«Gilets jaunes»: Polémique sur l’immigration, présentation reportée… Le grand débat local patine à l’allumage

SOCIAL Les modalités du « grand débat » public de trois mois organisé par l’exécutif en réponse à la mobilisation des « gilets jaunes » devaient initialement être présentées ce samedi…

C.P.

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Chantal Jouanno, la présidente de la commission du débat public (CNDP), le 27 novembre 2018 à l'Elysée.
Chantal Jouanno, la présidente de la commission du débat public (CNDP), le 27 novembre 2018 à l'Elysée. — Jacques Witt/SIPA

Ça coince et ça grince pour le grand débat public local. Chantal Jouanno, la présidente de la commission du débat public (CNDP), devait présenter ce samedi les modalités de ce débat local de trois mois, annoncé mercredi par le gouvernement en réponse à la mobilisation des « gilets jaunes ». Mais selon les informations de franceinfo, cette présentation a finalement été reportée.

Incertitude sur le coup d’envoi du débat

« Chantal Jouanno continue les consultations, a indiqué vendredi à franceinfo la CNDP. Les modalités seront, probablement, présentées la semaine prochaine. En début de semaine, Chantal Jouanno doit encore rencontrer des représentants des "gilets jaunes"». Dans ce contexte, le coup d’envoi de la concertation aura-t-il lieu en décembre ou début janvier ? C’est l’incertitude, confirme à franceinfo la CNDP.

Ce « grand débat » de trois mois, devait commencer la semaine prochaine jusqu’au 1er mars dans de nombreuses villes de France. Selon une source ministérielle, le gouvernement veut que le rôle des préfets (et donc de l’Etat) soit minimal. Et laisser au maximum l’organisation à des associations d’élus ou des syndicats, avec des débats ouverts au public. Ces débats locaux, sans doute plusieurs par départements, auraient lieu en mairie, a annoncé vendredi le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, sans que ne soit précisée la manière dont les «gilets jaunes» y seront associés.

Polémique autour de l’immigration

A ces problèmes d’organisation est venue s’ajouter une autre polémique, sur le fond des débats cette fois-ci. Dans le compte-rendu de son conseil des ministres, mercredi, l’exécutif écrivait noir sur blanc que son « grand débat » porterait sur cinq thèmes : transition écologique, fiscalité, organisation de l’Etat, démocratie et citoyenneté… et immigration (« Quelles sont les attentes et les inquiétudes des Français relatives à l’immigration, dans un contexte de mondialisation et de laïcité parfois bousculée ? »)

Cette cinquième thématique avait été ajoutée lundi par Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée au menu des discussions. « Je veux que nous mettions d’accord la nation avec elle-même sur ce qu’est son identité profonde. Que nous abordions la question de l’immigration », avait alors dit le chef de l’Etat… avant de rétropédaler dans le huit clos du conseil des ministres.

A la sortie, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux expliquait ainsi qu’il y aurait quatre thèmes et que l’immigration sera abordée dans le cadre de la question sur la démocratie et la citoyenneté. « Ce sujet il ne faut pas l’éviter, parce que les "gilets jaunes" en ont fait un sujet. Mais ne pas le traiter à part. Si on en fait un sujet à part, on en fait un totem, or on sait que c’est un débat sensible », souligne-t-on à Matignon.

Un couac qui a provoqué de vives réactions au sein des associations de luttes contre le racisme. Mais pas seulement. Premier syndicat français, la CFDT a dénoncé, par la voix de son dirigeant Laurent Berger, le choix de débattre de l’immigration comme « incompréhensible et dangereux, alors que l’enjeu est clairement la justice sociale ». Des craintes auxquelles se sont associés publiquement plusieurs députés de la majorité, comme Aurélien Taché ou Matthieu Orphelin.

Directement visée, Marine Le Pen accuse, elle, le gouvernement d’avoir « retiré » l’immigration des thèmes du débat national « car il connaît parfaitement l’opposition farouche des Français à une aggravation de l’immigration ». « Plus du déni mais de la censure », tempête la dirigeante du Rassemblement national.

La décision d’Emmanuel Macron d’inclure l’immigration et l’identité dans le débat avait d’autant plus surpris que le chef de l’Etat lui-même avait par le passé semblé l’exclure. « Le débat sur l’identité est un débat circulaire qui ne mène nulle part quand ce débat se replie sur soi (…) Nous ne pouvons régler ce problème qu’en essayant de le dépasser », disait-il ainsi lors d’un échange avec des étudiants à Francfort en octobre 2017.