partagée (RIP) sur l’épineuse question de la privatisation d'Aéroports de Paris (ADP), prévue dans le projet de loi.

La majorité se retrouve contrainte à un exercice d’équilibriste : après avoir fait campagne en 2017 sur plus de démocratie participative, les marcheurs fustigent l’initiative de l’opposition sur ADP. Leurs angles d’attaque : l’alliance de partis de différents bords politiques et l’hypothétique rejet par le Conseil Constitutionnel.

Une manœuvre politique ?

La députée LREM de Paris Olivia Grégoire dénonce ainsi une « alliance contre-nature d’oppositions qui n’ont rien de convergent en matière économique ». Le projet rassemble des élus insoumis, socialistes, républicains et compte le soutien du Rassemblement national. « L’usage du RIP sur ADP relève de l’opération de com', plus que d’une opération de fond au plan politique », poursuit la présidente de la commission spéciale sur la loi Pacte. Son collègue Jean-Baptiste Djebbari a également critiqué sur LCP « une manœuvre politicienne ».

Autre argument des marcheurs : le RIP mettrait à mal le Parlement. « Se servir du RIP alors que le texte n'est pas voté c’est remettre en cause la légitimité du Parlement », estime Olivia Grégoire.

« La procédure du RIP est bonne »

Mais ils louent toutefois le dispositif. « La procédure du RIP est bonne, j’y suis favorable et j’espère même que dans la sortie du grand débat nous la moderniserons et la faciliterons », ajoute Olivia Grégoire. Difficile de critiquer un tel outil de consultation pour le parti qui a revendiqué l’écoute des Français, en organisant deux « grandes marches » pour construire ses programmes politiques à partir des remarques des citoyens.

« Ça fait partie des contradictions qu’ils ont à gérer », observe un député ayant quitté le groupe, au sujet de ses anciens collègues. « Beaucoup d’entre eux sont un peu mal à l’aise avec la privatisation d’ADP, en plus c’était pas dans notre projet ».

« Un réflexe défensif » ?

Olivia Grégoire réfute toute contradiction : « on peut vouloir revivifier la démocratie participative, mais ça ne passe pas nécessairement par la mise à mal des travaux parlementaires », insiste-t-elle, soulignant les nombreuses heures de débat sur le texte.

« Il y a encore un changement de culture à faire chez les politiques, sur l’association des citoyens à la décision publique », observe Matthieu Orphelin, député non-inscrit du Maine-et-Loire (ex-LREM) à la sortie des débats virulents de ce jeudi matin. « Une partie de la classe politique est plutôt sur un réflexe défensif », regrette-t-il. S’il a voté pour la loi Pacte, il dit avoir de « gros doutes » sur la privatisation d’ADP. « Sur ce sujet pour lequel il n’y a pas eu de compromis trouvé, un peu de réflexion collective ne peut pas nuire ».

Accusé par l’insoumis Alexis Corbière de vouloir « passer en force sur ADP » et d’être « manifestement très inquiet » par cet hypothétique référendum, Bruno Le Maire a assuré devant la presse qu’il n’avait pas « peur de confronter » le projet de privatisation d’ADP « au peuple français ». Pour que ce tout premier RIP de l’histoire du pays voie le jour, il faut encore que le Conseil Constitutionnel valide l'initiative.