De la droite au RN... Eric Zemmour, le polémiste que toutes les droites s'arrachent

POLITIQUE Nicolas Dupont-Aignan a reçu Eric Zemmour dans son ancienne ville pour une conférence-débat commune mercredi soir

Thibaut Le Gal

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Eric Zemmour et Laurent Wauquiez
Eric Zemmour et Laurent Wauquiez — SAIDI CHRISTOPHE/SIPA
  • Nicolas Dupont-Aignan a reçu Eric Zemmour dans sa ville pour une conférence-débat commune mercredi soir.
  • Le polémiste avait déjà été invité par Marion Maréchal ou Laurent Wauquiez.
  • L'écrivain, condamné par la justice, milite pour la réunion des droites.

Il est l’homme que toutes les droites s’arrachent. Eric Zemmour était invité à Yerres (Essonne) dans l’ancienne ville de Nicolas Dupont-Aignan mercredi soir pour une conférence-débat intitulée « Peut-on encore croire au destin français ? », en référence à son dernier ouvrage.

« Si je suis heureux de l’accueillir ici, c’est que son livre m’a bouleversé, s’est enthousiasmé le président de Debout la France. Ce livre est essentiel pour retrouver la boussole, retrouver le nord, notre identité et notre avenir ». Depuis plusieurs mois, les droites se disputent l’écrivain à succès. Au risque d’alimenter les spéculations sur l’union des droites ?

Après avoir répondu à une sollicitation de Robert Ménard début novembre, Eric Zemmour donnait un peu plus tard une conférence dans les locaux de l’Issep, l’école de sciences politiques fondée par Marion Maréchal. Le journaliste, défenseur de thèses identitaires, était aussi chaudement convié au siège des Républicains fin janvier. « Eric est ici chez lui », avait lancé Laurent Wauquiez, devant 700 militants enthousiastes.

« Zemmour participe au réinvestissement de la droite dans le champ intellectuel »

Au-delà du coup de com, les Républicains confient s’inspirer de ses écrits. « Eric Zemmour est un essayiste reconnu qui soulève des sujets que certains condamnent parfois trop rapidement. Cette invitation est le signal que la droite ne s’excusera plus d’être de droite », défend Lydia Guirous, porte-parole LR. « Zemmour apporte des idées. Sa vision de l’histoire peut nourrir notre offre politique. L’objectif n’est pas de calquer notre programme sur ses thèses mais de diversifier nos ressources, ajoute le député Damien Abad, vice-président du parti. C’est un écrivain, pas un conseiller ou un décideur. Il participe avec Luc Ferry, Mathieu Bock-Côté et d’autres au réinvestissement de la droite dans le champ intellectuel ».

L’invitation a malgré tout fait tiquer une partie de la droite, dont Valérie Pécresse. « Notre France ne sera jamais celle d’Éric Zemmour ni des déclinistes, nostalgiques d’une société patriarcale », avait dénoncé la présidente d’Ile-de-France.

D’autres regrettent que soient si vite évacuées les condamnations d’Eric Zemmour pour provocation à la haine en mai 2018 et provocation à la discrimination raciale en 2011. « C’est un type construit. Il sait où il va. Il prône une vision identitaire de la société, nationaliste, teintée de recherche de boucs émissaires. Cette dérive extrêmement dangereuse est cautionnée par un certain nombre de responsables de la droite dure et d’extrême droite qui espèrent profiter de sa popularité, regrette un ex-LR. En l’invitant, on valide une proximité intellectuelle avec le RN. On conforte ceux qui ont choisi de voter pour Marine Le Pen ».

Un défenseur de l’alliance des droites

L’intéressé, lui, ne s’en cache pas. Depuis plusieurs années, il appelle de ses vœux un rassemblement entre la droite et l’extrême droite. « S’allier avec le RN, c’est faire exploser le parti. Il faut être courageux. Et aussi, accepter de perdre ce phare de la pensée qu’est Valérie Pécresse », lance l’essayiste, devant des jeunes LR début février. Erik Tegnér, à l’origine de l’invitation du polémiste, est explicite : « Zemmour est une boussole pour notre génération délaissée, en manque de repères. C’est un modèle, un guide qui a su s’affranchir du diktat de la gauche. Il y a un grand consensus chez les jeunes LR sur ses thèses identitaires », avance le jeune homme, qui milite depuis plusieurs mois à un tel rapprochement.

« Son succès est la preuve par l’exemple que notre électorat, celui de LR et de RN ont des convictions communes sur 90% des sujets, abonde Damien Lempereur, porte-parole de Nicolas Dupont-Aignan. Je pense qu’il fait exprès de parler à tout le monde pour aider au rassemblement, qu’il est en train de mettre en œuvre l’union des droites ».

Paul-Marie Coûteaux, partisan historique d’un tel rapprochement poursuit : « Il est sur une ligne qui s’impose à l’évidence : la droite est inopérante tant qu’elle est scindée en deux, trois, quatre. Eric parle à tous, critique tous, mais sa supériorité, c’est qu’il a compris l’enjeu intellectuel du moment : l’histoire », dit le souverainiste de droite, qui déjeune avec lui régulièrement. « Avec Destin français notamment, il montre que la droite française doit s’attaquer à l’Histoire, se la réapproprier », ajoute-t-il.

Wauquiez, « idiot utile » de l’union des droites ?

Alors, lorsque Laurent Wauquiez met en scène sur Twitter sa rencontre avec l'écrivain, il le fait précisément sur des personnages historiques : « Ce qui a forgé ce pays, c’est quand tu as des figures un peu plus visionnaires que d’autres. Richelieu, Urbain II, Bonaparte… »

« Laurent Wauquiez répète que LR a besoin de se refaire un logiciel. Par son histoire accessible, sa culture du clash, et son talent pour exposer ses idées, Eric Zemmour est exactement ce qu’il vous faut pour faire vibrer une salle et donner envie de voter pour vous », indique Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite. Mais en invitant un défenseur de l’union des droites, le patron des Républicains ne prend-il pas le risque d’être « l’idiot utile » d’une stratégie qu’il a toujours repoussée ?

« Une union des droites serait une manière pour le parti le plus à droite de phagocyter tous les autres, confirme Jean-Yves Camus. Est-ce que Zemmour prépare la voie de Marion Maréchal ? Nul ne sait les intentions de cette dernière ».

Ni celles d’Eric Zemmour. « Il est entouré de gens qui le poussent à franchir le pas, moi le premier. L’histoire de France est parsemée d’écrivains qui se sont lancés en politique », sourit Paul-Marie Coûteaux, qui ajoute : « Après tout, il a voulu faire l’ENA… »