Un cap, des tacles, et des chants... On vous raconte le débat sur les «gilets jaunes» à l'Assemblée

REPORTAGE L'Assemblée nationale a approuvé mercredi par 358 voix contre 194 les mesures annoncées par Edouard Philippe...

Thibaut Le Gal

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Edouard Philippe.
Edouard Philippe. — CHAMUSSY/SIPA
  • Le Premier ministre et l'opposition s'exprimaient sur la crise des «gilets jaunes» lors d'une séance extraordinaire à l'Assemblée.
  • Christian Jacob et Jean-Luc Mélenchon ont taclé Emmanuel Macron.
  • La majorité a soutenu le Premier ministre.

Quelques minutes avant l’entrée dans l'hémicycle, Nicolas Dupont-Aignan soupire : « Ce débat va être du blabla intégral, ça n’a aucun sens. C’est une comédie ». Plus loin, le député insoumis Ugo Bernalicis a le même allant. « C’est une mascarade, un service après-vente pour la majorité. Je n’en attends pas grande chose ». La sonnerie retentit, les parlementaires prennent place.

Richard Ferrand ouvre la séance extraordinaire du jour, consacrée à « la fiscalité écologique et ses conséquences sur le pouvoir d’achat ». Comprendre, la crise des «gilets jaunes», à trois jours de l'acte IV de la mobilisation.

« Moins d’impôts pour les pauvres ! »

En vieux briscard, le président de l’Assemblée sent la tension venir et prévient : « écoutons-nous, respectons-nous ». La demande est balayée dès qu’Edouard Philippe prend la parole. « Ce débat est l’occasion de regarder la colère en face. Cette colère, c’est celle de la France qui travaille ». Le chahut s’élève. Lorsqu’il appelle « à la responsabilité » de « tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes, citoyens [qui] seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent », l’opposition exulte. Les interpellations fusent d’ici où là jusqu’à la fin de son discours :

  • « Moins d’impôts pour les pauvres ! »
  • « Remettez l’ISF ! »
  • « Ce n’est pas la manche que les gens demandent ! »
  • « Irresponsable ! »

La majorité, elle, applaudit plus timidement que d’habitude. Il faut attendre les remerciements du chef du gouvernement aux forces de l’ordre pour que la représentation nationale lance une standing ovation. Seuls les députés insoumis restent assis, se contentant d’applaudir.

Les attaques de Jacob et Mélenchon, les chansons de Lassalle

Vient le temps des opposants. Christian Jacob tape fort sur Emmanuel Macron. : « Le voilà pétrifié, dos au mur, confronté à une immense colère du peuple de France…. Ce président, soi-disant vertical, toujours prompt à parler et à nous donner des leçons, a saisi que sa légitimité démocratique est gravement entachée ; il vous envoie donc au front pour vous faire jouer le rôle de fusible institutionnel », lance le patron du groupe Les Républicains à Edouard Philippe, évoquant aussi « une majorité KO debout ». Celle-ci retrouve pourtant de la voix, pour gêner le discours de Jacob. L’élu s’agace : « Arrêtez d’aboyer ».

Le brouhaha se poursuit lorsque Jean-Luc Mélenchon est au micro. « J’ai écouté votre discours Monsieur le Premier ministre, et je l’ai entendu… comme une sorte de bilan d’adieu. Enfin la France est entrée dans un état d’insoumission général. Le gilet jaune est devenu le nouveau bonnet phrygien ». Le patron de La France insoumise harangue ses collègues : « Allez dire au monarque présidentiel que les gens raisonnables sont dans la rue et sur les ronds-points et qu’ils n’en partiront pas avant que vous ayez cédé pour de vrai ou que vous soyez partis […] C’est l’histoire de France qui est en train de se passer, ce n’est pas juste un emmerdement dans votre mandat parlementaire ».

Les intervenants s’enchaînent, Jean Lassalle chantonne, mais les bancs de l’Assemblée se vident. Les parlementaires encore présents scrutent leur téléphone. Le vote a suivi, sans suspense: L'Assemblée nationale a approuvé par 358 voix contre 194 les mesures annoncées par Edouard Philippe.