Theresa May, la Première ministre britannique.
Theresa May, la Première ministre britannique. — Mark Thomas/REX/Shutterstock/SIPA

NEGOCIATIONS

Brexit: L'UE prête à concéder un court report à Londres, sous conditions

La date pourrait être décalée de quelques mois

L’Union européenne est prête à concéder au Royaume-Uni un report du Brexit au-delà de la date prévue du 29 mars, à la condition d’avoir la certitude de sortir de l’impasse actuelle, ont averti mercredi plusieurs dirigeants en réponse aux annonces de la Première ministre britannique Theresa May.

« Si les Britanniques ont besoin de davantage de temps, nous pourrons examiner une demande d’extension, si elle est justifiée », a annoncé le chef de l’Etat français Emmanuel Macron au cours d’une conférence de presse avec la chancelière Angela Merkel. « L’accord de retrait ne peut être renégocié », a toutefois rappelé le président.

« Si la Grande-Bretagne a besoin de plus de temps, il est évident que nous ne refuserons pas », a confirmé Angela Merkel, reçue à Paris, sans toutefois évoquer de conditions. Sur la même ligne que le président français, le chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez a déclaré de son côté que l’Espagne n’allait « pas s’opposer à la concession d’une éventuelle prolongation ». Mais « celle-ci doit avoir une perspective claire de règlement », a-t-il ajouté. « Prolonger l’incertitude en prolongeant les délais n’est une option qui n’est ni raisonnable, ni souhaitable », a-t-il averti.

Unanimité requise

Le négociateur de l’UE Michel Barnier a quant à lui rappelé sur la radio France Info que « s’il y a une demande de prolongation, elle devra faire l’objet d’une validation à l’unanimité » des pays européens.

« Et la question qu’ils poseront immédiatement, c’est "pour quoi faire ?". C’est cela qui déterminera la durée d’une éventuelle prolongation », a-t-il expliqué. « Ils voudront être sûrs de ne pas se retrouver après cette prolongation dans la même situation d’impasse qu’aujourd’hui », a-t-il souligné.

Les votes cruciaux de mars

Theresa May s’est engagée mardi devant le Parlement sur une procédure par étapes, la première étant un vote le 12 mars sur l’accord de sortie. En cas de rejet, les députés britanniques seront appelés à voter le 13 mars sur une sortie sans accord et si cette option est refusée, ils auront à se prononcer le 14 mars sur la demande d’un report de la date du départ. Ce report devra être limité à trois mois, jusqu’à fin juin, a précisé la dirigeante.

Un court report sera de toute manière nécessaire en cas d’approbation de l’accord de sortie, car il faudra au moins huit semaines pour la mise en oeuvre des nouvelles législations, notamment celles concernant l’agriculture, la pêche et l’immigration, fait-on valoir dans l’entourage des négociateurs européens.

Et « si la décision est prise d’organiser de nouvelles élections législatives ou un deuxième référendum au Royaume Uni, il faudra aussi plus de temps », soulignent Larissa Brunner et Fabian Zuleeg dans une analyse publiée par le European Policy Centre (EPC), un important centre de réflexion bruxellois.

Pour le référent Brexit au Parlement européen Guy Verhofstadt, tout report en cas de rejet de l’accord par le Parlement britannique « ne peut pas durer plus de deux mois », afin de permettre qu'« une majorité multipartite puisse être trouvée », et « certainement pas 21 mois », a-t-il soutenu sur Twitter.

L’hypothèse d’une prolongation au-delà de juin a été écartée par Theresa May. Elle est pourtant évoquée à Bruxelles où elle a ses partisans. « Donner aux Britanniques la possibilité de faire une pause de réflexion pourrait être utile pour éviter le chaos », a ainsi estimé un diplomate européen. « Il faut lancer le débat maintenant », a jugé un autre.

Le problème des élections européennes

Mais la plupart des Etats redoutent les conséquences d’une telle décision. Les élections européennes du 23 au 26 mai, prévues sans le Royaume-Uni, sont l’un des obstacles à une prorogation de l’adhésion britannique.

Une prolongation encore plus longue, jusqu’en 2021, l’année du début du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP) de l’UE, requerrait de nouvelles contributions budgétaires de la part du Royaume-Uni, rappellent les analystes de l’EPC.