Elections européennes: Objectifs, financement... Quatre questions autour de la candidature de la liste «gilets jaunes»

POLITIQUE Des responsables d'une liste «gilets jaunes» ont annoncé mercredi vouloir se lancer dans la course des élections européennes...

T.L.G.

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Ingrid Levavasseur devrait mener la liste «gilets jaunes» aux européennes.
Ingrid Levavasseur devrait mener la liste «gilets jaunes» aux européennes. — Francois Mori/AP/SIPA
  • Des « gilets jaunes » ont annoncé mercredi qu’ils se lançaient pour les élections européennes.
  • La liste n’est aujourd’hui composée que de 10 noms, sur les 79 prévus.
  • Contrairement à ce qu’ils ont annoncé, les candidats ne devraient pas pouvoir se financer par crowdfunding.

De la rue aux urnes. Des «gilets jaunes» ont annoncé mercredi qu’ils se lançaient pour les élections européennes. Dans un communiqué, le « ralliement d’initiative citoyenne » (RIC) diffuse un embryon de liste comprenant dix noms. A leur tête : Ingrid Levavasseur, une aide-soignante normande de 31 ans, qui est l’une des figures du mouvement. 20 Minutes revient sur les questions que pose cette candidature.

Pourquoi se lancer aux européennes ?

Dans son communiqué, le RIC, qui reprend l’acronyme du « référendum d’initiative citoyen » défendu par certains « gilets jaunes », se présente comme « une coordination issue de différentes initiatives » du mouvement de contestation. Pourquoi ces manifestants se lancent-ils en politique ? Le mouvement fait « apparaître la nécessité de transformer la colère en un projet politique humain, capable d’apporter des réponses aux Français qui soutiennent le mouvement des "gilets jaunes" depuis des mois », disent-ils.

« Nous, citoyens français, ne voulons plus subir les décisions des instances européennes et les diktats des castes de financiers et de technocrates, qui ont oublié le principal : l’humain, la solidarité et la planète », écrit le RIC, affirmant que ses éventuels eurodéputés auront « avant tout, la mission de porte-parole des citoyens qui seront consultés tout au long du mandat ».

Qui pour composer la liste ?

Seuls 10 noms ont pour le moment été dévoilés. Les candidats ont entre 29 et 53 ans, avec des professions variées (chef de petite entreprise, cariste, juriste, mère au foyer ou encore fonctionnaire).

Reste à trouver les 69 autres candidats pour compléter la liste. « On pourrait très bien avoir 79 candidats dès aujourd’hui, mais on a choisi d’ouvrir au participatif. Il y aura une votation interne entre les candidats actuels pour désigner les autres places », a assuré à l’AFP Hayk Shahinyan*. Cet appel à candidatures doit être ouvert « à tous les citoyens ».

Comment cette liste a-t-elle été accueillie ?

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a estimé ce jeudi qu’il s’agissait d’un « processus intéressant ». Les chefs de file des sénateurs et députés LR, Bruno Retailleau et Christian Jacob, ont aussi salué « une bonne initiative ». Moins d’enthousiasme pour Marine Le Pen, qui a mis en garde sur Cnews contre une éventuelle récupération, évoquant le passage de Hayk Shahinyan au MJS socialiste il y a huit ans. Sur BFMTV, Nicolas Dupont-Aignan s’est lui interrogé sur un possible « coup politique avec Bernard Tapie », qui avait prêté début janvier les locaux du journal La Provence à des « gilets jaunes », dont Ingrid Levavasseur.

La liste a également été très critiquée par certains «gilets jaunes», comme Maxime Nicolle ou Eric Drouet. « Voter Gilets jaunes, c’est voter Macron », prévient dans un communiqué « La France en colère !!! ». Sur Facebook, plusieurs internautes dénoncent l’utilisation du terme « gilets jaunes » ou ciblent le profil des candidats, comme celui de Marc Doyer, ancien soutien d’En Marche.

Comment comptent-ils financer leur campagne ?

Faire campagne n’est pas gratuit. Les candidats doivent notamment imprimer leur bulletin pour approvisionner le maximum de bureaux de vote. D’après le Figaro, le mouvement est toujours à la recherche de fonds, d’un minimum de 700.000 à 800.000 euros. « Nous avons pour l’instant à peu près 10 % de cette somme. Nous allons lancer un appel aux dons et peut-être une campagne de crowdfunding », assure au quotidien Hayc Shahinyan, le directeur de campagne.

Problème : les dons privés, qui ne peuvent excéder 4.600 euros par personne, doivent être versés au compte d’un mandataire, «intermédiaire obligatoire entre les candidats et les tiers. Ceci exclut tout financement utilisant une cagnotte Internet. « En l’état des textes et dans la mesure où les fonds sont recueillis par un intermédiaire autre que le mandataire financier ou l’association de financement, la pratique du financement participatif (« crowdfunding ») n’est pas conforme à la législation », indique la Commission nationale des comptes de campagne.

L’Etat rembourse les frais de campagne pour toute liste obtenant au moins 3 % des suffrages exprimés. Selon un sondage Elabe pour BFMTV publié mercredi et réalisé avant l’annonce, «une liste gilets jaunes» arriverait en troisième position avec 13 % des voix.

*Contacté par 20 Minutes, Hayc Shahinyan n’a pas répondu à nos sollicitations.