Grand débat national: Un référendum serait-il risqué pour Emmanuel Macron?

POLITIQUE Le chef de l'Etat envisagerait la piste d'un référendum à l'issue du grand débat national, qui doit prendre fin le 15 mars

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron le 24 janvier 2019.
Emmanuel Macron le 24 janvier 2019. — Mahoudeau Clement-POOL/SIPA
  • Emmanuel Macron songerait à recourir au référendum pour sortir de la crise des «gilets jaunes».
  • L’hypothèse a été critiquée par une partie de la majorité et certains ministres.
  • Le référendum ne serait pas sans risque pour le chef de l’Etat.

Un retour au peuple pour sortir de la crise ? D’après le Journal du dimanche, Emmanuel Macron envisagerait un référendum à l’issue du grand débat national pour tourner la page des « gilets jaunes ». Interrogé sur le sujet lundi lors d’une réunion publique, le chef de l’Etat a laissé entendre qu’il y réfléchissait. « A un moment donné je serai peut-être amené à demander à nos concitoyens [s’ils sont d’accord] sur telle ou telle chose ».

Une allusion à un possible vote qu’il serait tenté, selon le JDD, de convoquer le 26 mai, jour des élections européennes. « Savoir s’il faut un référendum ou une loi avant de savoir ce qu’on va faire et quand même assez baroque. On prendra la décision sur la méthode quand on saura ce qu’on va faire sur le fond », a tempéré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, ce mercredi. Car cette piste, critiquée par une partie de la majorité, ne serait pas sans risque pour le chef de l’Etat.

« Il ne faut pas qu’il mette son poste en jeu »

« Aujourd’hui, aucune décision n’est prise. Mais Emmanuel Macron se garde toutes les portes ouvertes dont le référendum, indique un parlementaire proche du président. Mais il ne s’agit pas d’en faire un référendum pour ou contre le président. Il ne faut pas qu’il mette son poste en jeu. » C’est l’argument avancé par ses détracteurs : lors d’un référendum, les électeurs répondraient moins à la question posée qu’à celui qui la pose.

Pour éviter d’exposer le chef de l’Etat, le député LREM Bruno Bonnell souhaite qu’un sujet précis soit proposé aux Français : « Je suis favorable à un référendum sur des sujets institutionnels. Si on se concentre sur la réduction du nombre de parlementaires, une part de proportionnelle directe, le vote blanc ou obligatoire… On ne mettrait pas en cause la politique du gouvernement. » L’élu ajoute, d’une formule toute macroniste : « Ce type de référendum bottom-up [ du bas vers le haut] serait considérablement moins risqué car on est dans une logique de co-construction de la question. On proposerait aux Français de valider ou non ce qu’il ressortira du grand débat. »

Un pari risqué pour le député proche d’Emmanuel Macron. « C’était une solution en décembre, mais la donne a changé avec le débat. Des priorités vont émerger dans les prochaines semaines et je crains que les "gilets jaunes" et les Français souhaitent aujourd’hui davantage de justice sociale et fiscale que de l’institutionnel… »

Des difficultés d’organisation

Autre difficulté pour l’exécutif : l’organisation pratique d’une telle consultation. Le grand débat doit s’achever 15 mars pour une restitution prévue en avril. Si le chef de l’Etat décidait de programmer le référendum le jour des européennes, le 26 mai, le calendrier s’annonce serré.

« Avec l’article 11 de la Constitution, il faut que la question posée lors du référendum porte sur un projet de loi présenté par le gouvernement, puis débattu à l’Assemblée nationale et au Sénat. Mais ça peut aller très vite car il n’y a pas de vote. La loi prévoit ensuite une campagne électorale de 15 jours avant le référendum », estime Michel Lascombe, ancien professeur à Sciences po Lille. « Si le gouvernement décidait de faire un référendum à choix multiples, il faudrait cependant faire un projet de loi par question », précise-t-il.

Le spécialiste de droit constitutionnel imagine cependant difficile un double vote le 26 mai. « Ce n’est pas impossible de voter deux fois, mais combiner un vote national et européen me paraît difficile, ne serait-ce que parce que le collège électoral ne serait pas le même [les citoyens de l’UE peuvent voter aux européennes] ».

L’exécutif prendrait également le risque de brouiller les enjeux de l’élection européenne, mise en avant depuis plusieurs semaines et peut-être favorable à la majorité. Bruno Bonnell rejoint ici l'avis de plusieurs ministres : « Je pense qu’il faut différencier les deux pour éviter une campagne gloubi-boulga. »