Bordeaux: Quels sont les favoris pour la succession d’Alain Juppé à la mairie?

POLITIQUE Ce mercredi soir, le maire de Bordeaux a annoncé qu’il allait démissionner pour rejoindre le Conseil constitutionnel. Un vote va être organisé au conseil municipal pour désigner un maire par intérim jusqu’aux prochaines élections de 2020

Elsa Provenzano

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Alain Juppé.
Alain Juppé. — M.Bosredon/20Minutes
  • Le maire de Bordeaux a annoncé sa démission prochaine pour intégrer le Conseil constitutionnel.
  • Un vote devrait être organisé au sein du conseil municipal pour élire un nouveau maire par intérim.
  • Les noms de plusieurs proches sont évoqués en vue de son remplacement par exemple celui de Nicolas Florian, adjoint aux finances.

Ce mercredi soir, la capitale girondine est sous le choc de l'annonce d'Alain Juppé, élu maire de Bordeaux pour la première fois en 1995, qui va quitter ses mandats en cours (à la ville et à la Métropole) pour rejoindre les « Sages » du Conseil constitutionnel.

« C’est une surprise pour tout le monde, même son entourage », assure Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux. « Une surprise complète pour moi », confirme Jérôme Siri, maire adjoint du quartier la Bastide.

L’adjoint aux finances pressenti

Le conseil municipal va devoir voter pour élire  un maire par intérim jusqu’à la tenue des élections municipales, programmées en 2020. Une autre possibilité légale serait un scrutin partiel après une démission de la majorité des conseillers. Mais à un an seulement de l’échéance électorale, l’hypothèse est jugée hautement improbable.

« Pour moi, deux noms peuvent sortir du chapeau : celui de Nicolas Florian (adjoint aux finances) et Fabien Robert (adjoint en charge de la culture) estime Jean Petaux. Florian est à mon avis le favori car il est plus âgé et occupe un poste davantage stratégique dans l’organisation municipale ».

Virginie Calmels, première adjointe, ne serait pas très appréciée des juppéistes et Matthieu Rouveyre, conseiller municipal d’opposition (PS) ne croit pas que le choix se porte sur elle. « Elle n’est pas hors circuit, donc on peut imaginer un retour en grâce, nuance le politologue, plus prudent. Alain Juppé n’a pas eu de parole définitivement négative à son sujet ». Ce serait néanmoins une surprise qu’elle succède au maire de Bordeaux, elle tient une position d'« outsider », ajoute Jean Petaux.

« Aucun de mes adjoints n’a le profil pour prétendre à ma succession »

« La majorité municipale est laissée en état de jachère, une première adjointe désavouée, aucun autre profil émergent », juge de son côté Pierre Hurmic, président du groupe d’opposition Europe Ecologie les Verts (EELV). L’opposition ressort en cœur la phrase qu’Alain Juppé a prononcée en septembre 2017 en plein débat sur sa succession. « Aucun de mes adjoints n’a le profil pour y prétendre », avait-il alors lancé. « Cela signifie-t-il que le futur maire intérimaire ne sera pas choisi parmi les adjoints ? ironise Pierre Hurmic. La campagne électorale des municipales de 2020 démarre plus tôt que prévu et s’annonce beaucoup plus ouverte qu’on ne le pensait. »

Se souvenant de cette phrase prononcée par l’élu, aujourd’hui sur le départ, Matthieu Rouveyre estime que l’adjoint qui sera désigné sera « particulièrement illégitime ». « Alain Juppé fuit Bordeaux, il n’arrive plus à faire face, lance l’élu socialiste. Il quitte le navire alors que la ville est fragilisée, politiquement, financièrement et socialement et cela pour un poste pépère au conseil constitutionnel ».

Pour le politologue Jean Petaux, le conseil constitutionnel, cela ne se refuse pas. « C’est une sorte de couronnement, réagit-il. Pour moi, ce n’est ni une fuite ni la tentation de la rue de Montpensier (où siège le Conseil constitutionnel, ndlr) mais je pense, une forme de dernier chapitre à l’œuvre d’une vie politique ».

Un intérimaire ou une future tête de liste ?

Mais quel sera le rôle de ce successeur ? Il pourrait simplement assurer un intérim sans être tête de liste en 2020 et alors un nouveau venu pourrait être parachuté dans le jeu politique bordelais à l’horizon de l’été 2019, estime Jean Petaux. Au contraire, si le remplaçant d’Alain Juppé brigue la mairie pour 2020, il sera en campagne dès sa prise de fonction en intérim.

« Il va être aussi intéressant de voir comment cela va se passer à la Métropole, estime Delphine Jamet du groupe EELV. On peut se demander ce que va devenir la cogestion qui portait beaucoup sur la personnalité politique d’Alain Juppé ».

L’annonce va en tout cas ouvrir énormément le jeu politique bordelais et rebattre les cartes pour les prochaines échéances politiques.