Départ de Matthieu Orphelin, record d'abstention... Un vent de fronde souffle-t-il sur la majorité LREM?

POLITIQUE Le groupe majoritaire a subi deux coups durs, l’opposition percevant un début de « fronde »

T.L.G.

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Matthieu Orphelin à l'Assemblée.
Matthieu Orphelin à l'Assemblée. — WITT/SIPA
  • Matthieu Orphelin, député proche de Hulot, a quitté le groupe LREM à l'Assemblée.
  • La majorité a subi un autre coup dur cette semaine avec un record d'abstention pour un texte soutenu par le gouvernement.
  • Faut-il y voir le début d'une fronde?

Il y a quelques semaines, Matthieu Orphelin nous confiait : « Je me bats toujours autant, sans me poser de questions, tant que je me sens utile. Mais au moment précis ou je me rendrais compte que ça n’avance plus assez vite, j’en tirerai les conséquences ». Le député de la majorité a finalement tranché. « J’ai pris la décision de quitter le groupe parlementaire LREM. C’est une décision lourde de sens », écrit-il dans un mail adressé à ses collègues mercredi.

L'élu du Maine-et-Loire évoque des avancées insuffisantes sur les « enjeux climatiques, écologiques et sociaux », déplorant un « échec collectif » : « Nous ne nous donnons plus les moyens d’y être, ni de tenir nos engagements, prisonniers de logiques budgétaires et d’arbitrages politiques de court terme ».

La « conscience écologique » du groupe s’en va

Ce départ est une réplique de la démission fracassante de Nicolas Hulot, dont il est un proche, pour des raisons similaires. Elle met de nouveau le doigt sur le bilan très critiqué de l’exécutif  concernant les questions environnementales. Car Matthieu Orphelin incarnait la « conscience écologique » du groupe, selon un collègue. Il s’était notamment battu pour inscrire dans la loi l’interdiction du glyphosate. En vain. « L’écologie a depuis longtemps quitté LREM », a grincé l’écologiste François-Michel Lambert, qui avait lui-même quitté le groupe en octobre.

« Ce départ s’inscrit dans le mouvement d’autres départs médiatiques de nature d’ailleurs très différente, Hulot, Collomb et même Valls à sa manière. Ils ont causé beaucoup de tort à la majorité d’autant qu’il n’y a pas eu d’arrivées, ce qui entretient la perte d’attractivité de LREM », note Jérôme Sainte-Marie. Le politologue et fondateur de l’institut PollingVox relativise cependant l’impact de cette annonce auprès de l’opinion. « L’écologie n’est pas une vraie ressource pour LREM. La reprise d’Emmanuel Macron dans les sondages se produit d’ailleurs à droite, qui peut être même rassurée de voir un écologiste partir ».

Des abstentions, pas de fronde

Son départ intervient au lendemain du vote sur le projet de loi anticasseurs où cinquante députés de la majorité s’est abstenu, dont l’intéressé. Un chiffre record pour un texte soutenu par le gouvernement. Les oppositions se sont engouffrées dans la brèche, dénonçant une majorité qui se « fissure ».

Matignon s'est défendu de tout début de fronde mercredi: «Un seul article a continué de faire l'objet de débats [sur les interdictions administratives de manifester] et a provoqué l'abstention de certains députés de la majorité.La discussion va se poursuivre au Sénat puis en deuxième lecture».

« Il est sain d’avoir un vrai débat au sein du groupe. Les députés ont exprimé des positions de manière déterminée, mais il n’y a aucun malaise », balayait le député LREM Bruno Bonnell à 20 Minutes mercredi. « D’ailleurs la ligne rouge d’un vote contre n’a pas été franchie ».

Malgré les critiques faites au texte, aucun marcheur n’a choisi cette option, synonyme d’exclusion du groupe. « On est loin des frondeurs de François Hollande. Car le modèle même de constitution du groupe LREM et son fonctionnement sont destinés à éviter la fronde. Il n’y a d’ailleurs pas de courants véritables comme au Parti socialiste », rappelle Jérôme Sainte-Marie. « Tant que les abstentions restent des états d’âme ou des cas de conscience, ce n’est pas problématique pour la majorité ».