Psychiatrie: Un délégué ministériel nommé par Agnès Buzyn

PLAN SANTE Une feuille de route avait été présentée en juin 2018 pour améliorer les conditions de vie, l’accompagnement et l’accès aux soins des personnes souffrant de troubles psychiques

20 Minutes avec AFP

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Agnès Buzyn, ministre de la Santé, le 7 août 2018.
Agnès Buzyn, ministre de la Santé, le 7 août 2018. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Le professeur Frank Bellivier, spécialiste des troubles mentaux, a été nommé délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie, a annoncé Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, ce mercredi. Ce médecin sera chargé d’appliquer la feuille de route dévoilée en juin dernier, ont annoncé mercredi ses services.

Chef du département de psychiatrie et de médecine addictologique du groupe hospitalier Saint-Louis, Lariboisière et Fernand Widal à Paris, le chercheur « devra impulser la dynamique de transformation et d’ouverture de la psychiatrie », précise un communiqué.

La psychiatrie, le « parent pauvre de la médecine »

Une feuille de route avait été présentée en juin 2018 par la ministre pour améliorer les conditions de vie, l’accompagnement et l’accès aux soins des personnes souffrant de troubles psychiques. La nomination d’un délégué ministériel répond à une promesse formulée fin janvier par Agnès Buzyn, qui avait également annoncé une centaine de millions d’euros de crédits supplémentaires affectés dès 2019 à un secteur marqué par diverses mobilisations ces derniers mois.

Elle a été officialisée à l’occasion de l’émission Pièces à conviction diffusée mercredi soir sur France 3 à l’issue d’une enquête sur une discipline qualifiée par la ministre elle-même de « parent pauvre de la médecine ». De Rennes à Amiens en passant par Aix-en-Provence ou Le Havre, le documentaire « Psychiatrie : le grand naufrage » illustre la situation désastreuse dénoncée depuis des mois par des collectifs de soignants, de malades ou de proches.

Des familles laissées « sans accompagnement »

A l’hôpital, où choquent le recours excessif à la contention et à l’isolement, les locaux délabrés, les chambres surchargées, la mauvaise prise en charge du risque suicidaire ou encore le trafic de drogue découvert par un journaliste, infiltré comme agent d’entretien à Rennes. Mais aussi en ville, où il faut attendre plusieurs mois pour obtenir un rendez-vous avec un psychiatre tandis que des familles désemparées sont laissées « sans accompagnement », comme le déplore la mère de deux enfants schizophrènes.

Preuve des défaillances du système, l’enquête réalisée par Raphaël Tresanini montre un transfert de patients de l’hôpital psychiatrique d’Amiens vers un établissement belge où leur prise en charge s’avère plus lucrative que celle des malades du plat pays, selon une représentante de la structure.

Diminution des lits, réduction de budgets, centres médico-psychologiques saturés

La France doit composer avec la diminution du nombre de lits de psychiatrie générale à l’hôpital, de 60 % entre 1976 et 2016 selon l’Igas, qui n’a pas été entièrement compensée par l’augmentation des moyens en ville, où les centres médico-psychologiques sont saturés, alors que les besoins augmentent (2,5 millions de patients suivis en 2016, selon les services statistiques des ministères sociaux).

Autre problème, le financement des établissements psychiatriques est inégal selon les régions. Pire, les budgets dédiés ne sont pas toujours intégralement alloués aux services psychiatriques des hôpitaux généraux et universitaires, selon des médecins. Fin février, Emmanuel Macron avait affirmé avoir demandé « une initiative de grande ampleur » pour la psychiatrie, avec l’objectif d’apporter une réponse « à l’automne ».