Européennes: Pascal Canfin cède aux appels du pied d’Emmanuel Macron, une «faute lourde» pour les écolos

ELECTIONS EUROPÉENNES Le directeur de WWF France avait dit « non » en août pour remplacer Nicolas Hulot, « non » encore en novembre pour mettre son nom sur la liste LREM aux européennes. Pascal Canfin y figurera finalement en deuxième position. Un retournement de veste ?

Fabrice Pouliquen

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Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015.
Pascal Canfin à l'Elysée le 18 juin 2015. — THOMAS SAMSON / AFP
  • Pascal Canfin sera n° 2, derrière l’actuelle ministre des Affaires européennes, Nathalie Loiseau, sur la liste LREM en vue des prochaines élections européennes.
  • L’ex-directeur de l’ONG WWF France cède ainsi aux appels du pied insistants d’Emmanuel Macron. Il a pourtant critiqué, jusqu’à il y a quelques mois encore, le manque d’ambition de la politique environnementale de l’actuel gouvernement.
  • Dans une interview au Monde, pour justifier son choix, Pascal Canfin assure avoir obtenu la garantie d’Emmanuel Macron que l’écologie sera l’axe majeur de cette liste LREM.

Deux « non », et puis un « oui ». La liste LREM aux européennes a été en partie officialisée ce mardi fin d’après-midi. En deuxième place, juste derrière Nathalie Loiseau, actuelle ministre des Affaires étrangères, on trouve celui de Pascal Canfin, directeur général de l’ONG environnementale WWF France depuis le 1er janvier 2016 et jusqu’à lundi soir encore.

Ce n’est pas le premier appel du pied d’Emmanuel Macron à celui qui fut ministre délégué au Développement, sous François Hollande, de mai 2012 à mars 2014. Pascal Canfin avait ainsi été invité à remplacer Nicolas Hulot au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire, à la démission de ce dernier en août dernier. Puis en novembre, lorsque LREM lui proposait une première fois de rejoindre la liste du parti aux Européennes.

« Je veux garder ma liberté »

« Je veux garder ma liberté », justifiait à l’époque Pascal Canfin sur Twitter. Une liberté qu’il employait entre autres à commenter la politique du gouvernement en matière de transition énergétique. Distribuant les bons comme les mauvais points. Comme au micro de France Inter, le 20 novembre dernier, au sujet de la rénovation des immeubles passoires énergétiques. « C’était vrai sous Nicolas Sarkozy, c’était vrai sous François Hollande, c’est vrai sous Emmanuel Macron : on dit qu’on va le faire et on ne le fait pas. Il faut arrêter de faire semblant. »

La troisième tentative sera donc la bonne. Pascal Canfin mettra bien son expertise et ses réseaux au service du gouvernement Macron, dans une enceinte qu’il connaît bien d’ailleurs puisqu’il a été député européen entre 2009 et 2012.

Une nouvelle donne ?

Qu’est-ce qui a pu bien changer quatre mois ? L’ex-directeur du WWF France, assure déjà d’avoir obtenu du président Macron les garanties nécessaires sur la présence en nombre, sur la liste, de personnalités au profil et aux compétences écologistes. « S’il s’agissait juste d’avoir un nom, le mien, en deuxième de liste, sans que cela entraîne un choix collectif, ça n’aurait eu aucun sens, explique-t-il dans une interview au Monde. […] L’écologie sera l’axe majeur, premier et transversal.

Le contexte aussi a changé depuis cet été, avance-t-il. Pascal Canfin cite, toujours dans Le Monde, les récentes marches pour le climat, la pétition l ’Affaire du siècle et ses deux millions de signatures ou encore les sondages qui montrent que le climat représente l’attente prioritaire des citoyens vis-à-vis de l’Europe. « Quand Nicolas Hulot a démissionné, il a déploré que personne ne le soutienne dans la rue, fait remarquer Pascal Canfin. La situation a changé depuis et il faut saisir cette nouvelle énergie. »

Une faute lourde pour EELV

Le ralliement de Pascal Canfin à la liste LREM n’a pas manqué d’être raillé à Europe-Ecologie-Les Verts où il s’était engagé en politique dès 2001, parallèlement à son activité de journaliste au mensuel Alternatives économiques, revue spécialisée dans l’actualité sociale, économique et environnementale, classée à gauche. « C’est une capitulation. Faire croire que l’écologie serait compatible avec la politique menée depuis un an et demi par Emmanuel Macron est une faute lourde », tacle David Cormand, secrétaire national d’EELV. « La propre ONG de Canfin [WWF France donc] a considéré que les choses n’allaient pas » dans la politique menée par Emmanuel Macron, cingle-t-il encore.

Yannick Jadot dit ne pas comprendre beaucoup plus la stratégie de l’ex-directeur de WWF France. « Il rejoint une liste qui va être effectivement une liste “en même temps”, prédit la tête de liste Europe Ecologie-Les Verts aux Européennes, ce mardi sur France Inter. Il va y avoir Pascal Canfin qui, je crois, est toujours contre les pesticides et le glyphosate et puis en numéro 4 le représentant des agriculteurs qui est pour le glyphosate et pour les pesticides. »

Le député Mathieu Orphelin, ex-bras droit de Nicolas Hulot à la FNH (Fondation Nicolas Hulot) et qui a un temps fait parti du groupe LREM à l’Assemblée nationale avant d’en claquer la porte avec fracas, début février, est pour sa part moins sévère. « Le positif est que l’écologie sera partout dans cette campagne européenne avec pas moins de six listes qui disent en faire leur axe majeur, de EELV à LREM, en passant par la liste de Delphine Batho, celle de Benoît Hamon, celle de Raphaël Glucksmann, celle de La France insoumise, commente Mathieu Orphelin. Mais cela ne peut pas être que des mots. Il y aura des obligations de résultat derrière. »

« Une obligation de résultat »

Le député a bien noté que Pascal Canfin assure avoir obtenu d’Emmanuel Macron l’assurance que l’écologie serait l’axe majeur porté par la liste LREM aux européennes. « Mais ça veut dire quoi exactement ?, poursuit-il. Qu’a-t-il obtenu exactement ? Il n’entre pas dans le concret dans son interview au Monde et c’est dommage. »

A cette obligation de résultat, Mathieu Orphelin ajoute une autre contrainte à Pascal Canfin, tout comme à l'ex secrétaire général de EELV, Pascal Durand, et à la navigatrice Catherine Chabaud, deux autres figures de l’écologie politique à avoir rejoint cette liste LREM aux européennes. « Ils connaissent parfaitement les insuffisances de l’actuelle politique climatique d’Emmanuel Macron et les écarts qu’il peut exister entre les ambitions affichées et les actes, estime-t-il. Même s’ils sont au Parlement européen, ils ne pourront pas faire comme si ces manquements n’existaient pas. »