Emmanuel Macron arrive mercredi en Serbie pour rebâtir l'amitié entre Paris et Belgrade

DIPLOMATIE Les relations entre la France et la Serbie se sont dégradées le 11 novembre dernier lors des cérémonies du centenaire de l’Armistice de 1918, à cause d’un raté protocolaire…

20 Minutes avec AFP

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Emmanuel Macron à Madrid, le 26 juillet 2018.
Emmanuel Macron à Madrid, le 26 juillet 2018. — Benjamin Cremel/SIPA

Après le raté protocolaire le 11 novembre dernier, lors des cérémonies du centenaire de l’Armistice de 1918 à Paris, où le président serbe Aleksandar Vucic a été placé dans une tribune secondaire, derrière son homologue kosovare, de nombreux Serbes s’étaient opposés à la venue d’Emmanuel Macron dans le pays, ce mercredi.

Les Serbes avaient été nombreux à protester, relevant que leur pays est celui qui a souffert du plus de morts en proportion de sa population lors du premier conflit mondial, en combattant notamment aux côtés des Français sur le Front d’Orient. Ils s’étaient également indigné que le président Hashim Thaçi, président d’un Kosovo qu’ils ne reconnaissent pas, avait été placé dans la tribune principale, avec Emmanuel Macron, Donald Trump ou Vladimir Poutine.

« Scandale à Paris ! »

« Maladresse regrettable », a plaidé l’ambassadeur de France en Serbie Frédéric Mondoloni, s’attirant les remerciements d’Aleksandar Vucic pour ses « mots merveilleux ». Parmi les 7,1 millions de Serbes, beaucoup n’ont pas cette mansuétude et se demandent si les liens historiques entre les deux pays ne sont pas irrémédiablement rompus. « Paris n’est plus la Ville lumière », a titré le quotidien de référence Politika, proche du pouvoir. « Paris rouge de honte ! », « Scandale à Paris ! », ont renchéri les tabloïds.

« Il est dégradant de mettre de côté le président d’un pays qui a perdu un tel pourcentage de sa population dans ce conflit » (1914-1918), s’indigne Aleksandra Vojvodic, 44 ans, professeure de français de Belgrade. « La visite de Macron va peut-être améliorer les choses, mais c’est loin d’être certain. La France comme tout l’Occident ont depuis longtemps déjà leurs positions » sur la Serbie, dit Zorica Radovanovic, ingénieure de 57 ans, francophile affichée.

Premier chef d’Etat depuis Chirac

Le refus opposé en avril 2017 par la France de livrer le Kosovar Ramush Haradinaj, réclamé par la justice serbe qui l’accuse de crimes de guerre durant le conflit du Kosovo (1998-1999), avait déjà suscité un accès anti-français, bien que moindre. Beaucoup ne pardonnent pas à la France d’avoir participé à la campagne de bombardements occidentale de 1999 pour mettre fin à la guerre du Kosovo et forcer la Serbie à retirer ses troupes de sa province méridionale, majoritairement peuplée d’Albanais. Cette opération menée par l’Otan reste une profonde humiliation pour de nombreux Serbes. Ce désamour s’accompagne d’une faiblesse des liens économiques.

Une centaine d’entreprises françaises employant près de 10.000 personnes sont présentes en Serbie, comme Michelin, Société générale ou encore Crédit Agricole. Mais la France ne pointe qu’à la dixième place des exportateurs vers la Serbie et ne figure pas dans le top 10 des importateurs. Contrairement à l’Allemagne ou l’Italie, elle est un partenaire commercial mineur. Emmanuel Macron sera mercredi et jeudi le premier chef d’État français à se rendre en Serbie depuis Jacques Chirac en 2001, venu à Belgrade quelques mois après la chute de Slobodan Milosevic.