Affaire Benalla: Edouard Philippe sèche volontairement les questions au gouvernement au Sénat

COLERE Le bureau du Sénat a choisi, ce jeudi, de saisir la justice non seulement du cas de l’ancien collaborateur de l’Elysée, mais aussi de ceux de trois hauts responsables de la présidence

20 Minutes avec AFP

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Edouard Philippe durant la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le 27 mars 2018.
Edouard Philippe durant la séance hebdomadaire de questions au gouvernement, le 27 mars 2018. — Witt/ Sipa/SIPA

Pour marquer son désaccord avec la décision du Sénat de saisir la justice du cas d’Alexandre Benalla, mais également de proches d’Emmanuel Macron, le Premier ministre, Edouard Philippe a volontairement décidé de ne pas se rendre, ce jeudi, aux questions au gouvernement au Sénat, a indiqué son entourage.

« Le Premier ministre a décidé de ne pas y aller et il vient de parler (au président du Sénat) Gérard Larcher pour lui en donner les raisons », a déclaré un conseiller à Matignon. Juste avant la séance, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux avait dénoncé devant les journalistes un acte « politiquement bas et moralement très grave », en fustigeant « un tribunal politique ».

« Ni en fait ni en droit, rien n’est fondé dans la décision qui a été prise ce matin »

Dans un nouveau coup de tonnerre dans l’affaire Benalla, le bureau du Sénat a choisi jeudi de saisir la justice non seulement du cas de l’ancien collaborateur de l’Elysée, mais aussi de ceux de trois hauts responsables de la présidence mis en cause dans le rapport accablant de sa commission d’enquête.

« Ni en fait ni en droit, rien n’est fondé dans la décision qui a été prise ce matin » et le Sénat s’est transformé ainsi « en tribunal politique », a lancé Benjamin Griveaux avant d’entrer dans l’hémicycle. « Dans la période, le rôle du Sénat, ça n’est pas d’affaiblir, de diviser et de faire en sorte que le pays ne retrouve pas l’unité nationale dont nous avons tant besoin. C’est politiquement bas et c’est moralement très grave », a-t-il affirmé.

« C’est simplement l’application du droit, rien que le droit, tout le droit »

Le président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand, a pour sa part décidé de boycotter une conférence commune prévue avec son homologue LR du Sénat, Gérard Larcher. « Je ne suis en guerre contre personne. Pas contre l’Elysée et personne d’autre. Le sujet est d’une autre nature. C’est simplement l’application du droit, rien que le droit, tout le droit », a répliqué Gérard Larcher.

Accusé d’attenter à la séparation des pouvoirs, le Sénat agit « dans le cadre de la Constitution », a abondé le co-rapporteur (PS) de la commission d’enquête sénatoriale Jean-Pierre Sueur. Cette décision retentissante n’en accroît pas moins la tension entre l’Elysée et la Haute assemblée, seule institution « qui ne procède pas de la seule élection présidentielle » et « capable de contrôler l’action du gouvernement en toute indépendance », avait récemment assuré Gérard Larcher.