VIDEO. «Affaire Benalla»: La commission des lois du Sénat accable l’Elysée et demande des poursuites

PARLEMENT Après avoir entendu plus de 40 personnes en l’espace de six mois, la commission des lois du Sénat a rendu son rapport, ce mercredi matin, sur l’affaire Benalla

Vincent Vantighem

— 

Berd'huis (Orne), le 12 avril 2018. Alexandre Benalla accompagne Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans une école quelques semaines avant que n'éclate l'affaire qui porte, depuis, son nom.
Berd'huis (Orne), le 12 avril 2018. Alexandre Benalla accompagne Emmanuel Macron lors d'un déplacement dans une école quelques semaines avant que n'éclate l'affaire qui porte, depuis, son nom. — CHARLY TRIBALLEAU / AFP
  • La commission des lois du Sénat a rendu son rapport sur l’affaire Benalla.
  • Elle a dénoncé une série de « dysfonctionnements majeurs » à l’Elysée.
  • Elle estime qu’il faut saisir la justice pour plusieurs « faux témoignages ».

Tout ça aurait dû être réglé le 2 mai 2018… La commission des lois du Sénat a estimé, ce mercredi, qu’il n’y « aurait pas eu ‘’d’affaire Alexandre Benalla’’ si une sanction appropriée avait été prise [à son encontre par l’Élysée] » dès le lendemain des faits de violences survenus sur la place de la Contrescarpe. Six mois après le début de son travail d’enquête et après avoir entendu une quarantaine de personnes, la commission des lois a accablé, dans ses conclusions, la présidence de la République autant que son ancien chargé de mission.

« Si ces agissements sont ceux d’un homme, ils ont été rendus possibles par un système, a ainsi déclaré Muriel Jourda, sénatrice (LR) du Morbihan et co-rapporteure de cette commission. La thèse de la faute d’un homme isolé s’est effacée, face au dysfonctionnement de l’institution. » Car, avec le recul, les coups portés par le proche d’Emmanuel Macron sur le couple de la Contrescarpe apparaissent aujourd’hui, comme « la partie émergée de l’iceberg », a estimé Philippe Bas, le président (LR) de la commission.

L’affaire de la Contrescarpe, du port d’arme, du contrat russe…

Illustration de la charge portée à l’exécutif : la commission des lois a demandé que la justice soit saisie pour des faits de « faux témoignage » à l’encontre d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase, les deux mis en cause en détention provisoire depuis mardi soir, mais aussi de certains collaborateurs de l’Élysée, soupçonnés d’un « certain nombre d’omissions, d’incohérences et de contradictions » lors de leurs auditions effectuées pourtant sous serment devant les sénateurs. Sont nommément visés le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, le chef de cabinet, Patrick Strzoda mais aussi le chef du groupe de sécurité de la présidence, le général Lionel Lavergne.

« Parce qu’il n’y a pas une affaire Benalla, a décrypté Philippe Bas. Il y a l’affaire de la Contrescarpe ; l’affaire du permis de port d’arme ; l’affaire du contrat russe ; l’affaire des passeports diplomatiques et l’affaire d’immixtion dans l’exercice d’une fonction publique… » Et s’il y a autant d’affaires qui ont secoué l’opinion depuis juillet 2018, c’est en raison d’une série de « dysfonctionnements majeurs au sein des services de l’État ».

Le parquet de Paris ouvre une nouvelle enquête

Parfois un peu professoraux, volontairement caustiques, les deux co-rapporteurs et le président de cette commission ont donc détaillé ce qu’il aurait, à leurs yeux, fallu faire face à une telle situation. D’abord, Alexandre Benalla aurait dû être véritablement sanctionné. « On ne sait toujours pas si cette sanction a eu un impact financier pour lui », ont-ils déploré. Et surtout, il aurait fallu respecter plus scrupuleusement « les règles déontologiques sur les conflits d’intérêts », ont-ils aussi asséné, visant très clairement les soupçons de corruption en lien avec un contrat russe qui font actuellement l’objet d’une enquête du parquet national financier. « Des pouvoirs excessifs ont été laissés à ce collaborateur inexpérimenté du président », ont également balancé les auteurs du rapport, frappés de la « confiance qui [lui] a été maintenue » en dépit de la gravité des faits qui lui étaient reprochés.

Comme le stipule la procédure, la commission des lois a indiqué qu’elle allait envoyer dans la journée une copie de son rapport à la présidence de la République, aux services du Premier ministre mais aussi, chose plus rare, au procureur de la République de Paris. Porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux n’a pas attendu de le recevoir pour dénoncer « beaucoup de contre-vérités » sur lesquelles l’Elysée aura l’occasion d’apporter « des réponses factuelles ». Elle en aura sûrement l’occasion : dans le même temps, le parquet de Paris a indiqué qu’il avait ouvert une nouvelle enquête pour « entrave à la manifestation de la vérité ». Le but ? Découvrir si certaines personnes ont tenté de dissimuler des preuves dans les trois procédures différentes ouvertes depuis les révélations du Monde, il y a sept mois maintenant.