Qui a participé au grand débat national d'Emmanuel Macron?

POLITIQUE La concertation s'achève vendredi après deux mois de réunions partout en France et une masse de propositions dans laquelle l'exécutif va devoir piocher pour répondre aux attentes des Français

Thibaut Le Gal (Infographies de Laure Cometti)

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Emmanuel Macron lors d'un grand débat national à Gréoux-les-Bains
Emmanuel Macron lors d'un grand débat national à Gréoux-les-Bains — Claude Paris/AP/SIPA

Clap de fin pour le grand débat. La concertation nationale lancée mi-janvier par Emmanuel Macron pour répondre à la crise des «gilets jaunes» s’achève vendredi après deux mois d’échanges un peu partout en France.

Le gouvernement a déjà salué la « réussite » de l'opération, mettant en avant les 10.300 réunions locales inscrites sur la plateforme consacrée et le 1.4 million de contributions numériques. Le chef de l’Etat disait en décembre vouloir « prendre le pouls vivant de notre pays ». Mais les Français se sont-ils tous emparés du grand débat ? 20 Minutes fait le point sur les participants.

Les élus, principaux organisateurs des débats

Le 8 mars 2019, 9.975 réunions locales étaient déclarées sur le site du « grand débat national », pour 6.125 organisateurs. Les chiffres montrent que 42.60 % des réunions publiques ont été mises en place par des élus ou des institutions, 26.61 % par des citoyens et 15.54 % par des organisations à but non lucratif.

Les élus locaux, sur qui Emmanuel Macron disait vouloir s’appuyer, ont donc joué un rôle important. « Les maires ont facilité le débat, en mettant à disposition des salles, du matériel pour l’organisation des échanges », confirme Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux et secrétaire général de l’Association des maires de France.

Des participants plutôt âgés et « inclus »

Entre 400.000 et 500.000 personnes ont participé aux réunions locales selon l’AFP. Mais les garants du débat ont pointé le manque de diversité du public. « Il est vrai que dans les réunions locales, on a vu beaucoup de retraités, et de nombreuses personnes de plus de 40 ans. Peu de jeunes ont participé aux échanges, même si le président de la République et le gouvernement ont lancé diverses opérations pour les toucher », indique Guy Canivet, l’un des garants.

Jean Michel Fourniau copilote de l'Observatoire des débats, qui a collecté des données sur plus de 250 réunions, abonde : « On note aussi une part importante de retraités, un tiers à la louche, dans les salles que nous avons observées. Des participants plus âgés, mais aussi plus éduqués, et plus masculins que la population dans son ensemble. Pas de surprise car c’est le profil habituel des participants aux dispositifs de démocratie participative, dans les collectivités locales notamment ».

Des disparités géographiques

Les territoires habitués à l’abstention, comme la Seine-Saint-Denis ou l’Outre-mer ont ainsi très peu participé. « Les déceptions du passé, comme l’abandon du plan Borloo, ou le manque d’engagement clair du gouvernement sur la prise en compte des débats ont créé des résistances dans les milieux qui ont déjà le moins confiance dans les institutions », poursuit Jean Michel Fourniau.

Autre élément : « La cartographie des débats montre une participation plutôt urbaine, en décalage de la France périphérique d’où étaient parties les premières revendications des Gilets jaunes », ajoute le chercheur du GIS Démocratie et Participation. La carte des débats (ci-dessous) montre que les réunions publiques se sont concentrées dans les grandes villes.

Une donnée qui peut être nuancée : « ce sont dans des zones plutôt rurales que le nombre de réunions publiques, rapporté à la population, a été le plus élevé : Drôme, Lot, Nièvre ou Eure », indique le Parisien.

Quid des contributeurs en ligne ?

« C’est un angle mort, car nous n’avons que très peu de données sur les contributeurs en ligne. C’est dommage car dans les concertations, l’outil n’est pas neutre. S’exprimer sur internet ou dans une mairie pendant trois heures le soir, ça n’amène pas les mêmes gens », regrette David Prothais, autre pilote de l’Observatoire des débats.

Selon le Parisien, il existe également une corrélation entre contribution en ligne et abstention. « Les habitants de Paris, des Yvelines ou des Hauts-de-Seine ont participé trois voire quatre fois plus que ceux de Seine-Saint-Denis, des îles (Corse et DOM-TOM) ou des départements situés au nord-est (Ardennes, Aisne, Somme, Nord, Pas-de-Calais etc.) », écrit le quotidien.

La masse des données devra ainsi être étudiée avec précaution, rappelle le garant Guy Canivet : « Il ne s’agit pas d’un sondage représentatif de l’opinion des Français mais seulement de l’avis des gens qui ont participé au débat ».