Le grand débat national va-t-il ressembler à vos ateliers d'entreprise? (mais sans post-it)

POLITIQUE Emmanuel Macron et la majorité empruntent régulièrement des techniques d'entreprise et de management...

T.L.G.

— 

Photomontage
Photomontage — Picasso de 20mn
  • Pour répondre à la crise des «gilets jaunes», Emmanuel Macron a décidé de lancer un grand débat national. 
  • Ces ateliers de «parole libre» pourraient ressembler à ceux organisés au sein des entreprises. 
  • Ce ne pas la première fois que l'exécutif utilise les méthodes de management. 

Pour répondre à la crise des «gilets jaunes», le gouvernement lance mardi son «grand débat national». Emmanuel Macron adressera « au début de la semaine » la lettre aux Français promise lors des vœux présidentiels pour « cadrer un certain nombre d’éléments ». Car l’initiative est inédite.

« Il y a deux sources d’inspiration évidentes dans ce débat : la démocratie participative appliquée au niveau local et une forme de technique de gestion de crise propre aux entreprises », estime Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS. Ce n’est pas la première fois qu’Emmanuel Macron et les marcheurs s’inspirent du monde de l'entreprise pour gouverner. « Team building » et séances de « co-working », communication verrouillée, évaluation des ministres, lexique managérial… « LREM est imprégnée de cette culture de l’entreprise, ne serait-ce que par le profil de ces membres, qui viennent du privé, de cabinets de conseils ou de PME. C’est une nouveauté par rapport aux partis traditionnels », poursuit le chercheur.

Alors, ce débat national ressemblera-t-il à un gigantesque atelier d’entreprise pour « start up nation » ? On a demandé à Paul Devaux, dirigeant du cabinet de coaching Orygin, comment il conseille les sociétés.

1. Qui pour organiser les débats ?

« Si c’est un débat organisé au sein de l’entreprise, il est préférable que la direction fasse appel à des experts, des animateurs professionnels qui apparaissent comme neutres et sans partis pris, qui ont l’habitude de faire travailler des groupes », avance Paul Devaux.

>> Ce que propose le gouvernement : Le Premier ministre a insisté mercredi sur les « questions d’impartialité et de transparence ». L’organisation du débat a été confiée à la Commission nationale du débat public (CNDP), une autorité indépendante. Les ministres sont invités à participer, mais «ils ne monopoliseront pas la parole», a précisé Benjamin Griveaux à 20 Minutes.

2. Combien de participants ?

« On ne peut pas faire débattre toute une entreprise de 100 ou 50 personnes en mêmes temps. Pour une bonne tenue des débats, il faut constituer des groupes restreints entre 5 et 12 personnes », assure le spécialiste.

>> Ce que propose le gouvernement: L’exécutif mise sur une multiplicité de lieux de discussion. « Chacun peut organiser un débat, à l’échelle du quartier, de la commune, de la région, d’une association en s’aidant d’un kit pour la tenue des débats proposé par la CNDP », a précisé la Commission. Une plateforme en ligne recueillera les contributions au niveau national et des « conférences de citoyens tirés au sort » réuniront une centaine de participants dans chaque région.

2. Comment éviter le « grand déballage » ?

« On ne débat pas pour débattre. Il faut avoir une idée précise du sujet, une perspective et un délivrable à identifier pour éviter d’ouvrir la boîte de Pandore, avance Paul Devaux. Par exemple : la morosité dans l’entreprise après une fusion. L’objectif serait donc d’y mettre un terme. Il faudrait alors plutôt débattre des solutions que des problèmes ».

>> Ce que propose le gouvernement : L’exécutif a cadré l’espace de discussion autour de quatre thématiques : transition écologique, fiscalité, organisation de l’Etat et des services publics, démocratie. Des lignes rouges ont d'ailleurs été tracées : l’ISF, l'IVG, la peine de mort, et le mariage pour tous ne seront pas remis en cause.

3. Pour quelle finalité ?

« Le débat permet de sécuriser les décisions : Même si un salarié n’a pas été entendu, il a pu donner son avis, et en ressort moins frustré qu’avec une décision directement imposée d’en haut. L’important n’est pas le contenu de ce qui va se dire lors du débat mais le processus d’échange. Car le dialogue permet aussi de renforcer la cohésion des équipes, d’aller vers les autres, de savoir qui pense quoi », assure Paul Devaux

>> Objectif du gouvernement : « L’idée du Premier ministre, c’est que ce débat donnera lieu à des actions concrètes », a assuré Matignon à 20 Minutes. Des élus de la majorité ont évoqué la tenue d’un référendum à questions multiples sur le vote blanc, la proportionnelle, la réduction du nombre de parlementaires et le cumul des mandats.

4. Existe-t-il un risque ?

« Le risque est de susciter une attente à laquelle on ne saurait répondre. Si les questions sont mal posées, qu’on demande « qu’est ce qui ne va pas dans l’entreprise », on risque de plomber l’ambiance et de déboucher sur de la déception. Ce qu’il faut c’est chercher des pistes, élaborer des solutions », poursuit-il.

>> Ce que risque le gouvernement ? Emmanuel Macron mise beaucoup sur ce grand débat pour sortir de la crise des « gilets jaunes ». Mais des syndicats et des membres de l’opposition ont déjà dénoncé une « manœuvre » du gouvernement.