«Gilets jaunes»: Après les violences, Macron peut-il perdre l'«effet grand débat»?

REMONTADA Le «grand débat national» qui s'est achevé vendredi était une idée d'Emmanuel Macron pour sortir de la crise des «gilets jaunes» : cela-t-il été payant pour le président ?

L. C. et T. L. G.

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Emmanuel Macron à un débat avec des jeunes à Etang-sur-Arroux, le 7 février 2019.
Emmanuel Macron à un débat avec des jeunes à Etang-sur-Arroux, le 7 février 2019. — Ludovic MARIN / AFP
  • Emmanuel Macron s’est beaucoup impliqué dans le « grand débat », lancé en décembre pour sortir de la crise des « gilets jaunes ».
  • Cette consultation nationale de deux mois avait permis au président de voir sa cote de popularité repartir doucement à la hausse, après un trou d’air en fin d’année 2018.
  • Mais les violences survenues ce samedi lors de l’acte 18 des « gilets jaunes » ont ravivé les critiques de l’opposition, qui accuse l’exécutif de laxisme, tandis que l’image du chef de l’Etat pourrait pâtir des dégâts commis sur les Champs-Elysées.

Une douzaine de déplacements, 56 heures d’échanges filmés : Emmanuel Macron s’est beaucoup impliqué dans le « grand débat national », lancé en décembre afin de sortir de la crise des « gilets jaunes ».  Omniprésent dans les médias, le président a réussi à gagner quelques points de popularité dans l’opinion. Mais samedi, les violences ont à nouveau émaillé l’acte 18 du mouvement.

« Nous avons organisé le plus grand débat que ce pays ait connu. Ce n’est pas un hasard si les casseurs se remobilisent alors que le débat est un succès », s’est défendu Edouard Philippe ce lundi, en marge de la présentation de nouvelles mesures de sécurité. Fustigé par l’opposition, l’exécutif peut-il perdre le bénéfice politique de ces deux mois de consultation ?

Un week-end mauvais pour l’image de l’exécutif

Les images du week-end au ski du couple présidentiel ont tourné en boucle en même temps que celles des Champs-Elysées mis à sac ce week-end. « Ajoutez à cela les révélations sur Christophe Castaner en boîte de nuit, c’est très mauvais pour l’image du président », estime Bruno Cautrès, directeur de recherche au CNRS. La cote de popularité d’Emmanuel Macron, repartie à la hausse en début d’année après avoir atteint son plus bas niveau au plus fort de la crise des « gilets jaunes », pourrait à nouveau faiblir, ou du moins stagner, selon le politologue.

« Ce sont des éléments à charge pour Emmanuel Macron, notamment chez les électeurs de droite qui étaient revenus vers lui depuis décembre. Ils peuvent s’inquiéter d’une éventuelle impuissance voire d’un certain laxisme du pouvoir », abonde l’historien Jean Garrigues.

Une réponse sécuritaire

« Grâce au débat, il avait regagné l’image d’un président qui ne subissait pas les événements mais les impulse, les cadre », note Bruno Cautrès. Mais les violences survenues samedi ont mis la majorité sous pression. Après avoir reconnu des « dysfonctionnements », le gouvernement a fait ce lundi des annonces pour renforcer le maintien de l’ordre et remplacer le préfet de police, une semaine après l’adoption de la loi dite « anticasseurs » par le Parlement.

Pour Jean Garrigues, le gouvernement tente de « colmater la brèche. Il s’adresse aux Français qui ont été choqués par les violences et notamment l’électorat de droite, très attaché à l’idée d’ordre et de sécurité ». « Le sujet n’est pas la popularité du président mais le rétablissement de l’ordre public. Ces mesures sont une réponse ferme et proportionnée par rapport aux événements de samedi. Car on a franchi une étape nouvelle dans la violence », défend la porte-parole de La République en marche, Aurore Bergé.

Une crise sans fin ?

Grâce au « grand débat », « les revendications des “gilets jaunes” ont été noyées dans le flot des propositions très nombreuses et variées qui ont émergé, estime Bruno Cautrès. « Personne n’a parlé de leurs initiatives, comme le site 'Le Vrai débat ». Pour autant, la mobilisation se poursuit, un nouvel appel à manifester samedi a déjà été lancé sur les réseaux sociaux.

« Emmanuel Macron ne s’en sortira pas avec ce grand débat. Les shows télé de sept heures n’ont pas résolu la crise, même s’ils l’ont fait passer pour un temps au second plan », poursuit le chercheur. Elle devrait revenir au premier plan car après le débat, viendra le temps de la synthèse puis des réponses de l’exécutif.

« Les “gilets jaunes” constituent un mouvement tellement atypique qu’il est difficile de trouver une issue sociale ou politique, soulève Jean Garrigues, qui relativise les conséquences des événements du week-end. L’exécutif n’est pas revenu au point de départ de décembre dernier, car la consultation avait vocation à s’adresser à tous les Français et à répondre au divorce entre les citoyens et leurs élites politiques. »

Le gouvernement devrait annoncer ses premières réponses au mois d’avril. « Si elles ne sont pas jugées à la hauteur, cela sera un élément à charge contre le chef de l’Etat, du fait de son omniprésence dans ce débat, prédit Jean Garrigues. Il y aura de toute façon des insatisfactions, mais s’il gagne les élections européennes, le président et son parti sortiront relégitimés. »