VIDEO. Remaniement: Toutes les questions qui se posent après trois nouveaux départs du gouvernement

CASSE-TÊTE Par exemple, est-ce que le gouvernement va redevenir paritaire ?

Rachel Garrat-Valcarcel

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Emmanuel Macron est en difficulté depuis le début de son mandat quand il s'agit de remanier le gouvernement.
Emmanuel Macron est en difficulté depuis le début de son mandat quand il s'agit de remanier le gouvernement. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Trois membres du gouvernement quittent l’exécutif pour des raisons électorales (européennes et municipales) : il faut donc les remplacer.
  • Emmanuel Macron et Edouard Philippe ont face à eux un nombre de contraintes important dont la parité et le vivier de ministrable faible.
  • Les choses devraient, normalement, rentrer dans l’ordre avant lundi.

Moins de six mois après les gros remaniements de la rentrée, Emmanuel Macron va une nouvelle fois devoir retoucher son équipe gouvernementale. Nathalie Loiseau, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, part pour être tête de liste de la majorité aux élections européennes de mai, et Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, et Mounir Mahjoubi, le secrétaire d’Etat à l’Economie numérique, veulent être candidats à la mairie de Paris, l’an prochain. Ce nouveau remaniement pose plusieurs questions politiques.

C’est pour quand ?

Dans la constitution, c’est le Premier ministre qui propose au président de la République des noms pour le gouvernement. Et c’est le chef de l’Etat qui nomme. Sauf que le Premier ministre, Edouard Philippe, est en déplacement à l’étranger, à Doha, au Qatar, jusqu’à vendredi. Il n’y aura donc pas de remaniement avant son retour. Au moins : car, l’expérience nous a déjà prouvé qu’Emmanuel Macron prenait souvent son temps pour trouver de nouveaux membres du gouvernement.

A priori, cela ne devrait pas aller au-delà de lundi, la date du prochain conseil des ministres. Et puis, depuis le précédent Thomas Thévenoud, ministre à peine quelques jours à la fin de l’été 2014, la tête de l’exécutif prend souvent le temps de faire analyser les profils des nouveaux entrants par la Haute autorité pour la transparence de la vie politique. Histoire d’éviter les mauvaises surprises.

Macron, plus si « maître des horloges » que ça, même chez lui ?

Une nouvelle fois, le président de la République est contraint de remanier son équipe gouvernementale en partie contre sa volonté. Sans atteindre l’importance des départs des ministres MoDem (en juin 2017), de Nicolas Hulot (en août 2018) et de Gérard Collomb (en octobre 2018), ce nouveau remaniement confirme, pour le politologue Jean Garrigues, que « Macron n’a jamais été maître du temps politique ». « Il a toujours dû être en réaction par rapport aux évènements. Il a jamais pu réaliser jusqu’à présent ce qu’on reconnaît de vertueux à un remaniement, c’est à la dire la capacité à impulser une nouvelle étape, une nouvelle énergie à une gouvernance. »

Le vivier macroniste atteint-il ses limites ?

Trouver des remplaçants lors de ces différents départs, et notamment pour succéder à Nicolas Hulot et Gérard Collomb, a, semble-t-il, été une tannée pour l’exécutif. Il a fallu sept jours pour nommer François de Rugy à la Transition écologique et solidaire et même treize pour Christophe Castaner à l’Intérieur. A alors commencé à se poser la question du « vivier » macroniste. La République en marche manquerait-elle de ministrables crédibles ?

« C’est évident », pour Jean Garrigues. « Cela s’explique par la nature même du mouvement crée par Emmanuel Macron, nouveau. Et il y a eu une difficulté à adjoindre à ce mouvement des poids lourds de la politique. Parce que ceux-là sont justement identifiés à l’ancien monde, aux grands partis qui ont été battus par Emmanuel Macron. »

« On a bien vu les atermoiements pour trouver un secrétaire général du parti et la difficulté pour trouver une tête de liste pour les européennes », ajoute le politologue. Il voit « un manque d’épaisseur politique » chez ceux qui ont d’ailleurs parfois été choisis.

Pourtant, la majorité à l’Assemblée nationale est pléthorique. Mais c’est trop tôt, pour Jean Garrigues. S’il voit bien des personnalités qui commencent à émerger, « beaucoup de députés n’ont aucune expérience dont aucune histoire, aucune surface politique. Il faut du temps pour construire une notoriété et donc une légitimité politique. C’est ce qui manque cruellement aux députés de La République en marche. Ce n’est pas une question de capacité. »

Et la parité ?

C’était une des promesses du nouveau président de la République, en 2017 : avoir un gouvernement qui compte autant de femmes que d’hommes. Si on exclut (arbitrairement) le Premier ministre du compte, la parité n’est plus respectée depuis l’entrée au gouvernement d’Adrien Taquet (jusque-là député des Hauts-de-Seine), en tant que secrétaire d’Etat à la protection de l’enfance.

Emmanuel Macron a là l’occasion de rectifier le tir. Il faudrait donc nommer au moins deux femmes (s’il fait le choix de confier le porte-parolat du gouvernement à quelqu’un qui y est déjà, en plus de ses autres fonctions). Or, si on parle d’une femme pour remplacer Mounir Mahjoubi à l’Economie numérique (Paula Forteza, députée des Français de l’étranger), c’est un homme qui pourrait succéder à Nathalie Loiseau aux Affaires européennes (Clément Beaune, le conseiller élyséen sur ces mêmes affaires).

Si jamais ce critère n’était toujours pas respecté après le remaniement, est-ce que c’est quelque chose qui pourrait être reproché à Emmanuel Macron ? « Oui », pour Jean Garrigues. « Ça serait quand même étonnant, ça apparaîtrait comme contradictoire par rapport à ce qu’a voulu représenter ce nouveau monde macronien. »