VIDEO. Immeubles effondrés à Marseille: Les vœux à la presse de Jean-Claude Gaudin, un exercice de communication «suicidaire»?

COMMUNICATION Ce lundi, le maire de Marseille, qui se fait rare depuis l'effondrement des immeubles rue d'Aubagne il y a presque trois mois, se livre à un périlleux exercice de communication devant les journalistes... 

Mathilde Ceilles

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Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin lors d'une conférence de presse à la mairie
Le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin lors d'une conférence de presse à la mairie — Gérard Julien / AFP

Il y a deux ans, le rendez-vous était donné au gigantesque J1, où les invités étaient conviés en pousse-pousse à une démonstration de BMX avant l’arrivée du maire de Marseille. L’année dernière, direction la splendide base du Roucas Blanc, au bord de la Méditerranée. Ces dernières années, Jean-Claude Gaudin a toujours choisi un écrin grandiose pour présenter ses vœux à la presse.

Mais c’était avant. Avant l'effondrement de plusieurs immeubles​ rue d’Aubagne, sous lesquels huit personnes ont trouvé la mort. Avant les manifestations de grande ampleur qui s’en sont suivies, au cours desquelles les Marseillais ont scandé sous les fenêtres du maire des « Gaudin démission » et « Gaudin assassin ».

Rendez-vous en mairie

Pour ses vœux à la presse, cette année, le maire de Marseille a sobrement convié les journalistes dans sa mairie. Et ce après que ses équipes ont, selon nos informations, songé à changer la forme voire renoncer à ce traditionnel rendez-vous politique. Preuve que l’exercice de communication auquel l’édile va se livrer ce lundi matin s’annonce des plus périlleux, deux mois après le drame de Noailles.

D’autant que depuis le 5 novembre, les apparitions publiques du maire se font rares. Il a notamment évité d'assister aux vœux de la maire de secteur de la rue d’Aubagne, Sabine Bernasconi, il y a quelques jours, interrompus par le collectif du 5 novembre. « Je suppose que les membres de son cabinet et lui-même ont estimé qu’il porterait sur ses épaules la colère de ceux qui se sont exprimés », estimait-elle alors.

« Il n’y a que des coups à prendre »

« C’est l’année de tous les dangers, analyse Philippe Moreau-Chevrolet, professeur de communication à Sciences Po Paris et président de l’agence de communication MCBG. En faisant ces vœux, Jean-Claude Gaudin s’expose à prendre des coups, et il n’y a que des coups à prendre. Sous cette forme, il se retrouve face aux journalistes et leurs questions. C’est une prise de risque considérable, car tous ses propos vont être interprétés. Qu’il s’excuse sur sa gestion calamiteuse du dossier du logement ou qu’il ne réponde pas, il sera toujours coupable. Il ne peut pas s’en sortir. »

Et d’ajouter : « Je lui aurais conseillé de faire une petite vidéo, à distance. Il faut qu’il se prépare à répondre à la polémique. Pour que ce soit utile, il lui faut annoncer quelque chose d’envergure, ce qui est compliqué en fin de mandat. Il n’a probablement rien à dire, pas de grand plan du logement. Ce n’est pas du tout le bon moment pour communiquer. S’il n’a pas de message à délivrer, ça me paraît suicidaire. La problématique du logement à Marseille a créé une attente, même au niveau national. Il ne peut pas faire comme si rien ne s’était passé. Il ne peut pas faire comme s’il n’avait pas un testament politique à écrire. »

Une visite du ministre le jour même

Après 23 ans à la tête de Marseille, Jean-Claude Gaudin vit en effet là ses avant-derniers vœux à la presse en tant que maire. Or, cette prise de parole coïncide avec une visite de dernière minute : celle du ministre du Logement, l’après-midi même de ces vœux. Objectif : « faire un point sur l’évolution de la situation et trouver des solutions », selon un communiqué de presse.

Julien Denormandie, qui s’était posé en « ministre du logement des Marseillais » lors d’une précédente visite en novembre, prévoit notamment un entretien avec Jean-Claude Gaudin sur « la dynamique de lutte contre l’habitat indigne » du maire. Dans le communiqué, le ministre se dit « pleinement engagé dans l’accompagnement et le relogement des sinistrés ». Une manière de montrer que le gouvernement et LREM se mobilisent pour Marseille, un an avant les municipales…