Affaire Baupin: Le sexisme «sévit toujours» à l'Assemblée, selon un collectif de collaboratrices

HARCELEMENT Ces collaboratrices parlementaires regrettent que l’impunité règne encore à l’Assemblée

20 Minutes avec AFP

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(Photo d'illustration) Séance des questions au gouvernement, Palais Bourbon, Assemblée Nationale, Paris, France, le 1er Aout 2018. Dernière session avant la pause estivale.
(Photo d'illustration) Séance des questions au gouvernement, Palais Bourbon, Assemblée Nationale, Paris, France, le 1er Aout 2018. Dernière session avant la pause estivale. — SIPA

Le collectif « Chair collaboratrice » né après les accusations visant  l’ex-député écologiste, Denis Baupin, a publié une tribune vendredi sur le site de Libération. Lancé par des collaboratrices parlementaires en octobre 2016 avec un site internet pour recenser les témoignages de harcèlement sexiste ou de violences sexuelles, le collectif s’était constitué après les accusations d’agression sexuelle et de harcèlement visant Denis Baupin, pour montrer le « caractère terriblement banal de ces violences » au Palais Bourbon.

« Aujourd’hui, alors que l’affaire a été classée sans suite pour cause de prescription, Denis Baupin intente un procès pour diffamation à l’encontre de ces femmes qui l’ont accusé quelques années plus tôt. Triste retournement nous direz-vous. Et pour cause, depuis 2016, rien n’a changé. Le sexisme sévit toujours dans les couloirs de l’Assemblée », écrivent les signataires de la tribune.

Impunité toujours

Depuis le début de la nouvelle législature, marquée par une arrivée record de femmes (224 sur 577), le collectif indique avoir formé « de nouvelles recrues aux mécanismes des violences sexistes et sexuelles et aux spécificités de ces manifestations dans la sphère politique » et « accompagné ces femmes victimes de violences ».

« Ce travail de sensibilisation a été doublé d’un accompagnement concret de la libération de la parole », poursuivent les membres du collectif. Mais « ne vous y trompez pas, peu de chose a changé », soulignent les signataires. « Il fait toujours mauvais d’être une femme dans les couloirs de l’Assemblée. Le harcèlement, les agressions sexuelles, les comportements sexistes continuent d’y faire florès, dans une impunité qui n’a pas bougé d’un millimètre ».

« Prime à la dégueulasserie »

« Lorsque nous les dénonçons, nous sommes ignorées ou intimidées », dénoncent-elles, affirmant porter « le lourd secret de multiples agressions -non punies !- entre ces murs » et notant même « une sorte de "prime à la dégueulasserie" », avec certains agresseurs accédant « parfois à des postes à responsabilité ».

Les membres du collectif estiment, notamment après MeToo, que les institutions « ne sont pas au rendez-vous ». Elles plaident pour « aller plus loin, et plus vite », en mettant en place à l’Assemblée « une instance indépendante, placée sous l’autorité de la déontologue, qui puisse réellement accueillir la parole des femmes, les accompagner dans leurs démarches et leur assurer un réel soutien dans les procédures judiciaires ».

Dans son rapport annuel, rendu public fin janvier, la déontologue a elle-même jugé « insuffisant » le dispositif de prévention et de lutte contre le harcèlement et préconisé la mise en place d’une « cellule d’écoute ».