VIDEO. Grand débat national: «Le salaire de Jouanno, c’est quand même quasiment 10 fois le Smic !»

INTERVIEW Député (LR) de Moselle, Fabien Di Filippo, a déposé une proposition de loi pour plafonner le salaire des hauts fonctionnaires. Il réagit à la polémique sur la rémunération de Chantal Jouanno…

Propos recueillis par V.V.

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Chantal Jouanno, la présidente de la commission du débat public (CNDP), le 27 novembre 2018 à l'Elysée.
Chantal Jouanno, la présidente de la commission du débat public (CNDP), le 27 novembre 2018 à l'Elysée. — Jacques Witt/SIPA
  • Chantal Jouanno va toucher 176.000 euros en 2019 pour présider la Commission nationale du débat public.
  • C’est cette commission indépendante qui doit organiser le grand débat national voulu par Emmanuel Macron.
  • Auteur d’une proposition de loi visant à plafonner le salaire des hauts fonctionnaires, Fabien Di Filipo réagit à la polémique.

Quasiment autant qu’Emmanuel Macron. Chargée d’organiser le « grand débat national » voulu par le chef de l’État, Chantal Jouanno va toucher, en 2019, 176.000 euros de salaire, a révélé, lundi, La Lettre A. Soit plus de 14.500 euros par mois. L’ancienne ministre des Sports s’est défendue, en expliquant qu’il s’agissait du salaire fixé par les autorités pour n’importe quel président de la Commission nationale du débat public (CNDP).

Mais la polémique enfle. Auteur d’une proposition de loi visant justement à plafonner le salaire des hauts fonctionnaires, le député (LR) Fabien Di Filippo réagit à ces révélations pour 20 Minutes

En quoi le salaire de Chantal Jouanno vous gêne-t-il ?

Elle va gagner quasiment autant qu’Emmanuel Macron (15.140 euros par mois). Son poste de présidente de la Commission nationale du débat public n’a rien à voir avec celui de chef de l’État tout de même. Pour ce salaire, elle va encadrer une dizaine de personnes. Moi, je me souviens, il y a dix ans, je travaillais dans le privé, chez Auchan. J’encadrais aussi une dizaine de personnes et je touchais 1.800 euros pour cela…

En quoi est-ce choquant que certains hauts fonctionnaires soient bien rémunérés ?

Si l’État était tellement bien géré, qu’il n’y avait pas de chômage, pas de réduction des dépenses publiques à trouver, on pourrait comprendre. Mais on parle quand même d’un salaire dans un pays où la dette va bientôt atteindre 100 % du PIB. Mais croyez-vous vraiment qu’un tel salaire serait possible dans une entreprise privée qui se trouverait dans une telle situation financière ?

C’est pour cela que vous aviez déposé une proposition de loi, voilà un an ?

A l’époque, on demandait beaucoup d’efforts aux Français, notamment à travers l’augmentation des taxes. Et je trouvais anormal que 600 hauts fonctionnaires environ, essentiellement au Quai d’Orsay et à Bercy, touchent des salaires aussi astronomiques. Ces gens-là gagnent entre 150.000 et 420.000 euros par an et ils ont un emploi à vie.

Où en est votre proposition de loi ?

Nulle part. Elle n’a logiquement jamais été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale. Et mon groupe politique (Les Républicains) n’a pour l’instant pas profité d’une niche parlementaire pour l’y inscrire. Mais on risque d’en reparler dès la semaine prochaine quand on retournera à l’Assemblée nationale.

A l’époque, je me souviens qu’un éditorialiste politique avait qualifié ma proposition de « loi la plus bête du monde ». Dans le même temps, un sondage dans un quotidien de ma région montrait que 96 % des gens y adhéraient. Pour moi, cela voulait dire beaucoup…

Qu’est-ce qui vous gêne finalement dans le fait que Chantal Jouanno gagne autant ?

Cela instille le soupçon. A partir du moment où elle s’est montrée Macron-compatible, elle a hérité de ce poste à la CNDP. Le salaire a d’ailleurs augmenté de 13 % avec sa nomination [mais les missions de la commission ont été élargies]. Je pense qu’avec un peu moins, elle ferait aussi bien son boulot et ne se priverait pas pour autant. Le salaire de Jouanno, c’est quand même quasiment 10 fois le Smic !