Non, le traité d'Aix-la-Chapelle ne va pas donner l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne

FAKE OFF Sur les réseaux sociaux, le traité d'Aix-la-Chapelle, qu'Emmanuel Macron doit signer avec Angela Merkel le 22 janvier, est accusé d'offrir l'Alsace et la Lorraine à l'Allemagne...

Alexis Orsini

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Emmanuel Macron à Prague en octobre 2018.
Emmanuel Macron à Prague en octobre 2018. — Ondrej Deml/AP/SIPA
  • L'Alsace et la Lorraine vont-elles redevenir allemandes?
  • C'est ce qu'affirme une intox très partagée à propos du traité d'Aix-la-Chapelle, un texte qui doit être signé par Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier.
  • La lecture du traité en question suffit à décrédibiliser cette rumeur relayée notamment par le député européen Bernard Monot (Debout la France).

Edit du 21 janvier 2019 : ajout d'un paragraphe sur l'intox de Marine Le Pen autour du partage du siège de la France au conseil de sécurité de l'ONU, relayée après la parution de l'article original. 

Un mois après s’être vu reprocher (à tort) de faire perdre à la France sa souveraineté en adoptant « le pacte de Marrakech », Emmanuel Macron s’apprêterait de nouveau à porter atteinte aux intérêts de la nation.

Sur les réseaux sociaux, et notamment au sein de groupes de « gilets jaunes », nombre d’internautes l’accusent en effet d’être sur le point de « vendre » en secret l’Alsace et la Lorraine à l’Allemagne. Comment ? En signant le 22 janvier prochain, avec la chancelière Angela Merkel, le traité d’Aix-la-Chapelle dans cette ville allemande.

Si celui-ci vise, comme l’explique l’Elysée sur son site, à renforcer les « liens déjà étroits entre l’Allemagne et la France » dans différents domaines (politique, politique étrangère et sécurité, éducation…), le député européen Debout la France (DLF) Bernard Monot lui prête des effets bien plus conséquents.

Dans une vidéo YouTube intitulée « Le traité d’Aix-la-Chapelle : nouvelle trahison de la nation » (supprimée depuis) – dont les arguments et le discours sont depuis repris dans un article du site d’extrême droite Résistance républicaine, comme sur les réseaux sociaux –, il affirme notamment : « Evidemment, ce traité d’Aix-la-Chapelle, vous n’en avez jamais entendu parler aux informations télévisées. C’est comme pour le traité de Marrakech, nous sommes tous enfumés par le pseudo grand débat national pendant que, dans notre dos, Macron prépare en secret un nouveau putsch contre la France. »

« [Le] traité [d’Aix-la-Chapelle] devrait ainsi expérimenter des clauses d’exception à la loi de la République dans les régions transfrontalières franco-allemandes […]. Il en sera fini des lois françaises dans ces eurodistricts. En quelque sorte, l’Alsace repassera sous gestion allemande et la langue administrative sera l’allemand. Ce traité funeste s’emploie à faire sortir ces régions frontalières françaises du [giron] du territoire national », poursuit l’ancien élu du Front national.

Il relaye ainsi une intox de taille puisque le traité en question, dont les 28 articles sont déjà consultables sur le site Contexte, ne comporte aucune des dispositions évoquées.

FAKE OFF

« C’est évidemment faux. Ce traité crée des outils, il ne change pas en lui-même nos lois et respecte par définition notre Constitution », indique l’Elysée à 20 Minutes. Avant d’ajouter : « Concrètement, il permettra aux collectivités frontalières d’identifier des blocages sur le terrain, pour permettre d’adapter plus facilement et plus rapidement, si besoin, le droit aux situations locales et faciliter la vie des citoyens vivant près de la frontière allemande, notamment les 50.000 Français qui traversent quotidiennement la frontière pour aller travailler en Allemagne. »

Il n’est pas non plus question de faire de l’allemand la langue administrative de l’Alsace et de la Lorraine : les articles 10 et 15 du traité prônent au contraire son apprentissage parallèlement à celui du français. Le premier dispose ainsi que « les deux Etats rapprochent leurs systèmes éducatifs grâce au développement de l’apprentissage mutuel de la langue de l’autre » et le second que « les deux Etats sont attachés à l’objectif du bilinguisme dans les territoires frontaliers ».

Un des posts alarmants relayés dans des groupes de « gilets jaunes » à propos du traité d'Aix-la-Chapelle.
Un des posts alarmants relayés dans des groupes de « gilets jaunes » à propos du traité d'Aix-la-Chapelle. - capture d'écran

« Des projets concrets de coopération »

Quel sera l’impact réel du traité ? « Il s’agit à la fois de principes et de projets très concrets. […] Dans un contexte international instable, il est important que la France et l’Allemagne rappellent, sous la forme solennelle d’un traité entre Etats, leur attachement à la primauté du droit et au multilatéralisme, leur responsabilité commune pour bâtir une Europe souveraine, unie et démocratique, leur engagement en faveur d’un commerce international ouvert, fondé sur des règles et sur le principe de réciprocité », indique l’Elysée.

Autant de rappels qui doivent être suivis d’effets pratiques : « Le traité pose aussi les bases de projets très concrets de coopération : une clause de défense mutuelle franco-allemande, la création d’une plateforme numérique franco-allemande de contenus audiovisuels, la création d’un fonds franco-allemand pour la société civile […], d’un conseil franco-allemand d’experts économiques, l’objectif de créer une zone économique franco-allemande dotée de règles communes, etc. »

Le partage du siège de la France au Conseil de sécurité de l'ONU ? 

En fin de semaine, Marine Le Pen s'est également fendue d'une critique virulente du traité, en relayant l'intox suivante : « Vous le savez, la France [...] a un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. [...] Emmanuel Macron veut aujourd'hui partager ce siège avec les Allemands. Cela signifie que la France ne s'exprimera plus dans le monde en son nom, de manière autonome, mais de manière négociée. »

Et l'Elysée de préciser à l'AFP : « Paris est favorable à une entrée de l'Allemagne comme membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU mais la France ne veut ni quitter son siège ni le partager. Nous faisons de cette entrée de l'Allemagne une priorité diplomatique franco-allemande. »

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