Européennes: Qui est le philosophe François-Xavier Bellamy, probable tête de liste LR?

PORTRAIT Le philosophe trentenaire François-Xavier Bellamy est le grand favori pour mener la liste candidate aux européennes des Républicains, qui doivent entériner leur choix ce mardi...

Laure Cometti avec T. L.G.

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Le philosophe conservateur François-Xavier Bellamy est la probable tête de liste des Républicains pour les européennes.
Le philosophe conservateur François-Xavier Bellamy est la probable tête de liste des Républicains pour les européennes. — BALTEL/SIPA
  • Agrégé de philosophie et normalien, François-Xavier Bellamy a travaillé dans plusieurs cabinets ministériels de droite avant de devenir maire adjoint de Versailles (Yvelines), sa ville natale, en 2008.
  • Il est le favori de Laurent Wauquiez pour mener la liste Les Républicains aux européennes le 26 mai prochain.
  • Ce choix, qui devrait être entériné mardi, suscite des remous à droite en raison des positions conservatrices de cet ancien militant de La Manif pour tous.

EDIT : Laurent Wauquiez devrait proposer mardi, lors de la Commission nationale d'investiture (CNI) des Républicains, la désignation de François-Xavier Bellamy, comme tête de liste européenne, selon une information du Figaroconfirmée ce lundi à l'AFP par des sources internes du parti. Les numéros 2 et 3 seraient également proposés, il s'agirait de la vice-présidente de la région Ile-de-France Agnès Evren et de l'eurodéputé sortant Arnaud Danjean.

Son visage de premier de la classe est inconnu du grand public, pour peu de temps encore. A 33 ans, François-Xavier Bellamy est le favori pour prendre la tête de la liste Les Républicains aux élections européennes du 26 mai. « Bon courage pour faire le portrait de cet homme mystérieux ! », a prévenu un de nos interlocuteurs. De prime abord, le CV de l’adjoint au maire de Versailles (Yvelines) ne semble pas receler de secrets, mais crie plutôt la précocité.

Agrèg' de philo et garde à vue

Agrégé de philo l’année de ses 22 ans, il écrit les discours du ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres entre 2006 et 2007, alors qu’il n’a que 21 ans. Anecdote étonnante, c’est grâce à une garde à vue que le jeune normalien s’est fait repérer par le ministre. En octobre 2006, une exposition dans la Chapelle royale du château de Versailles (Yvelines) fait scandale auprès de certains Versaillais. Des manifestants protestent, un agent de sécurité est blessé dans une bousculade  et un jeune homme arrêté, François-Xavier Bellamy. Il sort de garde à vue 22 heures plus tard, blanchi, et se retrouve invité à déjeuner par Renaud Donnedieu de Vabres qui lui propose ensuite de devenir sa plume.

Toujours dans sa vingtaine, le natif de Versailles passe ensuite par deux cabinets ministériels (celui de Rachida Dati, à la Justice, puis de Nathalie Kosciusko-Morizet, à l’Ecologie). Puis, en 2008, François de Mazières (sans étiquette) lui demande de rejoindre sa liste pour ravir cette ville de 90.000 habitants à l’UMP, avec succès. Il devient le plus jeune adjoint au maire d’une grande ville de France et récupère le portefeuille de la Jeunesse et de l’Enseignement supérieur.

« Il est conservateur, ce n’est pas une maladie »

S’il a une expérience d’élu local depuis dix ans, Les Républicains se réjouissent d’un choix porteur de « renouvellement » pour les européennes, alors que le Rassemblement national ou La France insoumise ont aussi opté pour de jeunes têtes de liste. Le choix de François-Xavier Bellamy, défendu notamment par Laurent Wauquiez, patron du parti, et le sénateur Bruno Retailleau, ne fait toutefois pas que des heureux à droite.

En cause, ses positions jugées conservatrices, même si l’intéressé rejette cette étiquette dans son dernier livre, Demeure*. Proche de la Manif pour tous, il s’est opposé au mariage gay et a participé à la création de Sens Commun, émanation politique du mouvement au sein de LR. « Il y a une vraie nuance entre conservateurs et réactionnaires. Il est conservateur, ce n’est pas une maladie », défend le député Philippe Gosselin (LR, proche de Valérie Pécresse) qui loue « quelqu’un de bien et de crédible ». « Il a des convictions, c’est courageux, et dès lors qu’il ne les impose pas sans débat au parti cela ne pose pas de problème », poursuit l’élu. Une référence aux positions anti-avortement du philosophe, qui a récemment déclaré au Figaro qu’il n’était « pas question de revenir sur la loi Veil ».

Dans le même entretien, François Xavier Bellamy estime que la droite « doit incarner le sens de la transmission, de la solidité des institutions, un attachement à la culture et à une identité collective » et qu’elle « doit aussi renouer avec l’exigence écologique ».

Un choix clivant

Au sein du parti, certains s’inquiètent d’un choix clivant, visant à « parler à l’électorat filloniste ». « Il faut qu’il soit le porte-étendard d’une "droite juste", et pas seulement d’une certaine frange de notre famille politique. La liste reflétera le pluralisme d’idées à droite », assure Damien Abad, député de l’Ain et vice-président du parti.

Clivant à droite, Bellamy l’était déjà en 2017, à en croire Didier Baichère, qui l’a battu aux législatives en 2017 (de justesse, à 800 voix près), alors que la circonscription semblait imperdable pour LR. « Lorsque François de Mazières l’a choisi pour lui succéder [en tant que député], à la faveur de la loi sur le non-cumul des mandats, une partie de sa majorité n’a pas du tout souhaité se ranger derrière Bellamy, au sein du courant de la droite sociale, plutôt pro-Juppé », se souvient celui qui siège au conseil municipal de la Versailles depuis 2014. Il décrit un maire adjoint « transparent ».

« Il me fait penser aux romantiques »

Mais même son opposant lui reconnaît des qualités « C’est un homme brillant, extrêmement intelligent, avec des valeurs solides, ancrées ». Les critiques ne sont toutefois pas loin : « il manie très bien le verbe, mais la vie réelle il ne connaît pas. Il théorise mais ne va pas dans l’opérationnel. Je l’ai constaté lors de quelques débats, il est moins à l’aise dès qu’il s’agit de parler d’emploi ou des fins de mois difficiles, poursuit le député de La République en marche. Il me fait penser aux romantiques ».

Bellamy sera-t-il capable de mener la campagne européenne d’un parti « en convalescence » , selon les mots de Philippe Gosselin ? « C’est dans l’adversité que les hommes et les femmes politiques se révèlent », veut croire le député de la Manche. « Même si les premiers plateaux télé sont un peu compliqués, il trouvera le tempo. Et puis si ce n’est pas lui, qui d’autre ? » Le choix semble en effet déjà entériné, même si la Commission nationale d’investiture (CNI) du parti doit se prononcer officiellement ce mardi.

*Paru en 2018 aux éditions Grasset.