Bordeaux: Macron et Juppé échangent (poliment) entre hommages et désaccord sur les dotations de l'Etat

POLITIQUE Le maire de Bordeaux, qui a officiellement démissionné ce vendredi après-midi, accueillait le chef de l’Etat dans le cadre d’un grand débat avec une cinquantaine de maires de la Gironde

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé et Emmanuel Macron, lors du grand débat avec des maires de Gironde, à Bordeaux.
Alain Juppé et Emmanuel Macron, lors du grand débat avec des maires de Gironde, à Bordeaux. — Caroline BLUMBERG / POOL / AFP
  • Alain Juppé et Emmanuel Macron se sont respectivement échangé des hommages, montrant le respect entre les deux hommes.
  • Devant ses collègues maires, Alain Juppé a tenu toutefois à interpeller le président sur la baisse des dotations de l’Etat vers les collectivités.
  • Cette baisse a été largement compensée par la hausse de la fiscalité, lui a rétorqué le chef de l’Etat.

Pour son dernier jour en tant que maire de Bordeaux, Alain Juppé accueillait ce vendredi le chef de l’Etat Emmanuel Macron à Bordeaux. Le président de la République a en effet organisé un grand débat avec une cinquantaine de maires de la Gironde, à la résidence préfectorale, pendant environ 3h30.

Si la position d’Alain Juppé a toujours été bienveillante à l’égard d’Emmanuel Macron, et si les deux hommes ont toujours montré du respect l’un envers l’autre, ils n’hésitent pas non plus à se dire les choses. Ainsi, le maire de Bordeaux a ouvert le débat de manière très cordiale, en estimant que « c’est un privilège » de vivre ses « dernières heures en tant que maire de Bordeaux » avec le président de la République. Mais il a aussi tenu à clarifier certaines positions.

« La part des dotations reçues de l’Etat est passée de 39 % à 17 % »

« J’ai tenu à vous accueillir ici au milieu des parlementaires et des maires, dans cette ville de Bordeaux en bonne santé, même si on le lui reproche parfois – notamment le samedi après-midi depuis le mois de novembre dernier – mais nous n’allons pas nous excuser, a lancé Alain Juppé, faisant référence aux manifestations des « gilets jaunes » du samedi après-midi. Vous êtes aussi dans une métropole qui a réussi sa transformation, qui est aujourd’hui rayonnante, mais nous nous confrontons à un certain nombre de difficultés. »

Le maire de Bordeaux a ainsi évoqué « les contraintes budgétaires » qui étouffent parfois les collectivités. « La part des dotations reçues de l’Etat est passée en moins de dix ans de 39 % à 17 %, c’est un séisme budgétaire, a-t-il pointé. Nous nous y sommes adaptés, un certain nombre d’entre nous ont contractualisé comme vous nous l’avez proposé. A une condition : que la règle du jeu soit respectée par tout le monde, et qu’on ne continue pas à nous transférer des responsabilités et des charges, sans nous transférer les recettes qui vont avec, et ce n’est pas toujours le cas il faut le dire. »

Sur certains dossiers, « nous ferions mieux que des bureaux parisiens »

Le maire de Bordeaux et ex-président de Bordeaux Métropole a aussi pointé « la complexité et l’instabilité des dispositions législatives et réglementaires ». « Beaucoup trop de choses remontent encore à Paris, dénonce-t-il. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, par exemple, le grand port maritime de Bordeaux, qui n’est grand que de nom, doit continuer à être géré par Paris. Le président du conseil régional Alain Rousset est candidat pour reprendre les responsabilités dans ce domaine, et je me prends à penser que nous ferions peut-être mieux que des bureaux parisiens. »

Enfin, Alain Juppé a demandé que l’on remette les élus locaux au centre du jeu. « Contrairement à ce que j’ai pu entendre ici et là, nous aimons ce que nous faisons, parce que nous recherchons le bien commun. Alors écoutez-nous. Appuyez-vous sur nous, enfin sur eux. Nous sommes d’une certaine manière la colonne vertébrale de la République. »

« Depuis 2017, il n’y a plus de baisse de dotation au niveau national » se défend Macron

Pour Emmanuel Macron, l’analyse du maire de Bordeaux n’est pas tout à fait exacte. « Durant plusieurs années il a fallu baisser les dotations, reconnaît-il, en 2010, puis sur la période 2013-2017. Sur cette dernière période, les dotations ont baissé pour les collectivités de près de 12 milliards d’euros, mais en parallèle, il y a eu 18 milliards d’euros d’augmentation de fiscalité, toutes collectivités confondues. Et cela a plutôt favorisé les grosses collectivités, celles qui avaient la possibilité d’augmenter les impôts pour compenser la baisse. » Enfin, a-t-il insisté, « depuis 2017, il n’y a plus de baisse de dotation au niveau national. »

Emmanuel Macron ne tenait toutefois pas à en rester sur ce désaccord – cordial – avec le maire de Bordeaux. Après avoir répondu, point par point, aux maires qui l’ont interpellé, il a tenu à saluer l’action d’Alain Juppé. « Vous allez tourner une page de vie politique et personnelle, a-t-il dit. C’est une grande chance pour le conseil constitutionnel​ et le pays, et un grand chagrin pour beaucoup d’élus, d’habitants, et pour vous aussi. »

Alain Juppé a ensuite remis officiellement sa démission au préfet de la Gironde.