Grand débat: Le teasing sans annonce d'Edouard Philippe, tout un art

REPORTAGE Les députés de la majorité n'attendaient pas grand-chose du discours d'Edouard Philippe à l'Assemblée ce mardi, suspendus aux annonces d'Emmanuel Macron prévues dès la mi-avril

Laure Cometti

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Edouard Philippe à l'Assemblée, le 9 avril 2019.
Edouard Philippe à l'Assemblée, le 9 avril 2019. — Thomas SAMSON / AFP
  • Après avoir présenté lundi la synthèse des contributions au « grand débat national », Edouard Philippe a remis ça ce mardi à l’Assemblée, tout en précisant à peine quelques orientations.
  • Ne pouvant en dévoiler davantage pour laisser à Emmanuel Macron la primeur des annonces « puissantes et concrètes », le Premier ministre a laissé sur leur faim les députés, même au sein de la majorité.

Encore un peu de patience. Après des mois de contestation sociale, après deux mois de grand débat, et après une restitution présentée lundi au Grand Palais, les députés de la majorité sont dans l’attente.

La sortie du « grand débat national » est ainsi orchestrée : le Premier ministre Edouard Philippe fait un discours devant les parlementaires sur les résultats de la consultation, ce mardi à l’Assemblée et mercredi au Sénat. Il doit « préciser les enjeux » devant le Parlement qui sera mis à contribution pour traduire certaines attentes des Français dans la loi. Mais il ne livrera aucune annonce concrète, laissant la primeur à Emmanuel Macron.

« Nous attendons le calendrier »

Dans ce contexte, le discours du Premier ministre relevait d'un drôle d'exercice de teasing sans avoir grand chose à teaser... « C’est particulièrement important de faire cette restitution devant la représentation nationale, car depuis des mois on observe une grande défiance envers la classe politique », défend pourtant le député La République en marche (LREM) Guillaume Chiche.

Dans les couloirs de l’Assemblée, un peu plus remplis que la semaine dernière, l’impatience affleure. « Nous attendons le calendrier, on est dans la dernière ligne droite et il faut que l’on avance », presse Isabelle Florennes, députée MoDem des Hauts-de-Seine. « Il faut un calendrier précis, à court, moyen et long terme, sinon les Français ne nous suivront pas », estime aussi la députée LREM de la Manche Sonia Krimi. Dans l'opposition, ça gronde : «Gagner du temps, c'est la marque de fabrique du grand débat», dénonce le chef de file des Républicains Christian Jacob à la tribune.

« L’impatience est légitime, car les Français rencontrent des obstacles dans leur vie quotidienne, mais il ne faut pas que l’on se précipite », assure Guillaume Chiche. En attendant, le grand débat est un peu éclipsé par une initiative de l’opposition, présentée juste avant le discours d’Edouard Philippe : des parlementaires d’opposition enclenchent pour la première fois un «référendum d'initiative partagée» sur la privatisation d'Aéroports de Paris. 

Des députés contraints au mea culpa…

Après ce coup d’éclat, un long après-midi d’échanges s’est déroulé, sans vote. La déclaration du Premier ministre, devant un hémicycle clairsemé (même dans les rangs de la majorité), n'a pas réservé de surprises. Lui ont succédé 3 heures et demie d’interventions de présidents de groupes, au fil desquelles l’hémicycle s'est peu à peu vidé.

L’exercice a parfois viré à la séance d’autoflagellation pour les parlementaires, le Premier ministre ayant mis l’accent sur le « mur de défiance » entre les citoyens et leurs représentants. Mais « rien ne remplacera la démocratie représentative », a-t-il (r) assuré, sous les applaudissements. Et de promettre que le président fera des annonces « puissantes et concrètes », sans plus de détails.

… et hésitants sur les solutions

Comme la semaine dernière, les députés sont à peu près d’accord sur des diagnostics (le ras-le-bol fiscal, l’urgence écologique…) mais ils s’écharpent sur les solutions. Même les marcheurs ne sont pas d’accord entre eux. Certains veulent d’abord un changement de méthode, d’autres prônent des « symboles forts », comme la députée Sonia Krimi. « Il faut supprimer l’ENA, réduire le train des ministères trop coûteux, car je vois à quel point on est coupé des gens ici », lance-t-elle en désignant le plafond de l’Assemblée.

Son collègue Bruno Questel, élu dans l’Eure, estime que la priorité est « de restaurer le lien de confiance entre citoyens et élus, renforcer la citoyenneté ». Un travail qui ne pourra se faire au pas de course, à l'instar des réformes engagées depuis le début du quinquennat : « Il faut desserrer un peu les choses, faire différemment, aller plus sur le terrain et être à l’écoute », ajoute-t-il.

Les atermoiements des marcheurs devraient être tranchés une fois qu’Emmanuel Macron annoncera ses arbitrages, dès la mi-avril. Une date qui tombe pendant les vacances de l’Assemblée.