Elections européennes: «Rassemblement très large» et secrets de Polichinelle pour le coup d’envoi de la liste LREM

REPORTAGE Sans surprise, la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau a été investie ce mardi tête de la liste LREM pour les élections européennes

Thibaut Le Gal

— 

Nathalie Loiseau et la liste LREM aux européennes
Nathalie Loiseau et la liste LREM aux européennes — ISA HARSIN/SIPA
  • Nathalie Loiseau a annoncé ce mardi sa démission du gouvernement pour mener la campagne.
  • L'écologiste Pascal Canfin, en deuxième position, a défendu le projet écologiste de la majorité (après l'avoir critiqué pendant plusieurs mois).
  • La liste mélange politiques et société civile.

Lorsqu’elle en dit un peu trop, la bande-annonce gâche parfois l’intérêt du film. Après plusieurs jours de révélations dans la presse, le dévoilement des trente premiers noms de la liste « Renaissance » de la majorité pour les européennes ce mardi après-midi à Paris a offert peu de surprises. Le patron de La République en marche Stanislas Guérini donne le ton en premier : « C’est une liste de rassemblement très large, de ceux qui pensent la même chose sur l’Europe, et croient en la renaissance du projet européen ».

Moins inspiré, François Bayrou s’emmêle vite les pinceaux. « Il n’y a que des visages nouveaux, qui n’ont jamais siégé au Parlement européen ». Rires et malaises gagnent la salle. Le centriste Dominique Riquet (16e sur la liste) et l’ex-EELV Pascal Durand (18e) y sont élus, l’écolo Pascal Canfin l’était aussi jusqu’en 2014. « Bon, disons l’immense majorité qui est là incarne le renouvellement », reprend sans se démonter le président du MoDem, qui décroche sept places sur les trente premières dévoilées ce mardi. Le maire de Pau conclut en mettant un peu la pression sur Nathalie Loiseau : elle « a la lourde responsabilité de conduire cette bataille ».

Loiseau, tête de liste, démissionne du gouvernement

Le secret de Polichinelle devient officiel : c’est la ministre des Affaires européennes qui conduira la liste de la majorité. Comme aucun journaliste ne s’y attarde, la tête de liste prend les choses en main. « Je vais répondre à une question qui ne m’a pas été posée, ironise-t-elle, j’envoie ma démission au Premier ministre et au président de la République dans la foulée de cette réunion », précisant que son départ serait effectif après le conseil des ministres de mercredi matin.

Interrogée sur le programme, Nathalie Loiseau reste évasive : « Ce qui nous rassemble, c’est que nous sommes tous des Européens convaincus, des Européens exigeants, sûrement des Européens impatients, et sûrement pas des euro-béats ».

L’ex-ministre ne donne pas beaucoup plus de précisions sur le choix du futur président de la Commission européenne (« chaque question viendra en son temps, nous voulons d’abord faire un bon score »), ni sur les futures alliances au sein du Parlement européen. « Un certain nombre de forces populistes monte en Europe et nous allons les combattre. Nous voulons être une offre progressiste, renouvelée, centrale. Viendront avec nous ceux qui veulent en être. Nous sommes en contact amical et étroit avec l’ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe) mais il n’y a pas qu’eux ».

Une liste aux tonalités écolos

Le projet des macronistes devrait s’inspirer de la tribune publiée par Emmanuel Macron le 5 mars dans 28 pays de l’UE. A la tribune, Nathalie Loiseau reprend notamment l’idée de créer une banque européenne du climat pour répondre à « l’urgence climatique et environnementale ». En débauchant deux figures d’EELV et la navigatrice engagée Catherine Chabaud (n°5), la majorité veut montrer que cette thématique est au cœur de son projet européen.

L’ancien président de WWF France Pascal Canfin, pourtant critique du bilan d’Emmanuel Macron il y encore quelques semaine, défend ainsi sa place de n°2 sur la liste : l’écologie est « l’axe le plus important et transversal du projet qui sera dévoilé dans les prochaines semaines. Elle va irriguer tous les sujets… ». Il ajoute : « Le deuxième élément est la composition de cette liste, vous découvrirez qu’une partie significative a des engagements et des compétences sur le sujet ».

Un journaliste le titille : pourra-t-il s’entendre, sur le glyphosate notamment, avec Jérémy Decerle, ex-président des Jeunes Agriculteurs proche de la FNSEA, en position n°4 sur la liste ? Ce dernier évacue : « Avant de mettre un point dans les relations entre Canfin et moi, il faudrait peut-être la laisser démarrer ».

Pour le reste, la liste est un savant mélange de politiques [l’ancien conseiller de l’Elysée Stéphane Séjourné (n°6), les juppéistes Fabienne Keller (n°7) et Gilles Boyer (n°12), l’ex- secrétaire d’Etat aux Affaires européennes italien Sandro Gozi] et de société civile [le journaliste Bernard Guetta (n°8), la juriste Marie-Pierre Vedrenne (n°3)]. Des noms déjà sortis dans la presse depuis plusieurs jours. L’inattendu n’arrive qu’en toute fin de conférence. Au moment de la photo, un grand « boum » retentit : plus de peur que de mal, une partie de l’estrade s’est écroulée sous le poids des 30 colistiers.