Au Salon de l'agriculture, le combat de coqs des politiques

REPORTAGE «20 Minutes» était ce lundi au Salon de l'agriculture, qui se déroule du 23 février au 3 mars à Paris

Laure Cometti

— 

Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez et Anne Hidalgo au Salon de l'agriculture 2019.
Emmanuel Macron, Laurent Wauquiez et Anne Hidalgo au Salon de l'agriculture 2019. — HAMILTON-POOL/SIPA // NICOLAS MESSYASZ/SIPA // Ludovic Marin/AP/SIPA

Laurent Wauquiez, en costume-cravate, tapote la croupe de Gourmandise, une superbe vache d’une tonne. Scène vue et revue au Salon de l’Agriculture, qu’un jeune homme en costume également s’apprête à immortaliser. « Tu vas quand même pas le prendre en photo ? », lance Guillaume Chiche, député macroniste des Deux-Sèvres, à son collaborateur parlementaire, au smartphone pointé vers le patron des Républicains. Au Salon de l’agriculture, les politiques ont l’art d’occuper le terrain, tout en veillant soigneusement à éviter leurs opposants.

Du 23 février au 3 mars, femmes et hommes politiques vont comme chaque année se presser au Parc des expositions de la porte de Versailles à Paris. Ce lundi matin, on peut déjà croiser dans les allées bondées le Premier ministre, le patron de la droite, la maire de Paris et le chef de file des écolos Yannick Jadot. Nicolas Dupont-Aignan s’est joint au troupeau dans l’après-midi. Edouard Philippe reviendra mardi, mercredi et jeudi, tandis que Laurent Wauquiez sera présent deux jours (lundi et mardi), et le socialiste Olivier Faure, un (mercredi). Marine Le Pen a choisi de venir jeudi, comme la délégation de La France insoumise, dont la tête de liste, Manon Aubry, mais pas Jean-Luc Mélenchon, qui boude délibérément ce rendez-vous.

Le concours de celui qui restera le plus longtemps

« Le but n’est pas de passer le plus de temps possible ici pour faire une démonstration », a plaidé samedi François-Xavier Bellamy, philosophe et tête de liste européenne des Républicains, venu accompagné des deux autres têtes de liste de la droite. Mais le Salon, point de passage incontournable pour les politiques, est bel et bien le terrain d’un concours qui ne dit pas vraiment son nom : qui passera le plus de temps sur place ? Une surenchère se joue dans les cinq immenses pavillons du site, où l’exposition médiatique est garantie et l’on peut aussi faire des bains de foule à peu de frais, surtout en période de vacances scolaires, comme ce lundi.

Pour l’ouverture, Emmanuel Macron est resté plus de 14 heures d’affilée, battant le précédent record qu’il avait lui-même établi l’an passé (plus de douze heures). Auparavant, François Hollande avait détrôné en 2012 un autre président, Jacques Chirac (huit heures). « Le but, c’est d’avoir le maximum d’interactions interpersonnelles, de rencontrer directement les professionnels de l’agriculture », estime Guillaume Chiche. Dans cette optique, « la durée compte ».

« Ils viennent pour se faire voir »

La visite du Salon vire tant au marathon que l’on peut entendre un homme en costume s’esclaffer devant les équipes d’Anne Hidalgo, entrée dans le stand de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) : « Vous y serez encore à 23h25 ! » Les attachés de presse rient jaune.

Ce sont surtout les agriculteurs qui font la grimace. Pascal, éleveur de vaches et de moutons dans l’Indre, en est « au moins » à son 25e Salon de l’agriculture. Des politiques, il en a vu défiler devant les croupes de ses belles charolaises. « Nous, on ne les cherche pas, ce sont eux qui nous cherchent ! Moi, les photos à côté du président, c’est pas trop mon truc. » Il s’explique : « Ils en font de plus en plus. Ils viennent pour se faire voir, font des promesses devant les caméras, mais en réalité ils nous ont abandonnés, qu’ils soient de droite ou de gauche. »

Opposition et majorité en campagne (européenne)

A deux mois des européennes, et en pleine crise des « gilets jaunes », les politiques tenteront de soigner cet électorat en colère tout en bénéficiant de la médiatisation du Salon. « C’est très important de venir ici, surtout quand vous essuyez des critiques depuis des mois. Le président a montré une fois de plus samedi qu’il sait se retrousser les manches et qu’il a un bon rapport avec les Français », vante Guillaume Chiche.

Pour l’opposition, le Salon est l’occasion de critiquer le chef de l’Etat et le gouvernement devant les nombreux journalistes. « Là, ce que fait le président, c’est pas correct. Parce qu’on sait tous qu’en ce moment le budget de la politique agricole risque d’être amputé de 10 à 15 %. Donc ensuite quand il vient sur le salon en disant "je défends la politique agricole", c’est faux. Quand il dit ça, il ment », a taclé Laurent Wauquiez ce lundi.

Un tacle lancé à distance. Le débat d’idées entre politiques n’a pas sa place au Salon de l’agriculture. Samedi, des « gilets jaunes », dont l’une des figures du mouvement Eric Drouet, ont tenté de s’inviter au grand raout médiatique pour rencontrer Emmanuel Macron. En vain.