VIDEO. «Touchant», «un peu manichéen»... On était à l'avant-première parisienne du film de Ruffin sur les «gilets jaunes»

REPORTAGE François Ruffin et Gilles Perret présentaient ce mardi leur film «J'veux du soleil», dans lequel ils tendent leur micro aux «gilets jaunes» des ronds-points

Laure Cometti

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François Ruffin lors de l'avant-première de
François Ruffin lors de l'avant-première de — PATRICK SICCOLI PATRICK/SIPA

Il pleut sur les Champs-Elysées pour l’avant-première de J’veux du soleil. C’est à deux pas de l’épicentre symbolique des « gilets jaunes » que François Ruffin et Gilles Perret sont venus ce mardi soir présenter leur film sur les manifestants du mouvement. Le patron du Lincoln, qui a dû fermer plusieurs samedis d’affilée à cause des débordements sur l’avenue, a « eu un coup de cœur pour le film et nous a proposé de venir le diffuser en avant-première », relate le député de la Somme.

Ce n’est pas « une provocation » donc, même si le quartier est marqué par ces tensions. « Un policier m’a demandé d’enlever mon gilet alors que je sortais du métro Franklin Roosevelt », raconte une spectatrice, Leïla. Dans J’veux du soleil, pas d’images des violences qui ont émaillé les samedis dans la capitale. Le député insoumis, à l’origine de Merci Patron, et le réalisateur de La Sociale et de L’Insoumis (un film sur Jean-Luc-Mélenchon), ont embarqué à bord de la voiture de François Ruffin pour parcourir neuf départements en une semaine au mois de décembre 2018.

Des témoignages « sans filtre »

A travers une galerie de portraits, on entend la voix d’intérimaires, de travailleurs indépendants, de chômeurs, de retraités, de handicapés. Ce sont ces « gilets jaunes » des ronds-points, des parkings et des hypermarchés que François Ruffin et Gilles Perret sont allés rencontrer. Les témoignages sont bruts (« sans filtre » dira un spectateur en sortant de la salle), certains serrent la gorge. Pas de revendications, mais des histoires de frigos vides dès le milieu du mois, d’emprunts de 500 euros pour pouvoir remplir la cuve de fioul, d’isolement, d’une vie sans sortie au bowling, ni vacances au soleil.

François Ruffin assume de miser sur l’empathie entre les Français très précaires qu’il a filmés et les spectateurs : « avec ce film, on veut construire de l’empathie en montrant la beauté de ce qui se passe sur les ronds points. On met en mouvement les gens par les émotions », espère-t-il juste avant la projection sur les Champs, à 19 h. Puis il file à l’autre bout de la capitale, à Montreuil, enchaînant une autre avant-première suivie d’un débat à 20h30. La promotion du film est intense et l’a entraîné dans une tournée aux quatre coins du pays. « Je n’ai pas encore d’hologramme ! », rigole-t-il.

Un public déjà rallié à la cause ?

A la sortie de la salle montreuilloise, le documentaire semble produire l’effet escompté. « L’empathie est forte, on est très touché par le quotidien des gens », dit Guillaume, qui soutient pourtant « de loin » le mouvement, mais « comprend le ras-le-bol » des « gilets jaunes ». Pour Jean-Baptiste, étudiant et manifestant tous les samedis, le documentaire montre que la couverture faite par les médias « est parfois loin des réalités ».

C’est aussi l’intention des réalisateurs : donner un autre récit du mouvement. Les témoignages de « gilets jaunes » (tous anonymes, Gilles Perret et François Ruffin ayant préféré « éviter les porte-paroles »), sont entrecoupés d’images d’intervention télévisées d’Emmanuel Macron, de ministres et d’éditorialistes, montées façon zapping. Le montage installe un match parfois « un peu manichéen », estime Frédérique, bibliothécaire de 62 ans, « pas fan de Ruffin, un peu trop m’as-tu-vu ».

« Qu’on ait un beau printemps »

J’veux du soleil ne raconte pas uniquement la vie des gens qui souffrent ou le fossé entre les Français les plus riches et ceux qui sont les plus pauvres. Les réalisateurs donnent aussi la parole à des Français que le mouvement a resocialisés - comme Khaled et Marie, qui ont trouvé des confidents sur les ronds-points - ou repolitisés. « Depuis qu’il y a le mouvement, je regarde la Constitution », dit l’un d’eux.

Monté en quatrième vitesse, le documentaire sort à peine quatre mois après le tournage, au tout début du printemps. Le timing n’est pas innocent. « Il faut montrer ce film pour qu’on ait un beau printemps, que peut-être tout le monde se mette ensemble, "gilets jaunes", profs, écolos, tout le monde, dans la rue », espère François Ruffin.

« Il faudrait que le plus de monde possible le voie ! » s’enthousiasme une retraitée. Pourra-t-il toucher un public plus large que celui croisé ce soir dans les salles parisiennes, en majorité déjà rallié à la cause ? Pour Guillaume, rien n’est moins sûr : « malheureusement, je pense qu’il ne sera pas très vu ». C’est toujours mieux que rien, à entendre une jeune femme à la sortie. « Dans mon secteur pro, y’a que des CSP +, à aucun moment il n’y a eu de débat sur le mouvement. Donc je trouve ça très bien si tous les bobos de Montreuil viennent voir ce film ! » Les avant-premières affichaient complet ce mardi, au Lincoln (avec 350 spectateurs) et à Montreuil (770).