Européennes: Comment le Rassemblement national drague l'Outre-mer

CAMPAGNE En campagne pour les européennes, le Rassemblement national de Marine Le Pen prête une attention particulière aux territoires d’outre-mer, avec une tournée antillaise de sa tête de liste, un programme spécial et la promesse de cinq candidats ultramarins

Laure Cometti

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Marine Le Pen, le 28 février 2019, aux stands des territoires d'outre-mer du Salon de l'Agriculture, à Paris.
Marine Le Pen, le 28 février 2019, aux stands des territoires d'outre-mer du Salon de l'Agriculture, à Paris. — Alain ROBERT/SIPA
  • En campagne pour les élections européennes, la tête de liste du Rassemblement national (RN) Jordan Bardella bouclera ce dimanche une tournée de six jours en Guyane, Martinique et Guadeloupe.
  • Ces visites font partie de la stratégie du parti de Marine Le Pen pour conquérir les 1,8 million d’électeurs des territoires d’outre-mer, où le mouvement a fait une percée historique en 2017, à la présidentielle.
  • Pour consolider cette dynamique dans les urnes le 26 mai prochain, le RN mise aussi sur un programme politique adapté aux enjeux ultramarins et promet au moins cinq candidats issus de ces territoires sur sa liste, dont trois en position éligible.

Un chapeau de paille, un peu de rhum et quelques pas de zouk. Il y a deux semaines, Marine Le Pen avait choisi les stands de l’outre-mer pour sa pause déjeuner au milieu d'une journée de campagne au Salon de l'Agriculture. Un rendez-vous que la présidente du Rassemblement national (RN) affectionne et une initiation pour la tête de liste de son parti, le jeune Jordan Bardella. Ce dernier s’est envolé ce mardi pour une tournée de cinq jours en Guyane, à la Martinique et en Guadeloupe. En pleine campagne, le parti mise sur les européennes pour consolider sa percée à la présidentielle de 2017.

De persona non grata à numéro 1 du nombre de voix

Rembobinons un peu : il y a deux ans, le RN (FN à l’époque) réalisait un score historique dans les départements et collectivités d’outre-mer (DOM-COM) en engrangeant le plus grand nombre de voix (un peu plus de 177.000) au premier tour de la présidentielle. « C’était une surprise. Il y a 20 ans, les délégations du Front national étaient vraiment persona non grata outre-mer, rappelle Christiane Rafidinarivo, politologue à Sciences-Po et au Cevipof-CNRS. Mais Marine Le Pen a construit une vraie stratégie outre-mer, et elle a pu faire une tournée pendant la présidentielle ».

Pour courtiser les territoires ultramarins, et leurs 2,6 millions d’habitants, « elle a surfé sur des thèmes de son programme susceptibles de répondre aux attentes des DOM-COM, comme la souveraineté nationale, l’immigration et la politique maritime », poursuit Christiane Rafidinarivo.En parlant par exemple d'immigration à Mayotte, où l’arrivée clandestine de Comoriens était un sujet phare pendant la campagne.

Un programme spécial et la promesse de cinq candidats ultramarins

Le RN espère consolider cette dynamique lors des européennes. « Marine a toujours eu une tendresse particulière pour les territoires d’outre-mer », sourit Sébastien Chenu, député RN du Nord. Lundi, la présidente du parti a dévoilé dans son QG son programme « pour la France d’outre-mer dans le cadre de l’élection européenne ». Elle a aussi annoncé que la liste du parti compterait « au moins cinq personnes issues ou liées aux outre-mer, dont trois en position éligible ». Une « première » selon la politologue Christiane Rafidinarivo.

Parmi les noms déjà connus, la Guadeloupéenne Christiane Delannay-Clara et André Rougé, qui fut notamment le « Monsieur outre-mer » de Jacques Chirac et dispose de réseaux politiques et économiques ultramarins. Ces deux candidats ont accompagné dans sa tournée antillaise Jordan Bardella, qui, pour une fois, n’était pas escorté par Marine Le Pen.

Une conquête loin d’être garantie

Six jours durant, la tête de liste RN aura parcouru la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe. Ses rendez-vous et visites ont été choisis afin de parler de défense de l’agriculture, des problèmes d’immigration clandestine, de la pollution au chlordécone ou de l’invasion des algues brunes sargasses. Au parti, on estime que ces territoires et leurs enjeux collent au discours du RN sur les fractures territoriales et la souveraineté. « Nous voulons parler à cette France d’outre-mer qui a trop longtemps été abandonnée, comme la France périphérique », plaide Sébastien Chenu.

Les DOM-COM seront-ils un réservoir de voix pour le RN le 26 mai prochain ? En 2014, le FN avait récolté 10% des voix dans la circonscription ultramarine, où l’abstention s’élevait à 83 %. « La percée du parti en 2017 a aussi suscité une remobilisation de l’électorat anti RN », avance Christiane Rafidinarivo. Mais la campagne de terrain pourrait ne pas être inutile dans l’optique des municipales, puis de la présidentielle de 2022. « La visite de Jordan Bardella vise à consolider l’implantation sectorielle du RN et renforcer les relais locaux au sein des chambres de commerce, des associations, des syndicats, des TPE/PME… Ce maillage reste, même en cas de reflux électoral dans les urnes », estime la politologue.