«Gâchis», «inquiétude»... Des députés LREM déboussolés face aux «gilets jaunes»

MAJORITE Les députés de la majorité présidentielle ont le sentiment de n’avoir pas été assez écoutés par l’exécutif, malgré leurs alertes sur le mouvement des « gilets jaunes » dans leur circonscription…

Laure Cometti

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Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée, et Stanislas Guerini, le 27 novembre 2018 à l'Assemblée.
Gilles Le Gendre, président du groupe LREM à l'Assemblée, et Stanislas Guerini, le 27 novembre 2018 à l'Assemblée. — Jacques Witt/SIPA
  • Alors que la crise des « gilets jaunes » dure depuis près d’un mois, les députés de la majorité présidentielle ont le sentiment de n’avoir pas été assez écoutés par l’exécutif, malgré leurs alertes.
  • Certains élus macronistes jugent que l’exécutif a trop tardé à répondre aux revendications du mouvement et qu’il a échoué à réconcilier les citoyens avec leurs représentants politiques.

Des applaudissements mous, des députés qui se lèvent uniquement lorsqu’Edouard Philippe rend hommage aux forces de l’ordre : la majorité présidentielle s’est montrée bien moins enthousiaste que de coutume ce mercredi à l’Assemblée. Le Premier ministre s’exprimait devant les députés « sur la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d’achat », en pleine crise des « gilets jaunes ».

Des « alertes » pas écoutées par Matignon ?

La veille, le chef du gouvernement s’est exprimé devant le groupe La République en marche (LREM) pour annoncer sa décision de geler la taxe sur les carburants et le tarif de l’énergie. Malgré ce geste, plusieurs députés critiquent l’exécutif, jugeant qu’il n’écoute pas assez les remontées de « terrain » des élus. « Lors de ma réunion publique il y a 15 jours, il y a eu de grosses tensions », raconte le député du Rhône, Bruno Bonnell.

Alors que la contestation des « gilets jaunes » s’amplifie, la lassitude et l’inquiétude gagnent du terrain au sein des députés de la majorité. « Ça nous tombe sur la tête, alors que cette colère découle aussi des décennies passées. Mais il faut assumer », note le député de l’Hérault, Jean-François Eliaou. « On a amené au pouvoir quelqu’un qui incarnait le renouvellement, qui représentait le dernier espoir, et aujourd’hui Emmanuel Macron cristallise les haines », constate-t-il.

« Un sentiment de gâchis »

Mais il n’est pas facile de faire le dos rond alors que plusieurs députés LREM disent avoir reçu des menaces de la part de certains « gilets jaunes », que la propriété privée d’une députée macroniste a été envahie par des manifestants, et qu’ils se font invectiver par des Français en colère sur les plateaux télévisés. C’est aussi l’heure du bilan et des regrets, pour certains élus qui déplorent la suppression de l’ISF en octobre 2017, au tout début du quinquennat. « Ça a parasité notre discours social », reproche une députée de la majorité.

« On est nombreux à avoir un sentiment de gâchis », glisse la députée du Mouvement démocrate (MoDem) Isabelle Florennes (Hauts-de-Seine) au sujet des députés centristes et macronistes. « Et on est inquiets, comment va se passer la manifestation de samedi ? », s’interroge-t-elle à trois jours de l’acte IV de la mobilisation. Elle reproche à l’exécutif d’avoir répondu « trop tard » à la « main tendue de Laurent Berger » et aux revendications des « gilets jaunes » sur le prix du carburant. Depuis le début du quinquennat, « il y a eu des mesures annoncées de façon brutale, y compris pour les députés », souligne-t-elle en citant la hausse de la CSG. « Nous ne sommes pas le syndicat de défense de l’exécutif », tranche-t-elle.

« On n’a pas fait assez »

A l’Assemblée ce mercredi, la porte-parole du parti présidentiel tente de remotiver les troupes. « On n’a pas à rougir de notre action », insiste Laëtitia Avia, députée de Paris. « S’il y a une crise de confiance entre les citoyens et les politiques, c’est qu’on n’a pas fait assez, reconnaît-elle. Il va falloir multiplier les échanges dans les six prochains mois entre les parlementaires, les "gilets jaunes", les élus locaux… » Une concertation sur laquelle les marcheurs fondent beaucoup d’espoir pour sortir de cette crise.

« On a été élus sur une promesse de débat et de coconstruction, or des personnes ont le sentiment qu’on leur impose une politique », déplore Isabelle Florennes qui appelle à « plus de dialogue » et un « rééquilibrage social ».