«Gilets jaunes»: Emmanuel Macron profite-t-il du débat national pour lancer sa campagne pour les européennes?

POLITIQUE Le chef de l’Etat est accusé par l’opposition d’utiliser le grand débat national pour faire campagne à quelques mois des européennes…

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron montre aux maires dans quelle direction va le pays.
Emmanuel Macron montre aux maires dans quelle direction va le pays. — ISA HARSIN/SIPA
  • Emmanuel Macron s'est très longuement exprimé face aux maires, à deux reprises, la semaine passée dans le cadre du grand débat national.
  • Ses interventions ont été diffusées sur les chaînes d'information en continu.
  • L'opposition souhaite que ce temps de parole soit décompté par le CSA.

Deux échanges marathons. Vendredi, dans le Lot : 6h32. Le mardi précédent, dans l’Eure : 6h38. Emmanuel Macron s’est très longuement exprimé face aux élus, la semaine passée dans le cadre du grand débat national. « Même Fidel Castro n’avait pas fait autant », a ironisé l'un d'eux.

« Dans le fond comme dans la forme, on a retrouvé les scènes de campagne : lui au milieu, avec une maîtrise parfaite des dossiers et une vision cohérente du projet, s’enthousiasme Sacha Houlié, député LREM de la Vienne. Si on se réfère à ce qu’on lit ou aux messages qu’on reçoit, beaucoup de gens ont été impressionnés par la qualité des débats. Ce n’était qu’une part du grand débat national, mais cette part-là a été réussie ».

« On annonce un grand débat et ça se transforme en one-man-show »

Ces échanges, très suivis sur les chaînes d'information en continu ont aussi correspondu avec une légère hausse de popularité du président dans un sondage (mais infirmée par un autre enquête publiée samedi). Mercredi, une enquête IFOP donnait même LREM en tête (23 %) devant le Rassemblement national (21 %) aux élections européennes du 26 mai. Une première depuis des semaines. L’opposition a accusé Emmanuel Macron d’utiliser la concertation nationale pour faire campagne, à quelques mois des européennes.

« On annonce un grand débat dans le pays, et ça se transforme en one-man-show du président, c’est étonnant, grince Eric Coquerel, député La France insoumise de Seine-Saint-Denis. Il annonce un nouveau contrat avec la nation en avril, à un mois du scrutin européen, qu’il utilisera comme vote arbitre. Ce côté campagne électorale renforce la légitimité de nos critiques. C’est lui qui choisit les thèmes et lui qui décide. On est déjà à 14 heures de propagande, j’espère que le CSA en tiendra compte ».

Des interventions décomptées du temps de campagne ?

Cette critique sur le temps de parole a été faite par d’autres élus de l’opposition sur Twitter.

Contacté par 20 Minutes, le CSA assure qu'« a priori, les propos tenus par le président de la République, en raison de leur contenu et de leur contexte, pourraient être considérés comme relevant du débat politique national, et à ce titre, être décomptés, en application de la délibération du 22 novembre 2017 relative au principe de pluralisme politique dans les services de radio et de télévision ».

Ce texte régit les règles d’équité en dehors des périodes électorales (consultable ici). En revanche, ces interventions du président ne devraient pas être décomptées pour les élections européennes, la campagne n’ayant pas encore officiellement commencé.

Une campagne aux frais de l’Etat ?

Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales et co-animateur du grand débat, a déjà prévenu que l’exercice serait renouvelé pendant ces deux mois. « L’idée est d’avoir une à deux rencontres par semaine, en fonction de l’agenda international, et garder des rencontres qui soient à taille humaine ».

De quoi faire fulminer Laurence Sailliet, porte-parole des Républicains : « Combien coûtent au contribuable les meetings de campagne d’Emmanuel Macron, puisqu’il est dans cette perspective de campagne électorale pour les élections européennes ? », s’est-elle interrogée lors d’un point presse ce lundi. « Si le contribuable doit payer ça, nous voulons le chiffrage et nous voulons savoir aussi quelle partie sera réintégrée au compte de campagne » du parti présidentiel.

« Qu’un président défende son bilan, c’est assez naturel. Ce n’est pas faire campagne, mais faire de la politique, balaie Sacha Houlié. Sur les européennes, tout le monde va faire campagne, y compris le président. Mais je suis certain que les voix anti-européennes trouveront aussi écho dans les médias ».

Le député macroniste répond aussi aux critiques de la droite. « Les décomptes seront tous juridiquement étudiés, mais je ne crois pas que rassembler 600 élus dans un gymnase demande des sommes considérables… » Ce lundi soir, la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques n’avait pas encore répondu à nos sollicitations.