Au Salon de l'Agriculture, Jordan Bardella prend la lumière aux côtés de Marine Le Pen

REPORTAGE Tête de liste du Rassemblement national pour les élections européennes du 26 mai, Jordan Bardella était ce jeudi au Salon de l'Agriculture avec Marine Le Pen

Laure Cometti

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Jordan Bardella, derrière Marine Le Pen (à sa gauche), devant la vache Imminence au Salon de l'Agriculture, le 28 février 2019.
Jordan Bardella, derrière Marine Le Pen (à sa gauche), devant la vache Imminence au Salon de l'Agriculture, le 28 février 2019. — JACQUES DEMARTHON / AFP

Une foule de journalistes et de badauds attend de pied ferme ce jeudi matin, dans le hall 1 du Parc des expositions, à Paris. « C’est pour qui ? » s’enquièrent des curieux. Pour Marine Le Pen, mais aussi Jordan Bardella, qui la suit de près, en chemise et doudoune sans manches. Nommé tête de liste du Rassemblement national pour les européennes début janvier, à 23 ans (dont 7 de militantisme), ce Salon de l’agriculture est son baptême du feu médiatique.

« C’est qui le jeune homme à côté de Marine ? » demande une dame, qu’on renseigne. « C’est sympa, elle lui fait faire ses premiers pas », sourit-elle avant de fuir la cohorte. Ici, le visage de l’ex leader du Front national de la jeunesse (FNJ) est encore méconnu. Les gens veulent « un selfie avec Marine », les journalistes tendent leur micro et leurs objectifs vers la présidente du RN, et les éleveurs et producteurs parlent «avec Madame Le Pen».

Un peu éclipsé par Marine Le Pen

Elle accapare tellement l’attention qu’on parvient à se frayer un chemin jusqu’à Jordan Bardella, à l’écart, mais qui « le vit bien ». Souriant, on le sent un peu stressé, mais bien préparé. « Le Salon est un événement incontournable pour les Français, qui sont attachés à leur agriculture », insiste-t-il avant de dénoncer « la baisse des crédits de la PAC » et les « traités de libre-échange qui mettent nos agriculteurs en concurrence avec des producteurs du monde entier qui ne respectent pas les mêmes normes de qualité ».

Samedi, il a pu rôder son discours sur l’agriculture lors d’un déplacement dans un élevage de porcs familial, en Haute-Marne. « Dans le plus grand et le plus beau salon de l’agriculture du monde, la France. C’est une expression de Marine que je trouve très bien », nous précise-t-il.

Une notoriété à construire

La pause est de courte durée : Jordan Bardella doit nous quitter, les équipes du RN l’appellent pour qu’il rejoigne Marine Le Pen et prenne un peu la lumière. En plus de l’exposition médiatique garantie, le Salon offre un bain de foule bienveillant car la présidente du RN est ici plutôt appréciée. Selon différentes enquêtes d’opinion*, la candidate frontiste était la favorite des agriculteurs, avec François Fillon, à la présidentielle de 2017.

Des journalistes autour de Marine Le Pen et Jordan Bardella, au salon de l'Agriculture, le 28 février 2019.
Des journalistes autour de Marine Le Pen et Jordan Bardella, au salon de l'Agriculture, le 28 février 2019. - L. Cometti / 20 Minutes

Tandis que la foule s’éloigne d’Imminence, vache de la race Bleue du Nord et égérie du Salon 2019, on demande à Denis Darque, éleveur à Roquetoire dans le Pas-de-Calais, ce qu’il a dit à Jordan Bardella. « A qui ? » L’agriculteur a bien échangé avec lui, « mais sans savoir qui c’était à côté de Madame Le Pen ». « Comme elle est députée, on verra bien si elle parle de nos problèmes dans l’hémicycle », espère-t-il. « En tout cas, ils nous ont écoutés et des gens ont pris des notes ».

La déambulation du RN se poursuit au pas de charge, entre les vaches et les chèvres, et c’est Marine Le Pen qui la mène. « On joue collectif, il n’y a pas de problèmes d’ego », balaie l’eurodéputé frontiste Jacques Colombier. Mais un cadre RN nous avait glissé en janvier : « Avec Jordan Bardella comme tête de liste, Marine pourra faire campagne au niveau où elle veut la faire ».

« Il nous a dit la même chose que Madame Le Pen »

Toujours légèrement en retrait, le jeune homme de 23 ans écoute avec attention sa présidente parler avec des éleveurs ou des visiteurs. Comme elle, il caresse les animaux. Comme elle, il discute, notamment avec des jeunes du lycée agricole d’Auxerre. « Il nous a dit la même chose que Madame Le Pen », raconte Guillaume, 16 ans. « Qu’il fallait qu’on ne lâche rien, que la France avait besoin d’agriculteurs. Il avait l’air intéressé », se réjouit le jeune homme.

Près des moutons, Séverine, visiteuse venue de l’Aisne avec sa compagne et leur fils, échange quelques mots avec Jordan Bardella. Avec elle aussi, le jeune politique s’est montré curieux. « On a aussi parlé de notre chère présidente », dit-elle, « ravie » et « même étonnée qu’il ait pris le temps de discuter avec [elle] ». Quand on lui fait remarquer que peu de gens reconnaissent celui qui a la charge de mener la liste RN pour le scrutin du 26 mai prochain, elle est indulgente. « C’est ses débuts, c’est normal. C’est pour lui qu’ils sont venus aujourd’hui, ça va le mettre en valeur d’être avec Marine ».

Toujours escorté d’agents de sécurité, de journalistes et de curieux, le duo s’éclipse pour déjeuner au pavillon d’Outre-mer. Une pause détente dans ce baptême du feu, avec un peu de rhum et de musique. Avant de reprendre la campagne, alors que les sondages donnent la liste RN au coude-à-coude avec celle de La République en marche, à trois mois du scrutin.

* Une étude de l’IFOP menée après le premier tour de la présidentielle 2017, citée par Le Figaro, et une enquête du Cevipof pour Le Monde effectuée en février 2017.