Européennes: Pourquoi les ministres Buzyn et Loiseau tiennent la corde pour mener la liste macroniste

CAMPAGNE Après la tribune d’Emmanuel Macron publiée mardi, les macronistes ont lancé leur campagne européenne avec une plateforme en ligne ce jeudi, mais ils n’ont toujours pas dévoilé leur tête de liste

L.C.

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Les ministres Nathalie Loiseau et Agnès Buzyn, le 6 juin 2018 à l'Elysée.
Les ministres Nathalie Loiseau et Agnès Buzyn, le 6 juin 2018 à l'Elysée. — VILLARD/SIPA
  • Selon plusieurs sources au sein de la majorité, les ministres Agnès Buzyn (Solidarités et Santé) et Nathalie Loiseau (Affaires européennes) tiennent la corde pour prendre la tête de la liste macroniste pour les européennes.
  • La République en Marche voudrait se démarquer des partis d’opposition en choisissant un profil expérimenté, issu de la société civile.
  • Mais la décision n’est pas encore arrêtée et les macronistes ont jusqu’au 30 mars, date de leur premier meeting de campagne européenne, pour continuer leur casting.

Les macronistes prennent leur temps. Le directeur de campagne pour les européennes du parti présidentiel, Stéphane Séjourné, a annoncé ce jeudi sur France Inter que la tête de liste de la majorité serait connue « d’ici au 30 mars », date du premier meeting de campagne. Deux ministres seraient en très bonne position pour être numéro 1 : celle des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn et celle des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. Une short list qui permet d’en savoir un peu plus sur la stratégie des marcheurs pour le scrutin du 26 mai prochain.

Un profil expérimenté

« On ne va pas faire comme les autres. On va miser sur l’expérience plutôt que de choisir un jeune », sourit le sénateur LREM, François Patriat. A respectivement 57 et 54 ans, Agnès Buzyn et Nathalie Loiseau se démarqueraient en effet de certaines des têtes de liste de l’opposition. Au Rassemblement national (RN), on a misé sur Jordan Bardella, 23 ans, les Insoumis ont choisi Manon Aubry, 29 ans, les Républicains François-Xavier Bellamy, 33 ans. 

Outre leur expérience, les deux ministres ont un profil plus technique que politique : Nathalie Loiseau a une longue carrière de diplomate, elle a écumé les ambassades et les cabinets au quai d’Orsay (notamment sous Alain Juppé), tandis qu’Agnès Buzyn, hématologue, a toujours travaillé dans le domaine médical. Toutes deux n’ont pas une notoriété immense, reconnaît un marcheur, « mais ce n’est pas très grave, les autres têtes de liste non plus ».

Une diplomate et une hématologue

La première a l’avantage de gérer les dossiers européens depuis le début du quinquennat. « Elle a une connaissance technique incroyable et une vraie légitimité sur les dossiers européens », loue le député La République en marche (LREM) des Français de l’étranger, Alexandre Holroyd, qui a « travaillé main dans la main avec elle ». « Ce serait une immense force de l’avoir à Bruxelles car elle connaît aussi très bien les interlocuteurs », poursuit-il.

La deuxième a pris du galon en défendant le budget de la Sécurité sociale et en annonçant quelques mesures perçues comme sociales, comme la prime pour les aides-soignants dans les Ehpad. En charge des Solidarités et de la Santé, son parcours au gouvernement serait en phase avec certaines revendications de justice sociale formulées par les « gilets jaunes ». « Elle a une image de gravité, de travail, de hauteur de vue, de pondération et détermination. Cela vient peut-être de sa nature de médecin, loue François Patriat, vétérinaire de formation. Elle inspire confiance, et elle est mesurée et posée ».

Quant à Nathalie Loiseau, le sénateur LREM loue son caractère « très tonique » : « elle est punchy ! » Depuis plusieurs semaines, la ministre, auparavant plus discrète, réagit quasi systématiquement aux critiques et prises de positions des chefs de files de l’opposition de droite et d’extrême droite, en commission à l'Assemblée, ou sur les plateaux télé, comme le 1er mars dernier sur CNews, quand elle a accusé Marine Le Pen de « livrer un mensonge par jour ».

LREM prend le temps

Elle affrontera d’ailleurs la présidente du RN lors d’un débat, le 14 mars prochain, dans L’Emission politique de France 2, selon Le Figaro. « Ça ne me surprend pas du tout d’elle, elle va au combat, au contact, car elle a envie de mettre à l’épreuve ceux qui racontent des absurdités sur l’Union européenne », observe Alexandre Holroyd. A deux semaines du premier meeting de LREM, ce débat fera-t-il office de dernier test pour celle qui est pressentie comme tête de liste ? « A ce jour, Emmanuel Macron n’a pas encore tranché », croit savoir un proche de l’exécutif.

Et la majorité veut prendre le temps de finir son casting. « On nous avait déjà reproché pendant la présidentielle de tarder à dévoiler notre programme », rappelle Carole Gandon, porte-parole du parti. « Nous avançons selon le calendrier le plus pertinent : il ne faut surtout pas percuter la séquence du grand débat avec des annonces de candidatures politiques », avance-t-elle. « Si nous dévoilons une tête de liste trop tôt, on oubliera notre méthode : le projet vient d’abord. Oui, la campagne sera courte, mais les marcheurs sont dans les starting-blocks ».

Si l’une des deux ministres est effectivement choisie comme tête de liste LREM, elle devra en tout cas quitter le gouvernement, a indiqué Stéphane Séjourné ce jeudi, ce qui pourrait provoquer un remaniement.