Européennes: Pourquoi l'alliance avec «Place publique» agace-t-elle certains socialistes?

POLITIQUE  Le PS a désigné samedi l'essayiste Raphaël Glucksmann comme tête de liste pour les Européennes, mais ce choix est critiqué en interne

T.L.G.

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Olivier Faure a l'air ravi de l'alliance avec Place publique pour les européennes.
Olivier Faure a l'air ravi de l'alliance avec Place publique pour les européennes. — Thomas SAMSON / AFP
  •  Le PS a désigné samedi l'essayiste Raphaël Glucksmann comme tête de liste pour les Européenne.
  • Ce choix est critique en interne par certains cadres.
  • Des socialistes dénoncent le risque d'effacement du PS.

Nouvelle zizanie au Parti socialiste. Le parti a désigné samedi l’essayiste Raphaël Glucksmann de Place publique comme tête de liste pour les européennes. Pour la première fois, les socialistes ont fait le choix de s’effacer derrière un candidat de la société civile. Cette décision, portée par le Premier secrétaire Olivier Faure, a été adoubée à une large majorité par une résolution du Conseil national du parti : 128 pour, cinq contre. Mais ce choix reste vivement critiqué en interne. 20 Minutes vous dit pourquoi.

Critique n°1 : Ne pas faire campagne au nom du PS (mais la financer ?)

« Nous devrions nous effacer derrière Raphaël Glucksmann sans débat interne, sans aucune base idéologique et politique, sans ligne stratégique ? », a dénoncé Stéphane Le Foll en claquant la porte du Bureau national du PS vendredi. « Faure ne voulait pas se cramer. Il a mis la pression sur les différents courants du PS pour soutenir Glucksmann, en promettant des places sur la liste des Européennes », souffle un cadre du parti.

« Qui va payer la campagne ? Probablement pas Place publique mais le PS, au moment où des fédérations mettent la clé sous le paillasson, s’inquiète le député Luc Carvounas. Je donne acte à Faure, c’est sa stratégie, son mandat, mais il sera comptable des résultats. »

Le patron des socialistes a prévenu que l’alliance ne serait pas « un effacement », promettant qu’il y aurait bien toujours le logo avec « le poing et la rose » sur les bulletins et les affiches du PS. Laurent Baumel, de l’aile gauche du parti, ajoute : « C’est une prise de risque contrôlée, nous ne donnons pas complètement les rênes à Glucksmann. Tout va dépendre des équilibres au niveau de la liste [50 % des candidats devraient être PS]. Après tout, quand les insoumis choisissent Manon Aubry pour tête de liste, on ne se demande pas si c’est la fin de La France insoumise ».

Critique n°2 : Une alliance de « toute la gauche » sans la gauche

Place publique rêvait de rassembler toute la gauche, mais Place publique n’a même pas réussi à rassembler Place publique. Dénonçant l’accord avec les socialistes, Thomas Porcher, l’un des cofondateurs, a quitté le mouvement. L’alliance de toute la gauche, elle, a fait un flop. Le PS a agi comme repoussoir : EELV, Générations, et PCF font campagne de leur côté. Place publique a pour l’heure engrangé les ralliements de Nouvelle Donne, la porte-parole de Génération. s et Cap 21, parti de Corinne Lepage, ancienne ministre d’Alain Juppé et soutien d'Emmanuel Macron pendant la campagne, ce qui fait tiquer de nombreux socialistes.

« Je ne sais pas où sera Cap 21 dans cette liste, mais c’est un point à surveiller », évacue un peu embarrassé l’ancien frondeur Laurent Baumel. « Personne ne fera croire que nous faisons l’union de la gauche sans les écolos, les communistes, les hamonistes. Cap 21 et Nouvelle Donne n’ont pas de base électorale de même envergure », constate Rachid Temal.

Critique n°3 : Le parcours sinueux de Raphaël Glucksmann

« Les Français ont élu Macron sans connaître son programme, les socialistes viennent de prendre Raphaël Glucksmann sans le connaître non plus », persifle un parlementaire socialiste. Le parcours sinueux de cet ancien conseiller du président de centre-droit géorgien, un temps proche des milieux néo-conservateurs et du parti centriste «Alternative Libérale», inquiète également. « Les papiers sur son parcours sortent une fois qu’il est candidat… J’ai reçu plein de messages de militants me reprochant notre soutien. Moi je ne le connais pas, mais j’écoute ce qu’il dit », balaie Laurent Baumel. « Sa ligne politique ? Je ne la connais pas », ajoute, dépité, un député socialiste. « Place publique milite pour ses "dix combats communs", ce n’est pas très précis, mais j’espère que les propositions du PS seront reprises », abonde Rachid Temal.

Critique n°4 : Quel groupe au Parlement européen ?

« Demain, les eurodéputés élus vont siéger où ? Ils vont voter pour quel président ? », interroge Luc Carvounas. « Nous n’avons pas la garantie qu’ils siégeront au sein du groupe PSE [socialistes européens] alors que nous avons besoin d’un groupe fort », regrette Rachid Temal.

« Chacun est responsable d’aller dans un groupe », a réaffirmé ce mercredi le candidat de Place publique sur France 2, prévenant que « ça n’est pas : chacun fera ce qu’il veut ». L’essayiste espère « une clarification des groupes » à Bruxelles et « créer un arc progressiste » : « Vous avez par exemple au Parti socialiste européen des nationalistes comme les socialistes roumains avec des sociaux-démocrates parfaitement ouverts et progressiste : et ce n’est pas possible ».