«Gilets jaunes»: «Appeler à nouveau à manifester samedi serait un acte d’irresponsabilité», selon Alain Juppé

POLITIQUE L’ancien Premier ministre s’est exprimé sur la crise des « gilets jaunes » ce mardi matin depuis Bordeaux…

Mickaël Bosredon

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Alain Juppé, le mardi 4 décembre à la métropole de Bordeaux.
Alain Juppé, le mardi 4 décembre à la métropole de Bordeaux. — M.Bosredon/20Minutes
  • Alain Juppé réclame au gouvernement de « rétablir l’ordre et faire respecter la loi. »
  • Il propose de « recevoir une délégation » de « gilets jaunes » pour « faire remonter leurs revendications. »
  • Il demande enfin un grand débat national sur la fiscalité.

Il s’était beaucoup exprimé via les réseaux sociaux ces derniers jours. Alain Juppé a profité d'une conférence de presse ce mardi matin à la métropole de Bordeaux, pour prendre la parole concernant la crise des « gilets jaunes ». Il a d’abord condamné « les actes de violence perpétrés en France en général, mais à Paris en particulier et aussi à Bordeaux » ces derniers jours, « avec beaucoup d’indignation. » « Ces comportements semblent être le fait de casseurs professionnels, d’extrémistes de tous bords, mais aussi de certains gilets jaunes qui se sont laissés emporter dans ce genre de comportement tout à fait inadmissible. »

Pour l’ancien Premier ministre, « la première priorité pour le gouvernement est de rétablir l’ordre public et faire respecter la loi. » Un souhait qui vaut aussi pour sa ville de Bordeaux. « Il y a eu des tentatives d’intrusion samedi dernier dans l’hôtel de ville de Bordeaux, qui ont été bloquées par les forces de l’ordre. Je voudrais au passage saluer leur courage et leur résistance, car elles sont en première ligne, dans un état de fatigue et de vulnérabilité croissante, car elles ont fait l’objet d’attaques d’une violence inouïe. »

« La démocratie spontanée c’est très bien mais ça n’a qu’un temps »

Le maire de Bordeaux veut aussi s’adresser aux « gilets jaunes » : « La très grande majorité récuse la violence et le moment est venu pour eux de se désolidariser de ces actes de violence. Appeler à nouveau à manifester à Paris samedi prochain, serait un acte d’irresponsabilité parce qu’on sait ce qu’il va se passer, compte tenu de la récupération inévitable par les casseurs. Il faut aussi que ces gilets jaunes s’organisent : la démocratie spontanée c’est très bien mais ça n’a qu’un temps. Il faut que les pouvoirs publics qui sont prêts au dialogue aient des interlocuteurs devant eux. Pour ma part, s’ils le souhaitent, et bien que je n’aie pas de responsabilité nationale, je suis prêt à recevoir une délégation pour les écouter et faire remonter leurs principales revendications. »

Alain Juppé pense aussi que « le Président de la République et le gouvernement doivent réagir. » « Un moratoire sur la fiscalité supplémentaire sur le diesel et les carburants, c’est une mesure conservatoire qui s’impose aujourd’hui, car les circonstances ont évolué. Il n’y a que les imbéciles qui ne tiennent pas compte de l’évolution des choses, et on a peut-être sous-estimé la profondeur de la réaction populaire : aujourd’hui il faut en tenir compte. »

« On a supprimé l’ISF car cet impôt faisait fuir les capitaux »

Mais « cela ne suffira pas à traiter le malaise extrêmement profond qui s’est exprimé dans notre pays, et qui résulte d’inégalités croissantes au fil des années. Pour lutter contre, il y a deux leviers : agir sur le niveau des revenus, et la question se pose sur l’indexation des retraites, et agir sur le niveau de la fiscalité qui atteint aujourd’hui des montants qui provoquent des réactions allergiques. Il faut un vaste débat national sur la façon dont la fiscalité doit lutter contre les inégalités, de façon aussi juste et compréhensible que possible. »

Sur la question précise d’un éventuel retour de l’ISF, Alain Juppé continue de penser « global. » « Il faut remettre à plat la question de la fiscalité. Sur l’ISF en particulier, il faut se souvenir pourquoi on a, non pas supprimé l’ISF, mais remplacé l'ISF par l'IFI : il subsiste une taxation sur la fortune immobilière. On a fait cette mesure pourquoi ? Parce que l’ISF a, depuis des années, fait fuir les capitaux qui auraient pu s’investir dans les entreprises françaises. C’était cela, la justification de cette mesure, et elle est toujours valable. Mais, répondre à l’allergie fiscale en augmentant les impôts, cela me semble une curieuse démarche. Donc, réfléchissons-y, voyons quelles sont les conditions dans lesquelles on peut alléger la pression fiscale sur ceux qui souffrent le plus, et je pense notamment aux classes moyennes. »