Le traité d'Aix-la-Chapelle, pro-européen, signé ce mardi par Emmanuel Macron et Angela Merkel

ACCORD Le texte, suscite la controverse en France, où les extrêmes à droite comme à gauche y voient une perte de souveraineté nationale et un alignement de leur pays sur Berlin...

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron et Angela Merkel en juillet 2018.
Emmanuel Macron et Angela Merkel en juillet 2018. — F. Mori / AP / SIPA

Au moment où elle est affaiblie par la montée des nationalismes, Angela Merkel et Emmanuel Macron ont décidé d’envoyer un message de soutien à la construction de l’Union européenne. Les deux dirigeants signent, ce mardi, un nouveau traité pour renforcer la relation franco-allemande.

A quatre mois des élections européennes, le texte, qui doit être signé dans la matinée à Aix-la-Chapelle en Allemagne, suscite la controverse en France, où les extrêmes à droite comme à gauche y voient une perte de souveraineté nationale et un alignement de leur pays sur Berlin.

« Une clause de défense mutuelle » en cas d’agression adoptée

Le traité « de coopération et d’intégration franco-allemand » doit « compléter » celui dit de l’Élysée signé en 1963 entre le Général de Gaulle et Konrad Adenauer, qui concrétisa la réconciliation franco-allemande après la guerre. Il prévoit une convergence des politiques économique, étrangère et de défense des deux pays, une coopération sur les régions transfrontalières, ainsi qu’une « assemblée parlementaire commune » composée de 100 députés français et allemands.

« C’est un moment important pour montrer que le couple franco-allemand est un socle qui peut se relancer […] au service du renforcement du projet européen », fait valoir la présidence française. « On n’est jamais allé aussi loin en matière de défense » commune. Les deux pays vont adopter « une clause de défense mutuelle » en cas d’agression, sur le modèle de celle prévue au sein de l’OTAN. Ils pourront déployer des moyens ensemble en cas d’attaque terroriste ou coopérer sur les grands programmes militaires, à l’image de leurs projets sur les chars ou les avions de combat.

Divergences sur le budget de la zone euro et la taxation des « Gafa »

« L’Allemagne et la France entendent continuer à faire avancer les choses ensemble en Europe », a estimé samedi Angela Merkel. Emmanuel Macron et Angela Merkel prononceront tous deux un discours à Aix-la-Chapelle, avant de participer ensemble à un « débat citoyen » avec des étudiants des deux pays. Le traité est signé par deux dirigeants fragilisés :  Angela Merkel se prépare à laisser son poste à l’automne 2021, et Emmanuel Macron fait face à la crise des « gilets jaunes ».

Paris et Berlin ont néanmoins affiché plusieurs divergences, qu’il s’agisse du budget de la zone euro ou de la taxation des « Gafa », les géants du numérique, sur lesquels ils ont conclu des accords a minima, très en deçà des ambitions françaises. Les deux gouvernements ont aussi des divergences en matière de politique d’exportation d’armement. « Nous sommes confrontés à une crise existentielle de l’intégration européenne, avec le Brexit et la poussée attendue des forces nationalistes aux prochaines élections européennes », a commenté la politologue Claire Demesmay, de l’institut de recherche allemand DGAP.

« Recul de souveraineté »

Ce symbole ne fait pas l’unanimité en France, bien au contraire. C’est un nouveau « petit coup en douce » du président de la République qui est « en train d’effondrer la puissance de notre pays », a déclaré la dirigeante du Rassemblement national Marine Le Pen. « C’est comme le pacte de Marrakech [sur les migrations] : on apprend ça trois jours avant que ce soit signé, histoire que personne ne puisse venir contester le contenu de ce traité », a-t-elle jugé vendredi.

Elle a aussi accusé Emmanuel Macron de vouloir partager avec l’Allemagne le siège de la France au Conseil de sécurité de l’ONU, ce qui ne figure pas dans le traité et que l’Élysée a démenti : Paris plaide pour que l’Allemagne y obtienne son propre siège permanent. Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a lui aussi dénoncé lundi « le recul de notre souveraineté » qui pour lui « marche ici avec le recul social et écologique ». L’objectif du traité « n’est pas le progrès social ou la transition écologique mais la compétitivité » avec « moins de services publics et d’investissements publics, des baisses de salaire, la chasse des chômeurs », avance-t-il.