VIDEO. Cent ans de la mort de Rosa Luxemburg: «Il y a une véritable invisibilisation» des femmes révolutionnaires, selon l'historienne Mathilde Larrère

INTERVIEW Rosa Luxemburg est l’une des révolutionnaires les plus célèbres. Mais d’autres femmes qui ont participé aux révolutions restent encore dans l’ombre. Eléments d’explications avec l’historienne Mathilde Larrère…

Propos recueillis par Nils Wilcke

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Rosa Luxemburg prononce un discours lors d'un meeting socialiste en Allemagne.
Rosa Luxemburg prononce un discours lors d'un meeting socialiste en Allemagne. — MARY EVANS/SIPA

Il y a tout juste cent ans, elle a donné sa vie pour un idéal. Le 15 janvier 1919, Rosa Luxemburg est assassinée avec Karl Liebknecht lors de la répression de la révolution spartakiste à Berlin.

Figure majeure du socialisme révolutionnaire et de l’histoire politique du XXe siècle, son rôle est pourtant minoré, à l’instar d’autres femmes qui ont fait les révolutions, comme l’explique  Mathilde Larrère, historienne et spécialiste des mouvements révolutionnaires.

Quelle est la particularité de Rosa Luxembourg ?

Ce qui est peu dit, c’est que c’est la seule femme qui a laissé son nom à une théorie socialiste : le luxemburgisme. Autre fait notable, elle faisait davantage confiance aux masses que ses homologues masculins. Autant pour Lénine, l’autre grand penseur communiste de l’époque, il faut que le parti guide les masses en tant qu’avant-garde éclairée, autant chez Rosa Luxemburg, il y a une plus grande confiance dans les masses. C’est d’ailleurs ce qui se passe lors de la révolution spartakiste en Allemagne après la première guerre mondiale.

Comment expliquer la faible notoriété des femmes révolutionnaires ?

Les femmes ont été présentes dans toutes les révolutions. Il n’y a pas une révolution sans les femmes mais à chaque fois, ce sont les hommes qui prennent le pouvoir. Il y a une véritable invisibilisation au moment où elles se mobilisent et après, l’histoire se focalisant sur les personnes les plus connues, ce qui met les femmes à l’écart. Tout dépend de la manière dont on étudie l’histoire. Si on l’étudie par le bas, on s’aperçoit que les femmes ont une place prépondérante dans les mouvements révolutionnaires. En 1789, elles sont aussi nombreuses que les hommes sur le terrain. Ce sont elles qui cherchent le roi à Versailles et le ramènent à Paris lors des journées des 5 et 6 octobre, par exemple.

Il y a pourtant des noms qui émergent, tels qu’Olympe de Gouges ?

Olympe de Gouges fait partie des deux ou trois femmes citées en permanence pour la Révolution française avec Madame Roland. Mais elles ne sont pas les plus mobilisées et les autres révolutionnaires restent inconnues. Les plus célèbres à l’époque sont Claire Lacombe, Pauline Léon, et Théroigne de Méricourt. Sans compter les anonymes de la société des femmes républicaines et révolutionnaires. Dans les autres révolutions, c’est peu ou prou pareil. De la révolution de 1848, on retient surtout Georges Sand, qui était une bourgeoise alors que ce sont d’autres femmes qui ont mené la lutte : Pauline Roland ou Flora Tristan. Il faut attendre la Commune pour que Louise Michel, issue du peuple et incarne un projet radical, émerge du mouvement. Mais les autres militantes comme Nathalie Lemel, Elisabeth Dmitrieff sont encore passées sous silence.