«Gilets jaunes»: A l'Assemblée, Edouard Philippe fait le SAV des annonces de Macron (et rajoute du flou)

ASSEMBLEE Les députés ont interrogé le gouvernement sur le financement du coup de pouce financier pour les travailleurs pauvres, sans obtenir toutes les réponses…

Laure Cometti

— 

Le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018.
Le Premier ministre Edouard Philippe à l'Assemblée nationale, le 11 décembre 2018. — Jacques Witt/SIPA
  • Emmanuel Macron a annoncé lundi une série de mesures pour apaiser la colère des « gilets jaunes » en faisant un geste pour les Français modestes.
  • Le gouvernement était interrogé ce mardi sur les détails de la hausse du Smic promise par l’exécutif, une mesure dont les contours sont encore très flous.
  • Edouard Philippe a aussi assuré que ces mesures « ne feraient pas changer [le gouvernement] d’ambition sur le fait de transformer le pays ».

Pas facile de faire le service après-vente d'Emmanuel Macron. Au lendemain des annonces faites par le chef de l’Etat pour sortir de la crise des « gilets jaunes », le Premier ministre et son gouvernement étaient dans l’arène ce mardi pour défendre leurs mesures, parfois inaudibles sous les huées de l’opposition de droite. Quant à l’aile gauche, elle va  déposer une motion de censure qui pourrait être débattue jeudi, ou la semaine prochaine.

Comme la semaine dernière, la séance des questions au gouvernement à l’Assemblée a été totalement bouleversée par les « gilets jaunes ». La quasi-intégralité des interpellations de députés portait sur le discours d’Emmanuel Macron de la veille. Mais le gouvernement n’a pas apporté beaucoup de précisions sur le financement des mesures.

Qui, combien, comment ?

Comment sera opérée la hausse de 100 euros pour les travailleurs touchant le Smic, dès le 1er janvier ? Après l’allocution présidentielle, l’Elysée a précisé lundi à des médias que cela passerait par la prime d’activité, et ne concernerait donc pas tous les salariés au Smic. « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup », a ironisé le député Les Républicains Jean-Carles Grelier. Le gouvernement a distillé des détails au compte-gouttes. Les députés La République en marche ne l’ont d’ailleurs pas interrogé sur financement des mesures mais plutôt sur la concertation annoncée par le président ou les violences subies par des élus.

Au fil des questions de l’opposition, le gouvernement a confirmé un gain de 100 euros nets par mois pour « l’ensemble » des salariés au Smic, « peut-être au-delà même de ceux qui bénéficient de la prime d’activité ». A gauche, on dénonce « un mensonge » et « une arnaque ». « Non, Emmanuel Macron et son gouvernement ne vont pas augmenter le Smic, il sera revalorisé de 1,8 %, soit l'inflation », s’emporte le socialiste Joël Aviragnet. « Votre seul mérite est de respecter le Code du travail, faut-il vous en remercier ? Votre annonce cache en fait la hausse de la prime d’activité, ce sont en fait les classes moyennes et modestes qui vont financer cette mesure pour les travailleurs pauvres », poursuit le député de Haute-Garonne. Sur le financement de ce coup de pouce aux smicards, « il appartiendra à l’Assemblée et au Sénat d’en discuter », répond le Premier ministre.

Pas de tournant selon le Premier ministre

Pas de détails sur le financement, mais une reprise en main de la communication gouvernementale. « Les annonces d’hier constituent pour certaines une accélération de chose que nous voulions faire, pour d’autres notre réponse à une part légitime de colère que nous avons entendues », assure le Premier ministre. « Elles ne nous feront pas changer d’ambition sur le fait de transformer le pays ».

Un retour au « on garde le cap » ? « C’est un nouvel élan pour le quinquennat », assure pourtant le député LREM Hugues Renson, « grâce à une parole juste et des mesures concrètes ». « C’est très difficile de dire si on est sorti de la crise ou pas, mais ces mesures sont de nature à apaiser les tensions », espère le vice-président de l’Assemblée. Pendant ces débats, les sénateurs votaient un amendement permettant à l'exécutif de tenir l'une des promesses d'Emmanuel Macron aux «gilets jaunes», en accélérant la hausse de la prime d’activité.