Municipales: Lassitude, «abandon» de l’Etat… Pourquoi les maires ne veulent pas se représenter

ELUS Une étude de l’Ifop pour le groupe Les Républicains à l’Assemblée, publiée mardi, constate que seulement 15 % des édiles sont aujourd’hui certains de se représenter en 2020…

Laure Cometti

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Illustration d'une mairie.
Illustration d'une mairie. — GILE Michel/SIPA
  • Selon une enquête de l’Ifop auprès de 609 maires interrogés, 89 % des édiles sont « satisfaits » d’exercer leur mandat. Pourtant 87 % estiment que leur mission est « difficile », voire « très difficile » pour 28 % d’entre eux.
  • A un an des municipales, un maire sondé sur deux pense ne pas se représenter en 2020. Si ce sont des raisons « personnelles » qui sont citées en premier, l'« usure physique » et le « désengagement de l’Etat » arrivent en deuxième et troisième position.
  • Un maire rural et un maire d’une petite ville interrogés par « 20 Minutes » confirment le constat de cette étude en faisant part de leurs difficultés d’exercer leur mandat.

 

A un an des municipales, de nombreux maires ne souhaiteraient pas se représenter en 2020. Une étude de l’Ifop pour le groupe Les Républicains à l’Assemblée*, publiée mardi, constate que seulelment 15 % des édiles sont aujourd’hui certains de briguer un nouveau mandat, tandis qu’un tiers ne compte « certainement pas » le faire. Alors que l’exécutif sollicite les élus locaux pour tenter de sortir de la crise des « gilets jaunes », cette étude met en lumière le paradoxe auquel les maires sont confrontés.

Sur les 609 maires interrogés, (sur les 35.000 communes de France), 89 % se disent « satisfaits » d’exercer leur mandat. Mais 87 % estiment que leur mandat est « difficile », voire « très difficile » pour 28 % d’entre eux, et un maire sur deux pense ne pas se représenter dans un an. Pourquoi ? Si ce sont des raisons « personnelles » qui sont citées en premier, l'« usure physique » et le « désengagement de l’Etat » arrivent en deuxième et troisième positions.

L’âge et le désengagement de l’Etat

Une trinité dans laquelle se retrouve Alain Hébert, maire sans étiquette de Sainte-Colombe-La-Commanderie (Eure). Il y a un an pourtant, il envisageait de refaire campagne en 2020, mais il a changé d’avis. « Un tiers de ma décision est dû au fait que je suis élu municipal depuis 36 ans et que c’est mon deuxième mandat de maire », explique l’édile de 64 ans de cette commune de près de 900 habitants. « Je pense avoir apporté tout le meilleur de moi-même et je souhaite passer le témoin ».

Ses autres motivations sont plus amères : « avec l’intercommunalité, on nous a dépouillés de l’essentiel de nos compétences. Même pour boucher un trou dans la voirie, il faut demander à la communauté de communes, et ça peut prendre des mois », dit l’édile qui se sent « moins utile, et moins décisionnaire ».

Autre facteur de dépit : les dotations de l’Etat. A Sceaux, où vivent 20.000 habitants dans les Hauts-de Seine, le maire UDI Philippe Laurent déplore qu’elles aient été « divisées par deux ».

« En parallèle, l’Etat nous oblige à dépenser plus », poursuit Alain Hébert. « Par exemple, pour être conforme au RGPD [règlement général sur la protection des données], ma commune doit faire appel à un prestataire facturé 1.000 euros par an ». L’élu rural regrette aussi « le désengagement de l’Etat, avec les services publics perdus ces dernières années, comme le corps de sapeurs-pompiers ou la poste ».

Le lien avec les administrés

Le sommet de l’Etat n’est pas le seul responsable du blues des maires. Maire depuis 18 ans, Philippe Laurent a constaté une dégradation du lien avec ses administrés. « Certains contestent toute action qui modifie leur cadre de vie, avec un discours accusatoire contre la mairie. L’ambiance est parfois pesante ». S’il n’a pas encore décidé s’il se représentera en 2020, il se souvient : « en 2014, je ne posais pas de questions ». « Il n’y a plus de respect pour la fonction », abonde Alain Hébert.

En tant que secrétaire général de l’Association des maires de France (AMF), Philippe Laurent entend chez les autres édiles que « les administrés demandent de plus en plus de choses, alors que les maires ont moins de moyens. La loi NOTRe [adoptée sous François Hollande] a limité l’intérêt de la fonction, on n’a plus la satisfaction de faire avancer des choses concrètes pour sa commune ». Plus récemment, il juge que depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, « il y a un sentiment général d’abandon du pouvoir central ».

Un renouvellement à venir ?

Comme Alain Hébert, les maires ruraux sont en moyenne moins désireux de se représenter que les maires urbains. Cela concerne « environ 6 élus sur dix », selon une enquête menée par l’Association des maires ruraux de France (AMRF) auprès de 2.500 maires. « La question de l’intercommunalité est très loin devant dans les raisons de ce départ, devant le sujet des finances », souligne Cédric Szabo, directeur de l’AMRF. « Ce devait être une coopérative de communes, mais c’est devenu une entité de pilotage des maires, dépossédés par l’Etat. En moyenne, ils vivent à 45 minutes voire 1 heure du siège de leur communauté de communes, donc il y a un empêchement matériel de s’y impliquer ».

Mais le directeur de l’AMRF veut aussi être « optimiste » : « ce chiffre prédit un renouvellement important aux municipales, or c’est que les Français réclament dans les cahiers de doléances ».

L’enquête a été menée par l’Ifop auprès d’un échantillon de 609 maires, représentatif (méthode des quotas) des maires des communes de France métropolitaine, par entretien téléphonique entre le 22 novembre et le 17 décembre 2018.