«Instrumentalisation», appels au calme... Les partis divisés sur les «gilets jaunes» après l'attentat de Strasbourg

DIVISIONS Après l’attentat meurtrier de Strasbourg, les partis politiques se divisent sur le maintien de « l’acte 5 », samedi…

T.L.G.

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Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale
Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée nationale — BERTRAND GUAY / AFP
  • Les « gilets jaunes » appellent à une nouvelle journée de mobilisation samedi.
  • Après l’attentat de Strasbourg, le gouvernement appelle les manifestants à être « raisonnables » et à « ne pas manifester ».
  • Plusieurs partis dénoncent une « instrumentalisation » de la majorité.

Depuis un mois, les partis peinent à se situer par rapport aux «gilets jaunes», en rejet de la classe politique. Quel impact l’attentat de Strasbourg aura-t-il sur le mouvement et ses soutiens ? Mardi soir, une attaque au marché de Noël de la capitale alsacienne a fait trois morts et treize blessés. Dans la foulée, les autorités ont déclenché sur toute la France le niveau « urgence attentat », le plus haut niveau du plan Vigipirate.

A quelques jours de l'acte V du mouvement, une majorité de « gilets jaunes » semble vouloir maintenir les manifestations prévues samedi. Entre appels au calme et poursuite de la mobilisation, la classe politique se divise, elle, sur la conduite à tenir pour ce week-end.

« Le mouvement doit cesser » pour le gouvernement

Benjamin Griveaux a indiqué jeudi que le gouvernement n’avait « à ce stade pas décidé d’interdire les manifestations » samedi, mais le porte-parole du gouvernement a appelé « les gilets jaunes » à être « raisonnables » après l’attaque de Strasbourg et à « ne pas manifester ». « Le mouvement doit cesser », a insisté la ministre de la Justice, Nicole Belloubet. Richard Ferrand et François de Rugy ont, eux, exhorté les manifestants à complètement stopper leur mobilisation. « Sur la question fondatrice du mouvement qu’est le pouvoir d’achat, des réponses honnêtement massives ont été données » et il faut maintenant « que nous retrouvions le chemin du dialogue », a plaidé le président de l’Assemblée nationale sur France Inter.

Droite et extrême droite plus timorées que les semaines précédentes

L’opposition, plutôt unie jusqu’ici sur le soutien à la mobilisation, se divise. A droite, Laurent Wauquiez a émis le souhait que « samedi prochain, il n’y ait pas de manifestation » évoquant les violences des casseurs, avant même l’attentat de Strasbourg. « Une trêve s’impose, par respect en la mémoire des victimes, et parce que nos forces de l’ordre sont mobilisées », a précisé le vice-président des Républicains Damien Abad mercredi sur Sud Radio.

Après avoir soutenu le mouvement pendant un mois, Marine Le Pen s’est montrée plus mesurée que la droite : « Je suppose que les manifestations des gilets jaunes ne pourront pas avoir lieu samedi », a déclaré sur France 2 la présidente du Rassemblement national, évoquant l'« urgence attentat » mise en place depuis mardi. Même tempérance pour Nicolas Dupont-Aignan. « J’ai toujours dit aux gilets jaunes, avant même l’attentat : évitez les manifestations à Paris, restez dans vos mobilisations de province calmes, pacifiques », a déclaré sur LCI le patron de Debout la France, accusant également le gouvernement d'« instrumentaliser » l’attentat de Strasbourg pour « essayer de faire taire » le mouvement.

Divisions à gauche

A gauche, la question d’une mobilisation divise. « Je suis douloureusement surpris de voir que certains à LREM utilisent immédiatement l’abominable événement de Strasbourg pour peser sur le mouvement », a dénoncé Jean-Luc Mélenchon, ciblant la majorité. « Ni les « gilets jaunes », ni la jeunesse mobilisée n’ont aucune responsabilité dans cette situation, ils n’ont donc aucune raison de remiser leurs revendications […] la vie continue et la vie démocratique d’abord », a-t-il précisé, défendant à ce titre, la motion de censure contre le gouvernement débattue ce jeudi.

Le groupe socialiste s’est montré beaucoup plus embêté par ces débats. « Vous avez préféré avoir ce débat aujourd’hui pour mieux le noyer sous la peine de nos
concitoyens. Vous avez fait le choix cynique d’utiliser le drame pour mieux cacher la crise, a lancé Olivier Faure à l’Assemblée en fin de journée, sans préciser la position du PS sur la mobilisation de ce week-end.