Migrants, Brexit, glyphosate... On a vérifié les affirmations du débat sur les européennes

FAKE OFF « 20 Minutes » a vérifié les affirmations des 12 têtes de liste aux élections européennes lors de leur grand débat dans « L'Emission politique »

Alexis Orsini

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Le premier débat sur les élections européennes, jeudi 4 avril sur France 2.
Le premier débat sur les élections européennes, jeudi 4 avril sur France 2. — Capture d'écran
  • Les 12 têtes de liste aux élections européennes ont débattu dans « L'Emission politique »  de France 2, à deux mois du scrutin.
  • François-Xavier Bellamy, Natalie Loiseau, Manon Aubry, Benoît Hamon, Raphaël Glucksmann, Jordan Bardella, Jean-Christophe Lagarde, François Asselineau, Ian Brossat, Yannick Jadot et Florian Philippot ont essentiellement parlé d'immigration et d'écologie.
  • « 20 Minutes » passe leurs affirmations au crible.

Jeudi 4 avril, les 12 têtes de liste aux élections européennesébattaient dans L'Emission politique de France 2, à deux mois du scrutin.

20 Minutes a vérifié les affirmations échangées sur le plateau où se trouvaient François-Xavier Bellamy, Natalie Loiseau, Manon Aubry, Benoît Hamon, Raphaël Glucksmann, Jordan Bardella, Jean-Christophe Lagarde, François Asselineau, Ian Brossat, Yannick Jadot et Florian Philippot.

Ce que Nicolas Dupont-Aignan (DLF) a dit : « En cinq ans, il y a eu 18 millions de migrants en Europe » 

Est-ce juste? Critiqué par ses adversaires sur ce chiffre jugé exorbitant, Nicolas Dupont-Aignant l'a répété un peu plus tard au cours du débat, en soutenant qu'il provenait d'Eurostat, la base de données statistique de la Commission européenne.

Celle-ci dénombre bien, entre 2014 et 2019, plus de 18 millions de migrants en Europe... mais en comptabilisant autant les migrants venus de pays étrangers que des migrants venant de membres de l'Union européenne. 

Les migrations comptabilisant les flux intra et extra-européens représentent donc bien ce total. Mais le nombre de migrants venus de pays extérieurs à l'Union européenne est donc plus proche de 9 millions, soit environ la moitié du chiffre avancé par Nicolas Dupont-Aignan, avec une moyenne de 2 millions par année sur la période choisie.

Ce que Manon Aubry (LFI) a dit : « 1,2 million de personnes en Europe ont demandé l’interdiction du glyphosate et cette initiative citoyenne a été ignorée par la Commission européenne »

Est-ce juste? Plus d'1,3 million de personnes ont signé il y a quelques années une pétition réclamant l'interdiction du glyphosate, soutenue notamment par l'ONG Greenpeace.

Relayée sous la forme d'une initiative citoyenne européenne (ICE), celle-ci obligeait bien la Commission européenne à y donner suite. Ce qu'elle a fait en décembre 2017, en refusant les différentes demandes formulées.

Ce que François Asselineau (UPR) a dit : « Les Français sont menottés par le rapport annuel européen des grandes orientations de politique économique : la privatisation d’Engie, de la SNCF et d’EDF ont été réclamées en France par le rapport des grandes orientations de politique économique »

Est-ce juste? Les grandes orientations de politique économique (GOPE) seraient à l'origine de nombreux maux de la France selon le leader de l'UPR, en raison de leur valeur contraignante.

Si l'article 121 du traité de fonctionnement de l'Union européenne indique bien que les Etats membres coordonnent leurs politiques économiques, ces orientations n'ont aucune valeur contraignante. Le Conseil européen peut seulement adresser des avertissements aux Etats qui ne suivent pas ces politiques. En outre,  l'article 288 précise que « les recommandations et avis ne lient pas ». 

Ce que Jordan Bardella (RN) a dit : « Sur le Brexit, Valérie Pécresse a affirmé que '' la sortie doit être la plus douloureuse possible'' et Donald Tusk a dit "J'espère que les Britanniques iront en enfer" »
Est-ce juste?
Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a bien prononcé une phrase similaire lors de ses vœux à son mouvement, Libres!, le 6 février dernier : « Je souhaite une Europe qui ne cède pas à la pression du Royaume-Uni car quand on la quitte, cela doit être douloureux ! »

En revanche, si le président du Conseil européen Donald Tusk a bien parlé de l’enfer, sa citation originelle, prononcée en février dernier à l’issue d’une rencontre avec le Premier ministre irlandais Leo Varadkar et rapportée par Libération, était bien différente.

Elle ne désignait pas les Britanniques dans leur ensemble, mais certains partisans du Brexit : « Je me demande à quoi cette place spéciale en enfer ressemble, pour ceux qui ont fait la promotion du Brexit sans même l'ébauche d'un plan pour le réaliser en toute sécurité »

François Asselineau (UPR) : « Le taux de chômage est tombé à 3,9 % au Royaume-Uni »
Est-ce juste?
  Oui, il s'agit du plus bas taux de chômage du pays depuis 1975, annoncé en mars dernier. Il s'explique notamment, selon l'Office des statistiques nationales, par le nombre de croissant de femmes qui occupent un emploi (et par le report de leur âge à la retraite). En revanche, le pays connaît baisse de l’investissement des entreprises en raison de l'incertitude sur le Brexit

Ce que Nathalie Loiseau (LREM) a dit : «Frontex, aujourd’hui,  c’est 600 hommes. La Commission a suivi la demande formulée par Emmanuel Macron dans son discours de la Sorbonne en prévoyant d'atteindre 10.000 hommes »
Est-ce juste?
Créée en 2004, cette agence européenne est chargée de protéger ses frontières extérieures. Son effectif doit bien atteindre un contingent de 10.000 garde-frontières d'ici à 2027, après un accord en ce sens de plusieurs Etats membres - sans qu'on puisse l'imputer spécifiquement à Emmanuel Macron.

En l'état, Frontex compte 315 membres dans son siège à Varsovie, selon l'Union européenne. Elle précise : « Frontex ne dispose pas de ses propres équipements ou garde-frontières. Lorsqu'elle coordonne une opération conjointe, elle s’appuie sur les garde-frontières, les bateaux, les avions et les autres ressources fournis par les pays de l'UE. »

Sur son site, Frontex évoque au moins 1.500 experts prêts à être déployés au plus vite en cas de besoin. 

Ce que Ian Brossat (PCF) a dit : « En 20 ans, la France a perdu 40 % de ses maternités »

Est-ce juste? Oui, Ian Brossat cite une étude réalisée pour Le Monde fin mars par le géographe de la santé Emmanuel Vigneron. Ces résultats diffèrent légèrement des données fournies peu avant par le service statistiques du ministère de la santé et relayées par le JDD.

« En un peu plus de vingt ans, entre le 1er janvier 1997 et le 11 mars 2019, la France a perdu 338 maternités (413 fermetures et 73 ouvertures) sur 835 » précisait notamment Le Monde.