Génocide au Rwanda: Emmanuel Macron reçoit une association de soutien aux rescapés

COMMEMORATIONS L’association Ibuka France estime qu’il « faut avoir le courage d’ouvrir les fameuses boîtes des archives » françaises

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron, le 19 février 2019.
Emmanuel Macron, le 19 février 2019. — Jacques Witt/SIPA

Alors que le Rwanda entame ses cérémonies de commémoration du vingt-cinquième anniversaire du génocide, auxquelles il ne participera pas, Emmanuel Macron reçoit, ce vendredi, des représentants de l’association Ibuka France, dédiée au « soutien aux rescapés » et à la « mémoire » de cette tragédie.

Le chef de l’Etat pourrait également annoncer la composition d’un « groupe de chercheurs » chargé d’examiner les archives françaises sur la période du génocide au Rwanda et sur la période d’engagement de la France de 1990 à 1994.

Le rôle de la France, un sujet toujours tabou

« Après la venue à Paris en mai dernier » du président rwandais Paul Kagame et « à l’issue d’une rencontre bilatérale avec M. Macron, ce dernier avait pris plusieurs engagements dont celui de nommer une commission d’historiens pour travailler sur les archives françaises sur la période d’engagement de la France au Rwanda entre 1990 et 1994 », a rappelé une source à l’Elysée, ce jeudi.

Les zones d’ombre sur le rôle de la France avant, pendant et après ce génocide, qui a fait au moins 800.000 morts en 1994, essentiellement au sein de la minorité tutsi, restent une source récurrente de polémique en France. Parmi les points les plus disputés figurent l’ampleur de l’assistance militaire apportée par la France au régime du président rwandais hutu Juvénal Habyarimana de 1990 à 1994 et les circonstances de l’attentat qui lui coûta la vie le 6 avril 1994, élément déclencheur du génocide.

« L’engagement de la France au Rwanda a fait l’objet de plusieurs tentatives d’analyse et d’élucidation »

Convié très officiellement par Paul Kagame, Emmanuel Macron sera le grand absent des cérémonies de commémoration du génocide à Kigali dimanche. Il a décliné l’invitation en invoquant des problèmes d’agenda. Le député Hervé Berville, orphelin tutsi rwandais adopté par une famille française en 1994, représentera la France.

« Le sujet de l’engagement de la France au Rwanda a fait l’objet de plusieurs tentatives d’analyse et d’élucidation », relèvent des sources diplomatiques. « Les rescapés ne sont pas ceux qui s’expriment le plus à ce sujet, mais ce sont les plus exaspérés et les plus touchés par ce sur-place et cet engrenage de polémiques » sur la période d’engagement de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. « Ils sont demandeurs d’une démarche sincère et efficace », ont renchéri ces sources diplomatiques

« Nous espérons que cette rencontre traduira une volonté de changement »

Ibuka France, fondée en 2002, est le pendant français d’Ibuka (« Souviens-toi »), principale organisation de survivants du génocide au Rwanda. « Ibuka - Mémoire, Justice et Soutien aux rescapés » est une ONG œuvrant « pour la mémoire du génocide des Tutsis du Rwanda, la justice envers les responsables de crimes génocidaires et le soutien aux rescapés des massacres », précise le site internet d’Ibuka France.

« Nous espérons que cette rencontre traduira une volonté de changement » dans l’attitude de l’Etat français, en particulier sur la « prise en compte de cette mémoire » et vers « davantage d’investissement dans la recherche des génocidaires et de la vérité », a déclaré Marcel Kabanda, président depuis 12 ans d’Ibuka France.

Une place plus importante du génocide dans la mémoire collective française

Il estime qu’il « faut avoir le courage d’ouvrir les fameuses boîtes des archives » françaises. « Il faut tout montrer, cela apaisera les esprits et les interrogations (…) Sinon, les soupçons se transforment en vérité ». Ces polémiques récurrentes « c’est angoissant pour les Français, c’est frustrant pour les rescapés. C’est un poison. C’est comme un abcès, et on ne peut pas vivre longtemps avec un abcès », ajoute le président d’Ibuka France.

Les autorités françaises souhaitent en outre « faire une place plus importante à la mémoire du génocide des Tutsis dans la mémoire collective française », a souligné jeudi une source à l’Elysée, précisant qu’à partir de la rentrée 2020, le génocide des Tutsis sera inscrit dans les manuels des classes de Terminale en France.