«Gilets jaunes»: Face au risque de violences samedi, l'exécutif joue la carte de la «défense républicaine»

GOUVERNEMENT A l'approche de la quatrième manifestation des «gilets jaunes» ce samedi, le gouvernement a multiplié les appels au calme et les alertes sur les risques de violences...

Laure Cometti

— 

Emmanuel Macron prononce un discours sur la transition écologique en pleine crise des
Emmanuel Macron prononce un discours sur la transition écologique en pleine crise des — IAN LANGSDON/POOL/SIPA

« Manifester, ce n’est pas casser », tel est le message d'un clip vidéo publié ce vendredi par le gouvernement. A J-1 de l'« acte 4 » de la mobilisation des « gilets jaunes », le gouvernement  poursuit son opération de communication tous azimuts pour tenter de prévenir les violences. Après avoir proposé une concertation et annulé les hausses de taxes sur le carburant, l'exécutif martèle désormais un autre argument : la journée de samedi sera « très violente ».

Un discours d’unité nationale

Alors que le bilan du mouvement s’élève à quatre décès, des centaines de blessés (chez les manifestants et les forces de l’ordre), et plus d’un millier d’arrestations depuis le 17 novembre, les membres de l’exécutif ont multiplié cette semaine les déclarations sur « les risques de violences samedi ». L’Elysée a dit mercredi craindre qu'« un noyau dur de plusieurs milliers de personnes » vienne à Paris « pour casser et pour tuer ».

Pour le gouvernement et ses soutiens, le mouvement est devenu insurrectionnel : il ne s’agit plus uniquement d’une colère liée au prix du carburant, ni même au pouvoir d’achat. « Il y a des gens d’extrême droite, d’extrême gauche et d’autres mouvances qui veulent prendre le pouvoir par les armes, faire un putsch. L’Etat et la République sont en danger », estime François Patriat, sénateur La République en marche (LREM) de Côte-d’Or auprès de 20 Minutes. Une affirmation qui permet à la majorité de diffuser un discours de « défense républicaine » selon l’historien Jean Garrigues. Un discours employé par le général de Gaulle en Mai-68 ou lors de la tentative de coup d’Etat en 1961.

L’exécutif « dramatise à l’extrême »

Ce discours pourra-t-il décourager certains « gilets jaunes » de descendre dans la rue samedi ? « On dramatise à l’extrême pour qu’il y ait moins de manifestants pacifiques, et moins de blessés », confie une source proche de l’exécutif. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux est allé jusqu’à « conseiller » aux « gilets jaunes » de ne pas se rendre à Paris samedi, dans une interview au Parisien. « Les gilets jaunes sincères ne peuvent pas servir de boucliers humains », a-t-il affirmé ce vendredi.

Certains « gilets jaunes » dénoncent une « stratégie du chaos » du gouvernement. Benjamin Cauchy, un des représentants des « gilets jaunes libres », a appelé ce vendredi à ne pas aller manifester à Paris. Son collectif craint, comme l’exécutif, « qu’il y ait des morts ». Il veut aussi éviter de « tomber dans le piège que Christophe Castaner tente d’ériger depuis plusieurs semaines, qui est celui d’associer les Français aux casseurs ».

La bataille de l’opinion

Pour l’historien Jean Garrigues, il y a en effet chez le gouvernement une « stratégie du pourrissement, en jouant sur le péril social ». « La violence est un moyen de discréditer le mouvement », poursuit-il. Mais « cette incantation à l’ordre public n’est pas un calcul cynique, car elle s’accompagne d’une dynamique de concession », souligne-t-il à propos de l'annulation de la hausse de la fiscalité sur le carburant et de la concertation que l’exécutif veut ouvrir le 15 décembre.

Même les macronistes doutent de l’efficacité de cette main tendue pour sortir de cette crise. « On a des munitions, on a des arguments, mais ils ne sont pas audibles », constate laconiquement un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron. Selon un sondage OpinionWay* diffusé jeudi, plus de deux tiers des Français pensent que les mesures annoncées par l’exécutif sont insuffisantes pour répondre aux revendications du mouvement.

Dans les cabinets ministériels, on attend désormais les chiffres de la mobilisation samedi avec inquiétude. « S’il y a des morts malgré les gestes d’apaisement, le gouvernement pourra rejeter la responsabilité sur les casseurs et l’opposition », veut croire un macroniste expérimenté. « On a donné des gages, je pense que beaucoup de Français ne comprendraient pas que les «gilets jaunes» s’obstinent », nous déclarait mercredi le député du Rhône Bruno Bonnell (LREM).

* Enquête réalisée en ligne les 5 et 6 décembre auprès de 1.002 personnes de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d’erreur de 1,4 à 3,1 points.