Rencontre avec Macron: Après le trou d'air, Laurent Wauquiez veut «accélérer le tempo»

POLITIQUE Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez se rencontrent pour la première fois du quinquennat jeudi dans la Drôme pour le grand débat...

Thibaut Le Gal avec Laure Cometti

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Laurent Wauquiez
Laurent Wauquiez — Jacques Witt/SIPA
  • Laurent Wauquiez rencontre le chef de l’Etat jeudi dans la Drôme pour le grand débat.
  • En difficulté depuis plusieurs semaines, le patron des Républicains veut être plus audible.
  • Sa ligne politique très à droite a entraîné plusieurs cadres à quitter le parti.

Après des mois d’amabilités, ils se rencontrent enfin. Emmanuel Macron et Laurent Wauquiez vont échanger pour la première fois du quinquennat jeudi dans la Drôme. Un tête-à-tête en fin de matinée à Valence puis un déjeuner avec plusieurs dizaines d’élus de la région à la préfecture dans le cadre du grand débat national.

Le patron de la droite a indiqué que son parti participerait à cette concertation, sans manquer d’égratigner au passage le chef de l’Etat. « Cette rencontre, Laurent Wauquiez l’a souhaitée car on ne fait pas la politique de la chaise vide. Mais ce ne sera pas une simple visite de courtoisie, prévient Damien Abad, député et vice-président LR. On n’est pas là pour servir la soupe au président mais pour faire passer des messages : sur le pouvoir d’achat des retraités, la défense des classes moyennes, l’overdose fiscale et la fracture territoriale ».

« Laurent Wauquiez a parfois été maladroit sur certains sujets »

La rencontre pourrait aussi permettre à Laurent Wauquiez de relever la tête, et son parti, après des mois difficiles. Contesté au sein de la droite et en baisse dans les sondages pour les européennes, Laurent Wauquiez avait fait son mea culpa lors de ses vœux début janvier : « Nous n’avons pas toujours été à la hauteur. Et il faut qu’on soit à la hauteur de ce que vous attendez, de la responsabilité qui nous incombe ». Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a par la suite multiplié les actes de contrition, devant les élus ou dans la presse.

« J’ai parfaitement conscience que je dois restaurer petit à petit la crédibilité de la droite et sortir des ambiguïtés qui l’ont parfois pénalisée. Moi-même, j’ai fait des erreurs. J’ai parfois, par mes propos, prêté le flanc à des caricatures médiatiques et ça fait partie des choses qui doivent être corrigées », reconnaissait-il dans les Echos.

« Laurent Wauquiez a parfois été maladroit sur certains sujets, dans certains commentaires, confirme Philippe Gosselin, député LR proche de Pécresse.L'épisode de l'EM Lyon a blessé les sarkozystes. Dire qu’il n’a jamais porté de gilet jaune alors que des photos en attestent, c’est maladroit, et cela a nui plus qu’on ne le pense ».

Une droite qui se réduit comme peau de chagrin

Cet « oubli » n’a pas aidé Laurent Wauquiez à être audible sur la crise des « gilets jaunes ». « On avait bien senti combien ces sujets de fracture territoriale et de pouvoir d’achat étaient sensibles, ce serait dommage de ne pas en tirer les fruits aujourd’hui », poursuit Gosselin. Le mouvement de contestation, qui s’appuie sur des thématiques ciblées par la droite depuis des mois, a surtout profité au Rassemblement national.

« Au concours de décibels, les extrêmes seront toujours devant nous. Nous ne voulons pas la politique du chaos mais apporter des solutions politiques. Cela prend plus de temps », répond Damien Abad, qui confirme un changement de ton. « Il faut saluer l’honnêteté de Laurent Wauquiez. Il y a désormais une volonté d’accélérer le tempo, d’être plus présent médiatiquement, de ne pas se cacher et de créer une dynamique pour faire avancer cette nouvelle droite ».

Une « nouvelle droite » qui semble se rétrécir comme peau de chagrin. Thierry Mariani est allé voir du côté du RN quand Jean-Pierre Raffarin pense à lever les voiles à l'instar d' Alain Juppé et Xavier Bertrand. « Je m’interroge sur la stratégie du rétrécissement d’un parti de plus en plus conservateur », s’est inquiété l’ancien ministre Eric Woerth au Figaro mardi. Le choix contesté de l’essayiste François-Xavier Bellamy pour mener la tête de liste LR aux européennes pourrait accélérer ce mouvement.