Loi «anticasseurs» votée à l'Assemblée: Une abstention record du côté de LREM

POLITIQUE Les députés ont adopté la proposition de loi LR « anticasseurs », que la majorité a largement remaniée, sans parvenir à convaincre tous les « marcheurs »

Thibaut Le Gal

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L'Assemblee Nationale vote la proposition den loi anticasseurs par 387 voix contre 92.
L'Assemblee Nationale vote la proposition den loi anticasseurs par 387 voix contre 92. — Jacques Witt/SIPA
  • Les députés ont adopté la proposition de loi LR « anticasseurs », que la majorité a largement remaniée.
  • La gauche s’est opposée au texte.
  • Cinquante députés LREM se sont abstenus, un record pour un texte défendu par le gouvernement.

Ambiance tendue ce mardi au Palais Bourbon. La proposition de « loi anticasseurs », venue de la droite et remaniée par la majorité, a été adoptée par 387 voix contre 92, et 74 abstentions, en première lecture à l’Assemblée.

Avant le début de la séance, les parlementaires LR ont défendu leur vision devant les caméras. « Christophe Castaner est incapable de restaurer l'ordre. Cette loi est une bouée de sauvetage dans son naufrage. Le texte n’est pas parfait mais apporte un mieux avec deux dispositions essentielles », lâche le député LR Eric Ciotti, évoquant l’interdiction administrative de manifester et le délit de dissimulation du visage. « Manifester est un droit, mais casser est un délit. Ceux qui crient à la dictature ou au régime de Vichy ont des propos excessifs, voire ridicules ».

« Cette loi, qui est issue d’une proposition des Républicains au Sénat, rejoint le bon sens. Ce qui est liberticide, c’est d’accepter tout et n’importe quoi. La liberté, c’est aussi l’ordre », abonde un peu plus loin son collègue Eric Woerth.

La gauche contre une loi « liberticide »

Communistes, socialistes et insoumis sont eux pour une fois d’accord : ils voteront contre le texte. A la tribune, Stéphane Peu, élu PCF de Seine-Saint-Denis évoque les « 11 morts, les milliers de blessés et mutilés, et les forces de l’ordre épuisées » depuis le début des manifestations. « Votre seule réponse concrète est la répression et la diminution des libertés publiques. Cette loi anti gilet jaune, qui réduit la liberté de manifester, est inutile, contre-productive et dangereuse ».

Alexis Corbière hausse la voix pour interpeller directement Christophe Castaner, en contrebas de l'hémicycle. « Vous rompez tout l’édifice de la justice. Le droit de manifester ne peut être restreint que par une décision de justice, pas par une décision politique. Cette loi est une loi scélérate. Vous faites aujourd’hui une salle besogne ! Votre bilan est terrible ! » La majorité bouillonne, obligeant le président de l'Assemblée Nationale Richard Ferrand à intervenir, n'empêchant pas le député LFI de poursuivre: « Souffrez du fait que le droit de manifester est un bien précieux. Écoutez les voix qui vous critiquent ! Elles viennent aussi de vos rangs ! »

Fracture dans la majorité

Car la loi « anticasseurs » fracture La République en marche. « On aurait dû se passer de cette loi, car elle ne répond pas à l’urgence du moment », confiait la veille Sonia Krimi à 20 Minutes. La députée LREM de la Manche espérait même entraîner d’autres collègues à voter contre le texte. D'autres sorties de ce genre dans la presse ont provoqué des tensions au sein de la réunion du groupe de la majorité ce mardi.

« C’était une réunion excellente avec un respect des points de vue opposés », balaie Gilles Le Gendre, patron des marcheurs à l’Assemblée. « Il faut que ce groupe respire. Nous ne mettons de revolver sur la tempe de personne, ce n’est pas le genre de la maison ». La ligne rouge était pourtant connue : « Abstention, péché véniel, vote contre, péché mortel », selon une formule employée par Ferrand au printemps dernier.

Alors, au moment du vote, aucun député de la majorité ne vote contre. Mais cinquante s'abstiennent finalement, un record sur un texte soutenu par le gouvernement. « Il y a encore du travail, nous n’avons pas eu le temps de trouver le bon compromis. Nous le ferons lors du deuxième passage », positive le marcheur Mathieu Orphelin, qui s’est abstenu. Le texte sera examiné au Sénat en deuxième lecture le 12 mars, avant de revenir à l’Assemblée.