«Gilets jaunes»: Hausse du Smic, CSG... Macron tente d'apaiser la colère avec des mesures sur le pouvoir d'achat

CRISE Deux jours après le quatrième épisode des « gilets jaunes », le président s'adressait aux Français pour sortir de la crise...

Thibaut Le Gal

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Emmanuel Macron
Emmanuel Macron — LUDOVIC MARIN / AFP
  • Après des jours de silence, Emmanuel Macron s’adressait aux Français pour répondre à la crise des « gilets jaunes ».
  • Le chef de l’Etat a dégainé plusieurs annonces sur le pouvoir d’achat.
  • Le président est resté plus évasif sur les demandes institutionnelles des manifestants.

« Mon seul souci, c’est vous. Mon seul combat, c’est pour vous. Notre seule bataille, c’est pour la France ». Deux jours après le quatrième épisode des « gilets jaunes », Emmanuel Macron s’est adressé aux Français pour tenter de sortir de la crise. D’une voix grave, le chef de l’Etat a d’abord condamné les heurts ayant accompagné les dernières manifestations. « Ces violences ne bénéficieront d’aucune indulgence […] Aucune colère ne justifie que l’on s’attaque à un policier ou un gendarme ».

Dans la foulée, le président a indiqué comprendre « la colère profonde » des gens mobilisés depuis un mois. « Je la ressens comme juste à bien des égards, et elle peut être notre chance ».

Des annonces sur le pouvoir d’achat

Très attendu sur le pouvoir d’achat, le président a dégainé plusieurs mesures pour répondre à « l’état d’urgence économique et sociale ». Hausse du salaire d'un travailleur au Smic de 100 euros par mois dès 2019 (en réalité, une accélération de l' augmentation de la prime d’activité), heures supplémentaires défiscalisées, primes de fin d’année sans impôt ni charge, et suppression dès janvier de la hausse de la CSG pour les retraités gagnant « moins de 2.000 euros par mois ».

« Le souci d’Emmanuel Macron était de déminer la dimension violente de la crise. Il a d’ailleurs souligné que la France était à un tournant historique », assure Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS et au CEVIPOF. « Sur le fond, il a écarté tout scénario radical de type "dissolution de l’Assemblée nationale", qui était suicidaire pour La République en marche. Ce n’est pas non plus un véritable tournant social, avec de nouveaux accords de Grenelle comme en 1968. On a plus le sentiment d’une bifurcation vers la partie gauche du macronisme, mais le problème du financement et des déficits va vite se poser ».

Mea culpa, mais évasif sur les demandes de réformes institutionnelles

Le chef de l’Etat a en revanche écarté tout retour de l’ISF, et est resté évasif sur les revendications institutionnelles de certains « gilets jaunes », comme le référendum d’initiative populaire ou la suppression du Sénat. « Je veux que soient posées [ lors de la consultation nationale de trois mois] les questions qui touchent à la représentation, une loi électorale plus juste, la prise en compte du vote blanc et même que soit amenés à participer au débat des citoyens n’appartenant pas à des partis », a-t-il simplement énoncé.

« Ces questions seront renvoyées à la réforme de révision constitutionnelle, explique Luc Rouban. Mais on a quand même senti une volonté de revenir un peu à un macronisme horizontal des origines. Il dit "je continue les réformes", mais on sent une volonté de renouer le lien avec les partenaires sociaux et les élus locaux ». Le chef de l’Etat devrait ainsi « rencontrer les maires, région par région » pour bâtir ce socle d’un « nouveau contrat pour la Nation ».

Pris à partie personnellement depuis le début du mouvement, Emmanuel Macron a esquissé un mea culpa sur son attitude, reconnaissant qu’il lui était « arrivé de blesser certains par [ses] propos ». Suffisant pour éteindre la colère ? Son discours a été accueilli avec déception par des « gilets jaunes » interrogés sur les plateaux de télévision ou sur les lieux occupés dans plusieurs régions, a constaté l’AFP. Sur les réseaux sociaux, un « acte 5 » de la contestation pour samedi prochain était déjà lancé.