Bretagne: C’est quoi le Breizh Lab lancé par Jean-Yves Le Drian?

POLITIQUE Le ministre des Affaires Etrangères lance son mouvement dimanche à Ploufragan dans les Côtes d’Armor

Jérôme Gicquel

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Jean-Yves Le Drian le 29 mars à New York à la tribune des Nations Unies.
Jean-Yves Le Drian le 29 mars à New York à la tribune des Nations Unies. — Bebeto Matthews/AP/SIPA
  • Le ministre des Affaires Etrangères veut fédérer les progressistes bretons autour de son mouvement Breizh Lab.
  • Jean-Yves Le Drian espère faire émerger en Bretagne des réponses à la crise d’identité que traverse l’Europe.
  • Sa démarche est loin de faire l’unanimité, notamment chez les socialistes.

Tout juste de retour des Etats-Unis où il a porté la voix de la France au conseil de sécurité des Nations Unies, Jean-Yves Le Drian va s’offrir une petite parenthèse bretonne ce week-end. Le ministre des Affaires Étrangères accueillera d’abord ses homologues du G7 vendredi et samedi à Dinard pour préparer le sommet de Biarritz (du 24 au 26 août). Il réunira enfin ses troupes dimanche à Ploufragan (Côtes-d’Armor) pour le lancement de son Breizh Lab.

Un nouveau parti en vue des élections européennes ? Pas du tout. Son mouvement « des progressistes bretons » n’a « pas vocation à présenter des listes », a déclaré Jean-Yves Le Drian en novembre, au moment de l’annonce de sa création. L’ancien président de la région Bretagne a d’ailleurs été clair. « Pour moi, le temps des élections est révolu », a-t-il déclaré.

Un rôle à jouer en Europe pour la Bretagne

Jamais loin des affaires bretonnes malgré son agenda ministériel, Jean-Yves Le Drian entend réunir élus politiques de tout bord, acteurs économiques et associatifs et membres de la société civile pour réfléchir ensemble à l’avenir de la Bretagne. Une région qui, à ses yeux, a un rôle à jouer dans la crise d’identité que traverse actuellement l’Europe. « La Bretagne doit être à l’avant-garde d’une Europe qui réaffirme ses valeurs d’humanisme et permettre aux peuples de se dépasser », a-t-il jugé.

Le politologue Romain Pasquier voit dans ce Breizh Lab « un club d’idées un peu à l’image du Celib ». Créé au début des années 1950, le Comité d’étude et de liaison des intérêts bretons, une sortie de « lobby breton », a permis à la Bretagne de se développer et de sortir de son isolement après la guerre, tout en conservant son identité. « Il y a besoin d’idées neuves en Bretagne, une région qui n’a pas beaucoup bougé depuis plusieurs années », souligne Romain Pasquier. En cette période marquée par la montée des populismes, « c’est aussi un moyen d’envoyer un signal à Paris pour montrer qu’en Bretagne, région encore modérée, on a aussi des idées », estime le directeur de recherche du CNRS.

Un mouvement surtout suivi par les marcheurs

L’appel aux forces vives de la région lancé, reste désormais à savoir si Jean-Yves Le Drian sera entendu et mobilisera les foules dimanche à Ploufragan. Sur ce point, le pari est loin d’être gagné. La démarche du ministre des Affaires Etrangères a pour l’heure reçu le soutien des députés d’En Marche. Mais à gauche, elle laisse plutôt de marbre. « Ce n’est pas vraiment une surprise. Le fait qu’il ait rejoint Macron pour la présidentielle a laissé des traces chez les socialistes en Bretagne », analyse Romain Pasquier.

Interrogé en janvier par Le Mensuel du Morbihan, Jean-Yves Le Drian ne s’était d’ailleurs pas montré tendre avec ses anciens amis socialistes. « L’appareil du PS breton reste figé dans des postures politiciennes. Mais le repli sur soi n’a jamais produit de grands desseins », avait-il indiqué, lançant un appel « à ceux qui ne s’inscrivent pas dans cette logique mortifère ».