Européennes: Lutte ouvrière lance sa campagne «contre le grand capital» (avec un vrai-faux soutien du NPA)

EXTRÊME GAUCHE Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier, numéros 1 et 2 de la liste de Lutte ouvrière, ont officiellement lancé la campagne européenne du parti d'extrême gauche ce vendredi

Laure Cometti

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Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier de Lutte ouvrière, le 29 mars 2019 à Paris.
Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier de Lutte ouvrière, le 29 mars 2019 à Paris. — L. Cometti / 20 Minutes
  • Lutte ouvrière a présenté ce vendredi à Paris sa liste et son slogan pour l’élection européenne du 26 mai.
  • Créditée de 1 % des voix dans les sondages, la formation trotskiste de Nathalie Arthaud a reçu le soutien du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). Les deux partis n’ont pas trouvé d’accord pour faire une liste commune, puis le NPA a renoncé à faire campagne faute de moyens financiers.
  • Selon LO, le mouvement des « gilets jaunes » a permis de « poser la question essentielle du pouvoir d’achat ».

Une grande étoffe rouge a été jetée sur une table. Quelques affiches rayées de slogans ponctués de points d’exclamation sont accrochées au mur. De quoi personnaliser à peu de frais le cadre feutré et gris de la salle de conférences de l’hôtel parisien où Lutte ouvrière (LO) lançait ce vendredi sa campagne pour  l'élection européenne.

Nathalie Arthaud, porte-parole de LO, a dévoilé l’intégralité de la liste : elle y figure en première position tandis qu’Arlette Laguiller clôt symboliquement la liste « de travailleuses et travailleurs », à la 79e place. Tous feront campagne sous le slogan « Contre le grand capital, le camp des travailleurs ».

Cibler la lutte contre « le grand capital »

« Nous avons un programme pour les travailleurs, qui ne se laisse pas détourner par les faux débats », lance Nathalie Arthaud. « Notre campagne ne consistera pas à dénoncer les traités européens ou les institutions européennes, mais le grand capital », poursuit l’enseignante en économie, mettant le doigt sur la pomme de discorde avec le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) de Philippe Poutou et Olivier Besancenot.

Il y a bien eu des discussions entre les deux formations trotskistes mais, contrairement à 1999 ou 2004, elles n’ont pas débouché sur une liste commune, rejetée par LO en décembre 2018. « Le NPA veut faire campagne contre les traités européens, nous ne partageons pas cet objectif, assène Nathalie Arthaud. Il était préférable que chacun fasse sa campagne ».

« Nous ne voulons surtout pas aller sur ce terrain-là, renchérit Jean-Pierre Mercier, ouvrier du secteur automobile et numéro 2 de la liste LO. Sortir ou ne pas sortir de l’Union européenne, c’est un piège, car dans les deux cas ce sont les travailleurs qui paient, comme au Royaume-Uni ».

Pas d’alliance avec le NPA

Mais le NPA a fini par jeter l’éponge, annonçant mardi qu’il ne présenterait pas de liste aux européennes, faute de « moyens financiers ». Le parti est crédité de 0,5 % des intentions votes dans les sondages, loin du seuil des 3 % permettant d’être remboursé de ses frais de campagne.

Pas rancunier, le NPA a appelé à voter LO, créditée de 1 % des voix. « Nous les en remercions », répond laconiquement Nathalie Arthaud. Aucun événement commun n’est néanmoins prévu. Résultat : les leaders du NPA mèneront donc leur propre campagne (sans liste) sur des thèmes concurrents de LO : « lutte contre l’austérité et les traités européens, la liberté de circulation et d’installation pour les migrants », la défense des « gilets jaunes » et la « justice sociale et climatique ».

Un contexte de contestation favorable ?

Mieux portante financièrement que le NPA, LO compte sur les cotisations de ses 8.000 adhérents revendiqués, une souscription nationale, et une « gestion extrêmement rigoureuse » pour financer sa campagne. Les meetings se multiplient depuis février dans tout l’Hexagone, et ils se poursuivent. Nathalie Arthaud et Jean-Pierre Mercier seront ce vendredi soir à la Mutualité à Paris, avant de partir sur les routes de France.

LO profitera-t-elle du contexte de contestation sociale ? « Les "gilets jaunes" ont réussi à poser la question essentielle du pouvoir d’achat, souligne Jean-Pierre Mercier. Ils nous confortent dans notre conviction que le changement ne peut venir que du bas, en manifestant », espère-t-il. « Contrairement à d’autres partis, on ne cherche pas à récupérer le mouvement ». La liste LO ne compte effectivement pas de « gilet jaune » revendiqué.