577 camemberts de Normandie distribués aux députés contre l'élargissement de l'AOP

POLITIQUE Le député du Loiret Richard Ramos et la présidente de l’association Fromages de terroir, Véronique Richez-Lerouge, se sont mobilisés ce mercredi à l’Assemblée nationale contre le camembert pasteurisé

Thibaut Le Gal

— 

Camemberts à l'Assemblée
Camemberts à l'Assemblée — TLG/20minutes
  • Le député MoDem du Loiret organisait ce mercredi son « opération parachutage de camemberts de Normandie AOP au lait cru sur l’Assemblée nationale ».
  • Il dénonce un accord trouvé en février 2018 entre les producteurs et les industriels.
  • L'accord permettra à un fromage pasteurisé d’arborer le label AOP au même titre que les camemberts fabriqués de façon traditionnelle.

Une étrange odeur de fromage se répand dans la salle de presse de l’Assemblée nationale. « On a fait entrer un peu de France dans les couloirs de l’hémicycle en déposant un camembert dans la boîte aux lettres de chaque député. Il y a de bons effluves », s’amuse Richard Ramos. Le député MoDem du Loiret organise ce mercredi son « opération parachutage de camemberts de Normandie AOP au lait cru sur l’Assemblée nationale » en compagnie de Véronique Richez-Lerouge, présidente de l’Association Fromages de Terroirs.

« Le camembert est un symbole de la France. On se bat aujourd’hui pour faire en sorte que manger ait un sens », dit le parlementaire. « Un accord prévoit de faire entrer le camembert au lait pasteurisé dans l’AOP (appellation d’origine protégée), alors que les AOP doivent au contraire garantir l’excellence ».

Fromage pasteurisé et fromage au lait cru, même label

Dans leur viseur : l’accord trouvé en février 2018 entre les industriels laitiers, dont le géant Lactalis*, et les producteurs de camembert d’appellation d’origine. Depuis plusieurs années, les deux parties se disputaient autour de la mention « fabriqué en Normandie » apposée sur les fromages industriels pasteurisés. Ces fromages ne sont pourtant soumis à aucune contrainte de production, contrairement aux « camemberts de Normandie AOP », qui répondent, eux, à un cahier de charges très précis (fabriqué au lait cru, moulé à la louche, 50 % de lait de vaches normandes, etc.).

Pour éviter cette coexistence de clacos aux labels très proches, un accord de principe a donc été trouvé. A partir de 2021, le terme « Normandie » sera réservé aux seuls camemberts d’appellation d’origine protégée. Problème : l’accord prévoit dans le même temps une révision du cahier des charges AOP, qui permettra à un fromage pasteurisé d’arborer le label au même titre que les camemberts fabriqués de façon traditionnelle.

*Contacté par 20 Minutes, Lactalis n'a pas répondu à nos sollicitations.

Le député du Loiret Richard Ramos et la présidente de l’association Fromages de terroir, Véronique Richez-Lerouge, se mobilisent à l’Assemblée nationale contre le camembert pasteurisé.
Le député du Loiret Richard Ramos et la présidente de l’association Fromages de terroir, Véronique Richez-Lerouge, se mobilisent à l’Assemblée nationale contre le camembert pasteurisé. - TLG/20mn

« Sous la même AOP, on aura donc l’original et la copie »

« C’est un scandale. On fait entrer les 60.000 tonnes de camemberts industriels produits chaque année dans l’AOP, qui ne concernait jusqu'ici que 5.000 tonnes. Sous cette appellation, on aura donc l’original et la copie, semblable au fromage fabriqué au Canada, aux Etats-Unis ou au Japon, alors que l’AOP a été créée pour sanctuariser des produits et faire face à la jungle économique », dénonce Véronique Richez-Lerouge.

L’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), qui gère les AOP, vante au contraire les mérites de cet accord qu’il a lancé : « Le dispositif va permettre à un plus grand nombre d’éleveurs normands d’accéder à la production d’AOP et donc à une meilleure valorisation du lait qu’ils produisent, permettre le maintien d’emplois dans la région de Normandie [et] assurer au consommateur une bien meilleure lisibilité de l’offre des camemberts de Normandie », nous écrit l’institut, placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture.

La réglementation prévoit ainsi deux niveaux au sein de la nouvelle AOP : le « cœur de gamme » pour les fromages pasteurisés et la mention « véritable » pour les camemberts moulés à la louche et au lait cru. Des arguments repris par la poignée de producteurs qui assistaient à la conférence de presse à l’Assemblée. Du « blabla » pour Véronique Richez-Lerouge, qui s’inquiète de cette nouvelle norme : « Les supermarchés n’ont souvent qu’une AOP, donc demain dans les rayons vous aurez le camembert le moins cher, la version pasteurisée. Les gens n’auront plus le choix. On ouvre la boîte de Pandore pour tous les AOP : le brie de Meaux, le champagne, le cognac… »