Jean-Luc Mélenchon (illustration).
Jean-Luc Mélenchon (illustration). — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

REPORTAGE

L'Assemblée repousse le RIC des insoumis après des débats enflammés

Les députés ont rejeté une proposition de référendum d'initiative citoyenne du groupe La France insoumise

  • Les insoumis ont proposé un texte pour mettre en place plusieurs référendums d'initiative citoyenne.
  • La proposition LFI a eu peu de soutiens dans l'hémicycle et entraîné des échanges tendus.
  • Le texte a fait l'objet d'une motion de renvoi à l'initiative de LREM.

A la tribune, Jean-Luc Mélenchon se tourne, l’air grave, vers ses collègues : « Cette proposition de loi prolonge devant la représentation nationale la revendication d’un mouvement populaire, dont quel que soit l’avis qu’on en a, chacun sait qu’il marquera l’histoire de la patrie. » Le député des Bouches-du-Rhône défend ce jeudi matin, devant une Assemblée presque vide, la proposition de loi pour instaurer plusieurs référendums d'initiative citoyenne (RIC) du groupe La France insoumise.

« Les RIC viendront. Ils sont inéluctables. C’est un franchissement démocratique comme l’a été auparavant le droit du peuple de voter, le droit des femmes de voter, le droit des juifs d’être citoyens », expose-t-il. « Il n’y a pas de pouvoir supérieur à celui du peuple, il n’y en a pas ! » Le tribun est en forme, convoque Saint-Just, « le grand Jaurès » et même la république romaine. « Nous sommes malades à mort. Quand on aperçoit une élection avec 50 % d’abstention, cela signifie qu’une nouvelle fois, comme en 492 avant notre ère, le peuple s’est retiré sur l’Aventin. C’est le moment de répondre à cette crise. »

« Le souverain, c’est le peuple. Vous avez grand tort de mépriser la voix du peuple »

Les insoumis proposent pas moins de quatre outils institutionnels : le référendum législatif et le référendum abrogatif, pour soumettre ou abroger une loi, un référendum révocatoire pour les élus et un dernier pour convoquer une assemblée constituante. « Les gilets jaunes demandent le RIC dans sa totalité. On a choisi d’avancer là-dessus, mais c’était dans notre programme. L’idée est de remettre le citoyen au cœur du jeu politique », évoque à 20 Minutes Bastien Lachaud, rapporteur insoumis de cette proposition.

Au micro, l’intéressé est plus offensif : « Le souverain, c’est le peuple. Vous avez grand tort de mépriser la voix du peuple. C’est la peur du peuple qui vous guide ! », lance-t-il aux rangs clairsemés de la majorité. En prononçant le nom de Robespierre, il fait hurler les députés LREM et LR, obligeant Hugues Renson, le vice-président de l’Assemblée Nationale, à donner de la voix.

Echanges tendus entre le vice-président et François Ruffin

En trois heures de débat, les insoumis ne trouvent que peu d’amis dans l’hémicycle. Seuls le PCF et le RN soutiennent leur idée du RIC, tout en apportant des « nuances ». La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, dénonce une proposition qui « répond clairement à une opportunité politique ». Et prévient : « Sous prétexte de RIC, vous voulez profiter des évènements que nous traversons pour réintroduire l’idée d’une assemblée constituante et d’une certaine manière de mettre à bas la Ve République […] Non, nous ne pensons pas que notre république est pourrie. »

Les échanges sont tendus, notamment quand le député MoDem Erwan Balanant évoque le « soutien inconditionnel » des insoumis au régime de Nicolas Maduro. « Et vous l’Arabie Saoudite ! », s’agace François Ruffin. « Scandaleux ! », lance Alexis Corbière. Hugues Renson tonne de nouveau : « Cessez de prendre cet hémicycle pour une scène de théâtralisation des oppositions factices. »

Pour évoquer la « participation citoyenne », la majorité renvoie les insoumis au grand débat national, jugeant la proposition « prématurée » et « inopportune », pointant notamment des seuils « anormalement bas » pour déclencher un référendum (2 %, soit environ 900.000 personnes pour convoquer des RIC législatifs). « Accepter le RIC, c’est accepter le consumérisme démocratique », argumente Sacha Houlié. Le marcheur annonce que le texte fait l’objet d’une motion de renvoi en commission. Celle-ci, votée par 91 voix contre 50, permet à la majorité d’interrompre et reporter l’examen du texte, sans avoir à le rejeter.